Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Il était illuminé de l’intérieur par l’incandescence du magma et la luminescence étrangement nacrée des gaz toxiques.
Périodiquement, des boules de feu bleutées semblaient rouler et rebondir sur les innombrables traverses de sa structure. Et puis, il y avait le son. Un lointain et incessant grondement de tonnerre que la neige avait jusque-là amorti, mais qui ronflait maintenant dans la nuit froide et roulait sur la plaine.
Un vent plus fort se leva, et Murdoch s’agrippa à une des pompes à essence.
C’était la chose la plus étrange et la plus belle qu’il ait jamais vue. Une reconnaissance infinie lui gonfla le cœur ; on l’avait remis sur pied et exposé aux éléments pour lui offrir cette vision. Son uniforme n’était plus qu’une loque. Il sentait sa vie terrestre, telle une mince flamme, vaciller en lui. C’était pour cet instant qu’il avait voulu vivre encore.
Il ouvrit la bouche dans l’intention d’exprimer son émerveillement, mais un son inattendu en sortit.
— Soo !
Il ressentait sa présence.
Si fort qu’il se tourna vers la gauche, vers la droite. Il était seul, bien sûr. Elle était auprès de lui, mais pas ici. Dans l’autre vie.
Il s’élevait, maintenant. Plus léger que l’air.
Murdoch regarda le Vaisseau-Home surgir de la terre, regarda cette boule incommensurable et flamboyante projeter son reflet sur les plaines enneigées.
— Soo, murmura-t-il faiblement.
Et elle l’accueillit.
Le vent souleva ce qui restait de Murdoch, balaya ses haillons, sa peau, et les emporta loin, très loin, au-delà des plaines glacées du Colorado, plus haut que les plus hautes des montagnes…
22
La chair
Par un après-midi brumeux de fin janvier, Tom Kindle trouva une peau humaine accrochée à une azalée dénudée, juste devant sa porte.
Cadeau du vent qui soufflait par rafales ce jour-là.
Elle était déchirée et incomplète, décolorée par les intempéries. Un instant, Kindle eut l’impression qu’un vieux spectre s’était endormi là, à deux pas de sa porte.
Il étudia la dépouille un moment, puis rentra chez lui pour téléphoner à Matt Wheeler.
Matt arriva chez Kindle quelque temps plus tard, armé de sa sacoche de cuir noir. Encore que, s’il avait bien compris, l’examen n’était plus vraiment de son ressort, mais plutôt de celui d’un médecin légiste.
Il examina la peau là où elle était toujours suspendue, sur l’azalée, avec une attention soutenue mais sans émotion apparente. Il se retourna ensuite vers Kindle.
— Vous auriez une pince ?
— Une pince ?
— Oui, je ne sais pas, des pincettes… quelque chose pour saisir.
— Oh… je crois qu’Abby a apporté ce qu’il faut.
Il disparut dans la maison et revint avec une paire de pinces à spaghettis. Matt s’en servit pour décrocher la peau qu’il transporta dans le garage, à l’abri du vent.
Il l’étala sur le sol de ciment taché de graisse et la déplia méticuleusement jusqu’à ce qu’elle ressemble à une sorte de combinaison en loques. Une jambe s’arrêtait au genou. Il manquait un bras. Quant à la tête… on n’en distinguait plus grand-chose.
Kindle se tenait à l’écart.
— Je me demande qui ça peut bien être ? Parce que c’est… c’est bien quelqu’un, non ? Du moins ça l’était.
Matt restait accroupi devant la peau. Elle ne l’effrayait ni ne le dégoûtait – il avait vu pire pendant son internat. Mais il prenait soin néanmoins de ne pas y toucher de ses mains nues.
— C’est la première que je vois.
— Comment ça, la première ? Parce qu’il y en a d’autres ?
— Vous auriez dû venir à la réunion, samedi. Bob Ganish en a trouvé deux chez son voisin. Et Paul Jacopetti disait que les fermes autour de chez lui sont toutes vides – à part ces… ces dépouilles.
— Nom de Dieu, Matthew ! Des peaux vides ?
Matt confirma de la tête.
— Et que sont devenus les gens qui étaient dedans ?
— Partis.
— Partis où ?
Matt haussa les épaules.
— Et tout le monde finit comme ça ?
— J’en ai l’impression. Sauf nous, bien sûr. Abby s’inquiète pour son mari et ses petits-enfants. D’après elle, ils deviennent… plus pâles. Plus minces.
— Nom de Dieu de nom de Dieu, soupira Kindle. Et ce sera la même chose pour…
Il n’alla pas au bout de sa question, mais Matt n’eut aucun mal à la terminer pour lui. Rachel. Il ne put toutefois se résoudre à y répondre. Pas même pour lui.
Kindle baissa les yeux sur la fragile enveloppe étalée sur le sol poussiéreux du garage.
— Matthew, est-ce que je dois… enfin, qu’est-ce que j’en fais ?
— Mettez-la dehors. Laissez le vent l’emporter. Elle ne durera pas longtemps. Quelques jours au soleil et elle se transformera en poussière.
Il rentra retrouver Rachel.
Elle était passée le matin et avait insinué que sa visite, ce soir, pourrait bien être la dernière. Matt avait fait le rapport, évident, entre cet adieu et la découverte des peaux dans Buchanan. Mais il refusait cette idée, il s’interdisait d’y penser. L’image de l’enveloppe vide de Rachel, sa fille, abandonnée au vent, sous la pluie – non, mon Dieu, non, ce n’était pas supportable.
Il lui expliqua ce qui avait motivé le coup de téléphone de Tom Kindle. Il décrivit la peau, d’une manière clinique, en faisant appel à l’insensibilité du « docteur machine », parce que c’était sa dernière carte, la seule qui lui restait. Et quand il eut fini, il secoua la tête, atterré par son propre récit.
— Ce n’est pas humain, Rachel. Je sais, tu m’avais prévenu. Mais ce n’est pas… des êtres humains ne feraient pas une horreur pareille.
Il s’attendait à ce qu’elle proteste. Mais elle abonda curieusement dans son sens.
— Tu as peut-être raison.
Elle était pâle, presque diaphane. Ses gestes étaient empreints d’une étrange légèreté. Tout son être devenait éthéré, aérien. Mais Matt, là encore, préférait ignorer ces détails.
— Peut-être que trop de choses ont changé, que le mot « humain » ne nous convient plus.
Elle s’exprimait d’une voix solennelle.
— Je ne me sens pas différente. Fondamentalement, je veux dire. En essence, je suis toujours Rachel Wheeler. Mais je ne suis pas que cela. Il y a d’autres plans. D’autres façons d’envisager les choses. Si j’abandonne ça…
Elle écarta les mains, baissa les yeux sur son corps.
— Suis-je Rachel ? Suis-je humaine ? Je ne sais pas.
Elle aurait tout aussi bien pu confesser une maladie, une terrible maladie dégénérative.
Rachel parut capter sa pensée. Elle semblait depuis quelque temps interpréter le moindre changement d’expression, la plus petite nuance dans son regard. Et pourtant, Dieu sait qu’il ne ménageait pas ses efforts pour cacher sa peine.
— Papa, je ne regrette rien de ce qui s’est passé. Tu es médecin, tu es au courant de toutes ces vies qui ont été sauvées. Rien qu’à l’hôpital régional, combien de cancers terminaux ont été guéris ? Combien de maladies cardiaques ? Et dans le monde, toutes les famines, la malnutrition, les handicapés…