Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #6
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:
«La pauvre Maria passa deux mauvaises semaines, presque toujours seule à la maison; moi j’employai ce temps à fouiller le quartier Mazas de fond en comble.
«Un jour, en rentrant dîner, je lui dis:
«- Bonjour, Justine.
«Ses yeux s’ouvrirent tout grands, comme ils avaient fait quand nous avions aperçu la danseuse de corde.
«- Bonjour, Petite-Reine, dis-je encore.
«Elle baissa ses longues paupières bordées de soie et sembla chercher en elle-même.
«Puis elle me demanda:
«- Pourquoi me dites-vous cela, bon ami?
La duchesse, qui s’était levée à demi, s’affaissa de nouveau sur son fauteuil.
L’excellent Saladin sourit encore et murmura:
– Madame, votre espérance est encore trompée; vous avez cru que nous étions au bout de nos peines… Et cependant, si tout eût été fini ce jour-là, le jeune marquis de Rosenthal ne se serait jamais appelé monsieur Renaud, agent de police.
V Saladin voit le pied d’un Habit-Noir
Saladin débitait toutes ces choses avec un aplomb plein de calme et son accent allemand qu’il n’exagérait jamais donnait à son récit une saveur particulière.
Il avait trouvé cet accent tout fait sous le péristyle de la Bourse.
– Je fus bientôt arrêté dans le rayon de mes investigations personnelles, poursuivit-il. En France, il n’est pas permis de faire la police soi-même. J’avais noué des relations au commissariat du quartier Mazas, et je m’informai auprès d’un inspecteur s’il me serait possible d’entrer à la préfecture sous un nom d’emprunt qui mît à l’abri la noblesse de mes ancêtres.
«Il fallait en arriver là ou abandonner la recherche qui me tenait si fort au cœur. J’avais découvert, en effet, il est à peine besoin de le dire, que la mère de ma petite Justine avait quitté le quartier Mazas depuis nombre d’années.
«En Allemagne comme en France nous avons nos préjugés contre la police, mais la fin justifie les moyens, et je crois que s’il avait fallu m’affilier à des malfaiteurs pour conquérir le bonheur de Petite-Reine, je n’aurais pas hésité un instant.
«On soumit le cas à un gros bonnet de la sûreté qui avait la réputation de jauger les gens d’un coup d’œil. Il répondit d’abord que tous les marquis étaient des imbéciles, et qu’il n’avait pas besoin d’un fainéant dans sa boutique, puis il voulut me voir par curiosité, disant qu’un marquis comme moi devait être une drôle de bête.
«Je lui fus présenté; il me fit subir un examen de trois quarts d’heure, dans lequel je lui rendis compte des moyens que j’avais employés pour constater l’identité de Petite-Reine.
«- C’est naïf comme tout, me dit-il, mais c’est joli pour un jeune homme qui n’est pas de l’état et n’en a pas les outils.
«Il m’invita à dîner, non sans me faire sentir le prix de cette condescendance et me lança dès le soir même dans une histoire à faire dresser les cheveux.
«Il s’agissait de la bande connue sous le nom des Habits Noirs qui disparaît de temps en temps pour revenir toujours, dénoncée par ses crimes.
«Selon la coutume de l’association, les Habits Noirs, après avoir volé et assassiné une riche veuve du quartier Saint-Lazare, avaient jeté dans les jambes de la justice un prétendu coupable que les preuves accumulées avec soin accablaient.
«C’était aussi complet que l’affaire de l’armurier de Caen, ce pauvre André Maynotte, qui disait lui-même à ses juges: «Je suis innocent, mais si j’étais chargé de me juger moi-même, je crois que je me condamnerais.»
«Il y avait un neveu de la veuve, mauvais sujet, brutal, ivrogne, qui devait hériter d’elle et l’avait menacée.
«Grâce à moi, le truc des Habits Noirs fut découvert (je vous demande pardon, madame, d’employer de pareilles expressions devant vous), et du même coup ma réputation fut faite. Seulement les Habits Noirs courent encore.
«On ne me foula point, on me laissa suivre ma pente naturelle, et je ne fus appelé à faire de la police active que dans les grandes occasions.
«Sans me vanter, je vous aurais retrouvée plus tôt si vous aviez été en France; mais au bout de cinq ans, sachant absolument tout ce que je voulais savoir et me trouvant en face du vide, puisque ma science n’aboutissait à rien, je donnai ma démission à la sûreté et je m’embarquai pour l’Amérique avec Justine.
«Je dirais que j’ai perdu là plus de deux ans s’il n’était certain que les voyages forment beaucoup un jeune homme. Justine et moi, nous ne manquions de rien, parce que j’étais chargé là-bas de représenter les intérêts commerciaux de plusieurs grandes maisons de France.
«Je dois avouer que mes recherches au Brésil furent couronnées d’un médiocre succès. Je ne pouvais vous y trouver, puisque vous n’y étiez plus, mais en bonne police j’aurais dû tomber sur vos traces.
«Il n’en fut pas ainsi, et à mon retour en France le nom de Chaves, sans m’être tout à fait indifférent, puisque je l’avais inscrit dès longtemps dans mes notes, n’éveillait en moi que de vagues suppositions.
«Il y avait une raison à cela, madame, et vous l’avez déjà devinée, si vous connaissez le cœur humain. La tiédeur avait succédé à la passion dans mes recherches, ou plutôt la passion s’était portée ailleurs, et au lieu de l’ardent désir que j’avais autrefois, peut-être éprouvais-je une sorte de crainte de me rencontrer face à face avec l’objet de mes recherches: la mère de Justine.
«Justine avait quinze ans; Justine, admirablement belle et pure, me laissait voir naïvement l’attrait qui l’entraînait vers moi.
«Je n’ai pas l’âge d’être son père.
«Au moment où je suis tombé sur vos traces, madame, Justine et moi nous étions sur le point de partir pour l’Allemagne. Mes amis ont en effet obtenu de Sa Majesté la révocation de la sentence d’exil lancée contre un enfant innocent, et si je ne suis pas sûr de recouvrer tous les biens de ma famille, j’ai du moins la certitude de procurer à ma jeune épouse, au sein de ma patrie, une existence honorable et indépendante.
Saladin arrondit son débit pour prononcer cette phrase fleurie. Il était manifestement content de lui-même et regardait madame de Chaves d’un air vainqueur.
Celle-ci, au contraire, semblait avoir perdu la profonde émotion qui l’avait agitée pendant la plus grande partie du récit. Ses beaux sourcils étaient froncés légèrement et les plis de son visage indiquaient le travail de la réflexion.
– J’ai dit! prononça pompeusement Saladin. Etes-vous contente de moi, madame?
Lily lui tendit la main de nouveau, mais évita de répondre à sa question.
– Monsieur le marquis, dit-elle, je serais malvenue à élever l’ombre d’un doute sur ce que vous venez de m’apprendre, mais je suis mère et mon trésor est entre vos mains; pardonnez-moi si j’attends avec quelque frayeur les conditions que, peut-être, vous voudrez m’imposer.
– Madame, répliqua Saladin avec une dignité de plus en plus marquée, ma vie entière répond à cette inquiétude. Je suis gentilhomme, il m’est pénible de vous le répéter, et à l’heure où j’épousais la pauvre orpheline, recueillie par moi sur la grande route, j’avais les moyens de donner à ma femme le pain de chaque jour et le respect de tous.
– Vous êtes un galant homme, monsieur le marquis, prononça doucement madame de Chaves, que dominait toujours une secrète préoccupation; m’est-il permis de vous interroger?