L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
— Jadis, fit un Pyr tout sourire, j’ai vu nombre de mes kethi, et davantage encore d’hommes des autres étaux, renier nos anciennes coutumes. “Telles et telles choses sont mauvaises, disaient les petits mignons de Jadefer, nous ne respecterons plus ces traditions.” Et les moutons de l’Union Shanagate, ainsi que les invertis d’Acierrouge, ne manquaient pas de leur faire écho. Tout comme, malheureusement, de nombreux Braiths. Mes souvenirs me trahissent-ils, Jadefer ? Vous êtes là, devant nous, à invoquer le code, mais il me semble encore entendre les membres de votre étau m’interdire de chasser des simulacres dans ma jeunesse. Ai-je rêvé tous ces Kavalars trop influençables qui, après s’être rendus sur Avalon pour apprendre à piloter des vaisseaux stellaires, la science des armes et d’autres choses tout aussi utiles, revenaient dans nos étaux l’esprit empli de mensonges sur les changements que nous devions apporter à notre civilisation ? Ne considéraient-ils pas notre ancien code comme une chose indigne, alors qu’il s’agissait pour nous d’un sujet de fierté ? Allons, Jadefer, est-ce que je me trompe ? »
Garse croisa résolument ses bras sur sa poitrine, sans rien répondre.
« Jaan Vikary, ex-Jadefer, lança Lorimaar, était le plus grand de ces réformateurs – de ces menteurs. Et vous ne valiez guère mieux que lui.
— Je n’ai jamais mis les pieds sur Avalon, se contenta de rétorquer Janacek.
— Répondez-moi, dit Pyr. Vikary et vous n’auriez donc pas tenté de nous faire renoncer à nos traditions ? Ne vous êtes-vous pas moqués des parties du code qui ne vous plaisaient guère ?
— Je n’ai jamais transgressé le code. Jaan… eh bien, cela lui est arrivé… balbutia Garse.
— Il l’admet, fit le gros Saanel d’une voix triomphante.
— Nous en avons déjà discuté entre nous, intervint Roseph avec calme. Si des nobles peuvent tuer hors du code, si ce que nous reconnaissons pour vrai peut être ainsi méprisé, alors nous avons nous aussi le droit de négliger les fausses sagesses dont nous n’avons que faire. Nous ne sommes plus liés à Braith, Jadefer. Bien qu’étant le meilleur des étaux de Haut Kavalaan, il ne nous suffit plus. Nos vieux kethi ont écouté trop de mensonges. Nous ne nous laisserons plus manipuler. Nous avons décidé de revenir aux bonnes vieilles croyances, déjà anciennes bien avant la chute de Poingdebronze, et avant même que les nobles de Jadefer, de Taal et de la Loge de Noir Charbon ne luttent côte à côte contre les démons, dans les collines de Lameraan.
— Voyez, Jadefer, déclara Pyr, vous nous avez appelés par de faux noms.
— Je l’ignorais, répondit lentement Janacek.
— Appelez-nous par notre nom véritable. Nous ne sommes plus des Braiths. »
Les yeux du Jadefer semblaient soudain s’être voilés. Les bras toujours croisés, il fixa Lorimaar. « Vous avez créé un nouvel étau.
— Il existe des précédents, fit remarquer Roseph. Acierrouge a été fondé par des dissidents du Mont de Pierrelueur, et Braith est issu de Poingdebronze.
— Je suis Lorimaar Rein Renardblanc noble de Larteyn Arkellor, lança le Kavalar d’une voix sévère.
— Honneur à votre étau, lui répondit Janacek sans même ciller. Honneur à votre teyn.
— Nous appartenons tous à l’étau de Larteyn », précisa Roseph.
