L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
— Dites ce que vous voulez, t’Larien, vos paroles n’y changeront rien. L’idée même de vous voir tenir parole est tout simplement ridicule. Qu’avez-vous fait des serments qui vous liaient à Jaan et à moi-même ?
— Je ne les ai pas tenus, c’est vrai. Je le sais. Ce qui nous met tous deux à égalité.
— Je n’ai trahi personne.
— Comment appelez-vous le fait d’abandonner vos proches à leur sort ? Gwen, qui était votre cro-betheyn, qui a couché avec vous, qui vous a haï et aimé à la fois. Et Jaan, votre précieux teyn.
— C’est absurde. Gwen m’a trahi, comme elle a trahi le jade et l’argent qu’elle porte depuis le jour où elle s’est jointe à nous. Et Jaan a commis le pire des crimes en assassinant Myrik. Il a fait fi de moi, fi des devoirs qu’imposent le fer et le feu. Non, je ne leur dois absolument rien.
— Vraiment ? » Dirk sentait le joyau-qui-murmure contre sa peau, sous sa chemise. Il l’inondait de mots et de souvenirs, ainsi que d’une certaine conscience de ce qu’il avait été autrefois. Une colère profonde l’habitait désormais. « Et ça règle la question, c’est bien ça ? Vous ne leur devez rien, alors qu’importe leur sort ? Tous vos satanés liens kavalars se résument en fin de compte à des dettes et des obligations. Les traditions, la sagesse de l’étau, le code de duel et la chasse aux simulacres… Non, inutile de penser, de réfléchir, il suffit d’obéir. Ruark avait raison sur ce point : les Kavalars ignorent ce qu’est l’amour – à part Jaan, peut-être, encore que je n’en mettrais pas ma main au feu. Qu’est-ce qu’il aurait fait si Gwen avait ôté son bracelet ?
— La même chose !
— Vraiment ? Et vous ? Auriez-vous défié Myrik parce qu’il avait blessé Gwen ? N’était-ce pas plutôt parce qu’il avait endommagé votre bien, qui était lié à vous par le jade et l’argent ? Oui. Jaan aurait certainement pu agir de cette manière, mais vous, Janacek ? Non. Vous êtes aussi kavalar que Lorimaar noble de Braith en personne, aussi inflexible que Chell et Bretan. Jaan voulait rendre son peuple meilleur, mais je suppose que ça se résumait pour vous à une simple distraction – vous n’avez jamais eu foi en ses projets. » Il sortit le pistolet laser de Janacek de sa ceinture et le lança à l’autre bout de la pièce. « Tenez ! cria-t-il en abaissant son fusil. Allez chasser un simulacre ! »
Janacek attrapa l’arme au vol presque par réflexe, puis il la tint maladroitement, sourcils froncés. « Je pourrais vous abattre, dit-il.
— Faites comme bon vous semblera. Cela ne changera rien. Si vous n’avez jamais aimé Jaan…
— Je n’aime pas Jaan ! s’écria Janacek, dont le visage s’était empourpré. C’est mon teyn ! »
Les paroles du Kavalar réduisirent un instant Dirk au silence. Il se gratta pensivement le menton, puis : « Est, ou était ? Jaan était votre teyn, c’est bien ce que vous vouliez dire, n’est-ce pas ? »
La rougeur du visage de Janacek disparut aussi rapidement qu’elle s’était manifestée. Sous sa barbe, un coin de sa bouche se tordit d’une façon qui évoqua à Dirk les tics de Bretan Braith. Ses yeux se portèrent presque furtivement sur le bracelet de fer qui encerclait toujours son avant-bras ensanglanté.
« Vous n’auriez jamais ôté toutes les pierrelueurs, n’est-ce pas ?
— Non, répondit Janacek d’une voix étrangement douce. Non, en effet. Leur signification est sans grande importance, de toute façon. Le fer en lui-même ne rime à rien quand le lien spirituel a disparu.
