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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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Madame de Chaves l’interrompit par un cri de stupéfaction.

– Quoi! même ces détails! balbutia-t-elle. Saladin lui imposa silence d’un signe de tête.

– Je suis Renaud, répéta-t-il pour la seconde fois.

Et il ajouta de sa voix glacée qui n’avait point d’inflexions:

– Voiture procurée par un jeune garçon, avaleur de sabres de son état. Quatorze ans. Nom: Saladin.

Il changea de carré de papier.

– Journée du lendemain très chargée. Faits principaux: départ de la jeune mère pour Versailles; Petite-Reine confiée à une femme nommée la Noblet et portant aussi le sobriquet de la Bergère, dont le métier était de promener les enfants pauvres au Jardin des Plantes. Le nommé Médor, aide de la femme Noblet, laisse approcher des enfants une sorte de mendiante qui cache sa figure sous un vieux bonnet à voile bleu. Homme déguisé: ce même jeune garçon qui avait procuré la voiture la veille au soir…

– Etes-vous sûr de cela? s’écria Lily qui haletait.

– Je suis sûr de tout ce que je dis, répondit sèchement Saladin. J’ai interrogé moi-même le jeune garçon qui est maintenant un homme.

– Mais ma fille! fit la duchesse avec explosion. Ma fille est-elle vivante?

Saladin jeta son carré de papier et sembla faire un choix parmi ceux qui restaient dans son carnet.

– Vous n’avez pas encore regardé si le petit bracelet est bien le vôtre, dit-il tranquillement.

C’était vrai, les mains tremblantes de madame de Chaves déplièrent l’enveloppe.

– C’est lui! s’écria-t-elle en portant le bracelet à ses lèvres, c’est bien lui, et ma fille…

– Permettez, madame, interrompit Saladin, ne nous égarons pas. Petite-Reine avait deux bracelets semblables, un que vous possédiez, un autre qu’elle avait emporté…

– Et celui-là?…

– C’est celui qu’avait emporté Petite-Reine. Lily tendit ses mains jointes qui tremblaient.

– Alors, elle vit, balbutia-t-elle. Elle vit!… car vous n’auriez pas voulu vous jouer ainsi du cœur d’une mère!

Les yeux ronds et fixes de Saladin se relevèrent sur elle.

– Procédons par ordre, s’il vous plaît, fit-il d’un ton d’autorité. Quand il en sera temps nous arriverons à ce qui regarde madame votre fille.

IV Saladin fait un roman

L’instant d’auparavant, madame de Chaves n’aurait pas cru que son étonnement pût augmenter, mais elle bondit sur son siège à ces derniers mots prononcés par Saladin: «… madame votre fille».

– Ma fille! s’écria-t-elle, mariée!… mais c’est une enfant! Puis, retournée subitement par la grande joie qui envahissait son cœur, elle ajouta d’une voix tremblante:

– Elle vit donc, puisqu’elle est mariée! Oh! qu’importe cela! qu’importe tout le reste! monsieur! monsieur! demandez-moi ce que vous voudrez, ma fortune, mon sang! mais dites-moi quand je verrai ma fille!

Saladin lui adressa le signe que les pédagogues font aux enfants pour réclamer le silence.

– Procédons par ordre, répéta-t-il après avoir trouvé dans son carnet le carré de papier qu’il cherchait; jusqu’à présent vous ne contestez pas?

– Tout ce que vous avez dit, répliqua Lily qui le suppliait du regard, est la vérité même, et il a fallu un miracle d’habileté…

– Je suis Renaud, dit pour la troisième fois Saladin.

– Monsieur le duc de Chaves, continua-t-il reprenant la lecture de ses notes, grand de Portugal de 1er classe, chargé d’une mission particulière de l’empereur du Brésil, mêlé à tout cela indirectement. Était à la représentation de la foire. Était au Jardin des Plantes. Offrit des primes en argent à la police de Paris. Détermina la Gloriette à partir avec lui pour l’Amérique. – Lacune.

«Vous remplirez les lacunes, s’interrompit ici Saladin; c’est nécessaire pour ma gouverne.

En même temps, il feuilleta rapidement son carnet et arriva jusqu’aux dernières pages, où il prit un carré qui contenait seulement ces mots:

– Lacune. Retour en France. Duc marié à la Gloriette. Voyage dans les départements.

Enfin un dernier papier disait:

– Soupçons. Fausse absence dudit monsieur de Chaves. Aujourd’hui, 19 août 1866, monsieur de Chaves revenu secrètement pour surprendre sa femme. Embuscade.

– C’était hier! murmura la duchesse. Saladin poursuivit sans répondre:

– La voit partir à cheval avec le jeune comte Hector de Sabran, Grand-Hôtel, chambre 38.

La duchesse était muette de stupeur. Saladin ferma brusquement son carnet.

– Je vous prie, dit-il, de compléter brièvement et clairement ce qui concerne monsieur le duc de Chaves. Quand vous connaîtrez mieux la position où je suis vis-à-vis de vous, vous comprendrez que ma conduite dans toute cette affaire doit être dirigée par les renseignements les plus positifs.

Saladin rapprocha son siège, mouilla le bout d’une mine de plomb et fixa un carré de papier sur la couverture de son carnet, en homme qui va prendre des notes.

Le premier instinct de la duchesse fut d’obéir tout de suite et aveuglément.

Aucun doute n’était en elle; on peut dire qu’elle était émerveillée et subjuguée. Si elle hésita, ce fut pour se recueillir en interrogeant sa mémoire.

– Y sommes-nous? demanda Saladin d’un ton impatient. Le temps est non seulement de l’argent, mais encore de la vie. J’attends.

Les yeux de la duchesse évitèrent les siens, parce que la pensée de monsieur de Chaves venait de traverser son esprit.

– Comment ignorez-vous une partie de la vérité, murmura-t-elle, vous qui avez appris des choses si difficiles à connaître?

Saladin eut un sourire.

– Nous voilà qui raisonnons, dit-il. Je veux bien raisonner, pourvu que cela ne dure pas plus de trois minutes. Je sais les choses que j’ai cherché à savoir, et ces choses-là n’étaient pas des plus faciles à deviner. Quant au reste, j’ai épargné ma peine, parce que j’avais la certitude de tout apprendre par vous.

– Si je ne pouvais…, commença la duchesse.

– Vous pouvez, interrompit Saladin, puisque c’est votre propre histoire, et il est impossible qu’aucune force humaine enchaîne votre langue, quand je vous dis: je veux que vous parliez!

Il s’exprimait avec emphase, mais sans élever la voix. La duchesse dit après un silence:

– C’est mon histoire, en effet, mais c’est aussi l’histoire d’un autre. Ai-je le droit de révéler un secret qui ne m’appartient pas?

Saladin croisa ses bras sur sa poitrine.

– C’est le secret de l’autre que je veux connaître, dit-il, c’est l’autre qui est le maître ici; c’est de l’autre que dépend le sort de votre fille, et vous êtes trop mère pour ne pas comprendre que le sort de votre fille seul m’intéresse.

– Elle sera heureuse…, s’écria madame de Chaves. Elle allait poursuivre, Saladin ne la laissa pas achever.

– Auriez-vous défiance? demanda-t-il avec une dignité sobre qui prouvait son vrai talent de comédien.

– J’ai peur, murmura la duchesse.

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