Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
«Ma femme, lui dis-je, modérez-vous; vous ne comprenez pas que vous nous allez attirer tout le voisinage par vos cris et par vos pleurs. Il n’est pas besoin qu’ils soient informés de nos disgrâces. Bien loin de prendre part à notre malheur ou de nous donner de la consolation, ils se feraient un plaisir de se railler de votre simplicité et de la mienne.
«Le parti le meilleur que nous ayons à prendre, c’est de dissimuler cette perte, de la supporter patiemment, de manière qu’il n’en paraisse pas la moindre chose, et de nous soumettre à la volonté de Dieu. Bénissons-le, au contraire, de ce que de deux cents pièces d’or qu’il nous avait données, il n’en a retiré que cent quatre-vingt-dix, et qu’il nous en a laissé dix par sa libéralité, dont l’emploi que je viens de faire ne laisse pas de nous apporter quelque soulagement.»
«Quelque bonnes que fussent mes raisons, ma femme eut bien de la peine à les goûter d’abord. Mais le temps, qui adoucit les maux les plus grands et qui paraissent les moins supportables, fit qu’à la fin elle s’y rendit.
«Nous vivons pauvrement, lui disais-je, il est vrai; mais qu’ont les riches que nous n’ayons pas? Ne respirons-nous pas le même air? Ne jouissons-nous pas de la même lumière et de la même chaleur du soleil? Quelques commodités qu’ils ont plus que nous pourraient nous faire envier leur bonheur s’ils ne mouraient pas comme nous mourons. À le bien prendre, munis de la crainte de Dieu, que nous devons avoir sur toute chose, l’avantage qu’ils ont plus que nous est si peu considérable que nous ne devons pas nous y arrêter.»
«Je n’ennuierai pas Votre Majesté plus longtemps par mes réflexions morales. Nous nous consolâmes, ma femme et moi, et je continuai mon travail, l’esprit aussi libre que si je n’eusse pas fait deux pertes si mortifiantes à peu de temps l’une de l’autre.
«La seule chose qui me chagrinait, et cela arrivait souvent, c’était quand je me demandais à moi-même comment je pourrais soutenir la présence de Saadi lorsqu’il viendrait me demander compte de l’emploi de ses deux cents pièces d’or et de l’avancement de ma fortune par le moyen de sa libéralité, et que je n’y voyais autre remède que de me résoudre à la confusion que j’en aurais, quoique cette seconde fois, non plus que la première, je n’eusse en rien contribué à ce malheur par ma faute.
«Les deux amis furent plus longtemps à revenir apprendre des nouvelles de mon sort que la première fois. Saad en avait parlé souvent à Saadi; mais Saadi avait toujours différé. «Plus nous différerons, disait-il, plus Hassan se sera enrichi, et plus la satisfaction que j’en aurai sera grande.»
«Saad n’avait pas la même opinion de l’effet de la libéralité de son ami. «Vous croyez donc, reprenait-il, que votre présent aura été mieux employé par Hassan cette fois que la première? Je ne vous conseille pas de vous en flatter, de crainte que votre mortification n’en fût plus sensible si vous trouviez que le contraire fût arrivé. – Mais, répétait Saadi, il n’arrive pas tous les jours qu’un milan emporte un turban. Hassan y a été attrapé, il aura pris ses précautions pour ne pas l’être une seconde fois.
«- Je n’en doute pas, répliqua Saad; mais, ajouta-t-il, tout autre accident que nous ne pouvons imaginer, ni vous ni moi, pourra être arrivé. Je vous le dis encore une fois, modérez votre joie et n’inclinez pas plus à vous prévenir sur le bonheur de Hassan que sur son malheur. Pour vous dire ce que j’en pense et ce que j’en ai toujours pensé, quelque mauvais gré que vous puissiez me savoir de ma persuasion, j’ai un pressentiment que vous n’aurez pas réussi, et que je réussirai mieux que vous à prouver qu’un pauvre homme peut devenir riche de toute autre manière qu’avec de l’argent.»
