L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
Comme la jeune femme ne lui répondait pas, il se tourna vers elle.
Les murs regorgeaient à nouveau de spectres ; sous leur lueur, Dirk vit que Gwen tremblait.
« Il devrait déjà être revenu, n’est-ce pas ? »
Elle hocha la tête, puis se rallongea sur le lit.
La Ville Sirène chantait sa berceuse, son hymne au repos éternel.
11
Dirk alla prendre le fusil laser posé contre le mur ; le plastique noir et poli était légèrement huileux sous ses doigts. Après avoir passé un pouce sur la tête de loup, il porta l’arme à son épaule, visa et tira.
Une ligne de lumière apparut durant une bonne seconde. T’Larien déplaça imperceptiblement son fusil ; le rayon de feu épousa son mouvement. Lorsque la persistance de son éclat eut disparu des rétines de Dirk, celui-ci put constater qu’il avait foré un trou irrégulier dans la fenêtre. Le vent hululait par l’ouverture, en dissonance étrange avec la musique de Kryne Lamiya.
Gwen s’extirpa maladroitement de son lit. « Pourquoi as-tu fait ça, Dirk ? »
Il haussa les épaules, puis baissa son arme.
« Pourquoi ? Qu’est-ce que tu cherchais à faire ?
— Je voulais être certain de savoir m’en servir, expliqua-t-il. Je… j’y vais.
— Attends, je vais chercher mes bottes. »
Il secoua la tête.
« Toi aussi ? » Le visage de Gwen était dur, presque effrayant. « Je n’ai aucun besoin d’être protégée, bon Dieu !
— Là n’est pas la question.
— Si tu cherches à te faire passer pour un héros à mes yeux, dit-elle, sache que tu perds ton temps. » Puis elle plaça aussitôt ses mains devant sa bouche.
Il sourit. « Tu te trompes, Gwen. C’est à mes yeux que je veux briller. Les tiens… eh bien ! ils n’ont plus d’importance, à présent.
— Mais pourquoi, alors ? »
Il soupesa l’arme avec hésitation. « Je ne sais pas. Peut-être parce que j’apprécie Jaan, et que je lui dois bien ça. Parce que je veux réparer le mal que je lui ai fait en prenant la fuite, alors qu’il m’avait accordé sa confiance et m’avait appelé frère d’étau, qui sait ?
— Dirk… » commença-t-elle.
Il lui fit signe de se taire. « Je sais… Mais ce n’est pas tout. Moi aussi, je veux retrouver Ruark. Kryne Lamiya pousse peut-être davantage au suicide que n’importe quelle autre cité du Festival, peut-être a-t-elle fini par me contaminer, moi aussi. Choisis le motif qui aura ta préférence. Mais, par-dessus tout… » Un faible sourire apparut alors sur son visage. « … peut-être est-ce tout simplement parce qu’il n’y a que douze étoiles dans le ciel de Worlorn, et que je suis déjà mort.
— Et en quoi penses-tu pouvoir lui être utile ?
— Je l’ignore. Quelle importance, de toute façon ? Tu t’en inquiètes vraiment, Gwen ? » Il secoua la tête, d’un mouvement qui projeta ses cheveux en avant ; il s’interrompit un instant pour les repousser de son front. « Je m’en fiche pas mal, de toute façon, ajouta-t-il sèchement. Quand on était à Défi, tu m’as traité d’égoïste, ou du moins tu l’as fortement laissé entendre. Eh bien, peut-être disais-tu vrai, peut-être même est-ce encore le cas. Mais je vais te dire une chose, Gwen. Quoi que je fasse, je ne te demanderai jamais de me montrer d’abord tes bras. Tu vois ce que je veux dire ? »
C’était une excellente réplique finale. Mais Dirk hésita à mi-chemin de la porte, et se résolut au bout du compte à faire volte-face. « Reste ici, reprit-il. Tu es toujours très faible. S’il fallait que tu prennes la fuite, eh bien… Jaan m’a parlé d’une grotte. Tu vois de laquelle il s’agit ? » Elle hocha la tête. « Bien, alors va t’y réfugier, si la situation l’impose. Sinon, attends ici. » Après un geste d’adieu maladroit avec son fusil, il pivota sur lui-même et s’éloigna d’un pas rapide.