— Il n’a pas disparu, Garse. Jaan m’a parlé de vous, à Kryne Lamiya. Et je sais qu’il se sent lié à Gwen par le fer, quand bien même il s’agit d’une hérésie. Ne me demandez pas mon avis à ce propos. Tout ce que je sais, c’est que ce lien existe toujours aux yeux de Jaan. Il a gardé son bracelet de fer et de feu, et je suppose qu’il le portera encore quand les molosses des Braiths le déchiquetteront. »
Janacek secoua la tête. « T’Larien, vous êtes certain que votre mère n’est pas native de Kimdiss ? Mais vos arguments font mouche, je dois bien l’admettre. Vous êtes passé maître dans l’art de manipuler les gens. » Il sourit – son ancien sourire, celui dont il avait gratifié Dirk le matin où il avait braqué son laser sur lui en lui demandant s’il lui faisait peur. « Jaan Vikary est toujours mon teyn, dit-il. Que voulez-vous que je fasse ? »
La volte-face de Janacek, bien qu’effectuée sans grand enthousiasme, s’avéra totale. Le Kavalar prit immédiatement le commandement des opérations. Dirk lui proposa de partir immédiatement, quitte à mettre au point un plan d’action en chemin, mais Garse tenait absolument à prendre une douche et à se vêtir convenablement. « Si Jaan est toujours vivant, lui expliqua-t-il, il ne risque rien avant l’aube. Les chiens ont une vision nocturne très médiocre, et les Braiths ne tiennent sans doute pas à s’enfoncer au hasard dans un bois obscur rempli d’étouffeurs. Non, t’Larien. Ils vont dresser un campement et attendre le lever du jour. Ils savent qu’un homme seul, à pied, ne peut aller bien loin. Nous avons suffisamment de temps devant nous pour pouvoir les affronter ainsi qu’il le sied à des Jadefer. »
Enfin, ils furent prêts à partir. Janacek avait fait disparaître toute trace de sa colère éthylique. Élancé, impeccable dans un ensemble de tissu caméléon doublé de fourrure, il avait nettoyé sa barbe et peigné ses cheveux roux en arrière. Seul son bras droit, lavé et bandé, témoignait encore de sa courte déchéance. Les estafilades qu’il s’était infligées ne semblaient pourtant guère l’avoir affaibli. Ses gestes parurent à t’Larien toujours aussi gracieux lorsqu’il chargea et vérifia son laser, avant de le glisser dans son étui. En plus du pistolet, le Kavalar s’était équipé d’un long poignard à double tranchant et d’un fusil semblable à celui de Dirk. Il sourit joyeusement en le prenant dans ses mains.
T’Larien, qui s’était lavé et rasé, en avait également profité pour prendre son premier repas digne de ce nom depuis bien des jours. Il se sentait presque débordant d’énergie lorsqu’ils gagnèrent la terrasse.
La cabine du massif appareil de Janacek se révéla aussi exiguë que celle de la minuscule épave que Dirk avait empruntée pour quitter Kryne Lamiya, quand bien même l’engin du Kavalar accueillait quatre petits sièges au lieu de deux. « Le blindage », lui expliqua Garse quand t’Larien s’étonna de l’espace limité dont ils disposaient. Après avoir sanglé son passager dans un siège à la rigidité inconfortable, à l’aide de harnais de combat, le Kavalar répéta l’opération sur lui-même et fit décoller l’appareil.
La cabine de duralliage brut, faiblement éclairée, était close de toutes parts. Cadrans et instruments de bord en couvraient les parois, même au-dessus de la portière. L’engin ne possédait aucun hublot : un panneau muni de huit petits écrans de vision offrait au pilote une vue extérieure sur autant de directions.
« Ce véhicule est bien plus vieux que nous », expliqua Janacek. Il semblait avoir envie de parler, de se montrer amical – à sa façon. « Il a vu bien plus de mondes que vous. Son histoire est fascinante. Ce modèle a été construit il y a environ quatre cents années standard, par les Sagesses de Dom Tullian, bien au-delà du Voile du Tentateur. Après l’avoir utilisé un bon siècle durant la guerre qui les a opposés à Erikan et à l’Espérance des Errants, ils ont fini par le réformer et l’abandonner. Les Erikans l’ont récupéré lors d’une trêve, pour le revendre aux Anges d’Acier de Bastion. Ces derniers s’en sont servis pour de nombreuses campagnes, jusqu’au jour où il a été capturé par les Prométhéens. Un commerçant kimdissi l’a acheté sur Prométhée, et me l’a ensuite revendu. Je l’ai modifié de manière qu’il réponde aux normes imposées par le code de duel. Depuis, personne n’a jamais osé me défier en combat aérien. Regardez… » Il pressa un bouton rouge lumineux. Une brusque poussée d’accélération colla aussitôt Dirk contre le dossier de son siège. « Des tubes propulseurs auxiliaires, lui expliqua Janacek tout sourire. En cas d’urgence. Nous atteindrons notre destination en deux fois moins de temps qu’il vous en a fallu pour venir.