«Un jour enfin que Saad se trouvait chez Saadi, après une longue contestation semblable: «C’en est trop, dit Saadi, je veux être éclairci dès aujourd’hui de ce qui en est; voilà le temps de la promenade, ne la perdons pas, et allons savoir lequel de nous deux aura perdu la gageure.»
«Les deux amis partirent, et je les vis venir de loin: j’en fus tout ému, et je fus sur le point de quitter mon ouvrage et d’aller me cacher pour ne point paraître devant eux. Attaché à mon travail, je fis semblant de ne pas les avoir aperçus, et je ne levai les yeux pour les regarder que quand ils furent si près de moi et que, m’ayant donné le salut de paix, je ne pus honnêtement m’en dispenser. Je les baissai aussitôt, et en leur contant ma dernière disgrâce dans toutes ses circonstances, je leur fis connaître pourquoi ils me trouvaient aussi pauvre que la première fois qu’ils m’avaient vu.
«Quand j’eus achevé: «Vous pouvez me dire, ajoutai-je, que je devais cacher les cent quatre-vingt-dix pièces d’or ailleurs que dans un vase de son qui devait, le même jour, être emporté de ma maison. Mais il y avait plusieurs années que ce vase y était, qu’il servait à cet usage, et que, toutes les fois que ma femme avait vendu le son à mesure qu’il en était plein, le vase était toujours resté. Pouvais-je deviner que ce jour-là même, en mon absence, un vendeur de terre à décrasser passerait à point nommé, que ma femme se trouverait sans argent, et qu’elle ferait avec lui l’échange qu’elle a fait? Vous pourriez me dire que je devais avertir ma femme; mais je ne croirai jamais que des personnes aussi sages que je suis persuadé que vous êtes m’eussent donné ce conseil. Pour ce qui est de ne les avoir pas cachées ailleurs, quelle certitude pouvais-je avoir qu’elles y eussent été en plus grande sûreté?
«Seigneur, dis-je en m’adressant à Saadi, il n’a pas plu à Dieu que votre libéralité servit à m’enrichir, par un de ces secrets impénétrables que nous ne devons pas approfondir. Il me veut pauvre et non pas riche. Je ne laisse pas de vous en avoir la même obligation que si elle avait eu son effet entier selon vos souhaits.»
«Je me tus, et Saadi, qui prit la parole, me dit: «Hassan, quand je voudrais me persuader que tout ce que vous venez de nous dire est aussi vrai que vous prétendez nous le faire croire, et que ce ne serait pas pour cacher vos débauches ou votre mauvaise économie, comme cela pourrait être, je me garderais bien néanmoins de passer outre et de m’opiniâtrer à faire une expérience capable de me ruiner. Je ne regrette pas les quatre cents pièces d’or dont je me suis privé pour essayer de vous tirer de la pauvreté; je l’ai fait par rapport à Dieu, sans attendre autre récompense de votre part que le plaisir de vous avoir fait du bien. Si quelque chose était capable de m’en faire repentir, ce serait de m’être adressé à vous plutôt qu’à un autre, qui peut-être en aurait mieux profité.» Et en se tournant du côté de son ami: «Saad, continua-t-il, vous pouvez connaître par ce que je viens de dire, que je ne vous donne pas entièrement gain de cause. Il vous est pourtant libre de faire l’expérience de ce que vous prétendez contre moi depuis si longtemps. Faites-moi voir qu’il y ait d’autres moyens que l’argent capables de faire la fortune d’un homme pauvre, de la manière que je l’entends et que vous l’entendez, et ne cherchez pas un autre sujet que Hassan. Quoi que vous puissiez lui donner, je ne puis me persuader qu’il devienne plus riche qu’il n’a pu faire avec quatre cents pièces d’or.»
«Saad tenait un morceau de plomb dans la main, qu’il montrait à Saadi. «Vous m’avez vu, reprit-il, ramasser à mes pieds ce morceau de plomb; je vais le donner à Hassan, vous verrez ce qu’il lui vaudra.»