Les murs n’étaient que des murs dans l’aire de stationnement. Ils n’abritaient aucun spectre, d’aucun d’entre eux n’émanait quelque luminescence étrange. Après avoir heurté dans le noir l’aéronef qu’il cherchait, Dirk attendit que ses yeux s’accoutument à l’obscurité. L’épave n’était visiblement pas de fabrication kavalar. C’était un engin à deux places, exigu : une larme noir et argent, faite de plastique et d’un métal très léger, sans blindage ; ce qui lui laissait comme seule arme le fusil laser, qu’il posa sur ses genoux.
L’appareil n’avait guère plus de vie que le reste de Worlorn, mais cela suffirait. Il s’éveilla sitôt que Dirk eut mis le contact, ses instruments éclairant de leur pâle luminescence l’ensemble de la cabine. T’Larien mangea en hâte une barre protéinée tout en étudiant les cadrans. La réserve d’énergie était très faible – trop faible –, mais il allait devoir s’en contenter. Ça impliquait néanmoins de renoncer aux projecteurs pour voler à la faible clarté des rares étoiles, mais aussi se passer de chauffage – sa veste de cuir, du moins l’espérait-il, devrait suffire à le protéger du froid.
Il tira la portière, qui claqua avec bruit. L’appareil se souleva sitôt que Dirk eut activé les grilles gravitationnelles. Il tanguait un peu, mais montait bel et bien. T’Larien se saisit du manche, le poussa en avant, et se retrouva bientôt à l’extérieur de la tour.
Il ressentit un bref instant de panique. Si les grilles n’étaient pas suffisamment alimentées, il allait tomber en vrille en direction du sol couvert de mousse. L’engin plongea de façon alarmante une fois hors de l’aire de stationnement, mais cela ne dura qu’un bref instant. Ses grilles remplirent finalement leur office, le faisant s’élever dans les airs emplis de vents chantants. Seul l’estomac de son pilote continuait de ballotter. Il grimpait toujours, essayant d’atteindre l’altitude maximale de son petit appareil. La chaîne montagneuse s’élevait devant lui, il devait la franchir, et ne tenait pas à rencontrer d’autres pilotes nocturnes sur sa route. Dans les hauteurs, toutes lumières éteintes, il pourrait voir d’autres aéronefs volant à plus basse altitude, en minimisant les risques d’être lui-même remarqué.
S’il ne tourna pas la tête en direction de Kryne Lamiya, il pouvait sentir sa présence l’aiguillonner, effacer ses craintes. La peur n’avait plus lieu d’être. Rien n’avait d’importance, la mort encore moins que le reste. La musique persista même après que la Ville Sirène et ses lueurs blanches et grises eurent disparu derrière lui – elle allait s’affaiblissant, certes, mais s’obstinait toujours à l’accompagner. Une note en particulier – un léger sifflement oscillant – dura plus longtemps que les autres. À quelque trente kilomètres de la cité, Dirk pouvait toujours l’entendre, mêlée au gémissement plus grave du vent ; il finit par prendre conscience qu’elle provenait de ses propres lèvres.
Cessant de siffler, il reporta toute son attention sur la conduite de l’appareil.
Il volait depuis presque une heure lorsque les montagnes se dressèrent devant lui – sous lui, plutôt, vu qu’il se trouvait alors à très haute altitude et se sentait plus proche des étoiles que de la jungle qui s’étalait au pied des escarpements. Le vent était devenu glacial, violent ; il se frayait un chemin à travers les minuscules fissures des joints de la portière. Mais Dirk en ignorait le sifflement.