Pyr se mit à rire. « Nous formons le conseil des nobles de Larteyn, et nous avons décidé de remettre en vigueur l’ancien code. »
Durant le silence qui s’ensuivit, les yeux de Janacek se portèrent tour à tour sur chacun des chasseurs. Dirk l’observait, toujours impuissant, agenouillé dans le sable. « Vous avez pris le nom de Larteyn, dit le Jadefer. Vous voici donc des Larteyns. Les anciennes coutumes vous en donnent le droit. Laissez-moi néanmoins vous rappeler que tout ce que vous venez d’évoquer – les hommes, les enseignements, même les étaux –, toutes ces choses ont disparu. Poingdebronze et Taal ont été détruits par la guerre bien avant votre naissance, et la Loge de Noir Charbon était déjà envahie par les eaux à l’Ère du Feu et des Démons.
— Leur sagesse revit dans l’étau de Larteyn, répliqua Saanel.
— Vous n’êtes que six, et Worlorn est une planète mourante.
— Elle prospérera à nouveau sous notre impulsion, déclara Roseph. La nouvelle ne tardera pas à atteindre Haut Kayalaan, et nombreux sont ceux qui viendront nous rejoindre. Nos fils naîtront ici, ils pourront chasser au sein des forêts d’étouffeurs.
— Ces choses ne me concernent pas. L’étau de Jadefer n’a rien à reprocher à celui de Larteyn. Je suis venu vers vous pour me joindre à votre chasse. » Sa main alla se poser sur l’épaule de Dirk. « Et n’oubliez pas le don de sang que je vous ai apporté.
— C’est vrai. » Pyr resta ensuite un instant silencieux, puis il se tourna vers ses kethi. « Je propose de le laisser nous accompagner.
— Non ! protesta Lorimaar. Je n’ai aucune confiance en lui. Je le trouve un peu trop impatient de nous suivre.
— J’ai de bonnes raisons pour cela, Lorimaar noble de Larteyn. Mon étau a été couvert de honte, ainsi que mon nom. Je tiens à laver cet outrage. »
Roseph hocha la tête. « Un homme doit défendre son honneur. Peu importe le prix à payer. Nul ne peut lui refuser ce droit.
— Laissons-le chasser à nos côtés, intervint son teyn. Nous sommes six, comment un homme seul pourrait-il nous nuire ?
— C’est un menteur, insista Lorimaar. Et comment a-t-il fait pour nous retrouver, en premier lieu ? Posez-vous cette question ! Et regardez ! » D’un doigt, il désigna le bras droit de Janacek, sur lequel les pierrelueurs brûlaient comme des yeux rouges dans leurs montures. Il n’en manquait qu’une poignée.
De sa main gauche, Janacek fit doucement glisser son couteau hors de son étui. Puis il tendit son bras droit à Pyr. « Aidez-moi à l’immobiliser, fit-il d’une voix égale. Je vais me débarrasser de ces feux simulacres qui m’ont jadis lié à Jaan Vikary. »
Pyr s’exécuta. Nul ne parlait. La main de Janacek était sûre et précise. Lorsqu’il en eut terminé, les pierrelueurs gisaient dans le sable telles les braises d’un feu dispersé.
Il se baissa pour en ramasser une, qu’il lança doucement en l’air avant de la rattraper, comme pour en évaluer le poids. Puis, satisfait, il tendit son bras en arrière et s’en débarrassa. Elle parcourut une très longue distance avant d’entamer sa chute, au point de ressembler un peu à une étoile filante à l’apogée de sa trajectoire. Dirk s’attendait presque à entendre un sifflement de vapeur lorsqu’elle s’enfoncerait dans les eaux sombres du lac. Mais il n’en fut rien, bien sûr. La distance rendait inaudible jusqu’au bruit des éclaboussements.
Janacek dessertit les pierrelueurs une à une, les roula un bref instant dans sa main, puis les donna au lac.
Lorsque la dernière gemme eut disparu, il se tourna vers les chasseurs et tendit son bras droit. « Le fer est nu, dit-il. Mon teyn est mort. »
Le Kavalar n’éprouva alors plus la moindre difficulté à se faire admettre dans leur groupe.
« L’aube va se lever, dit Pyr. Préparez ma proie pour la chasse. »
Les Kavalars reportèrent leur attention sur Dirk ; tout se passa exactement ainsi que Garse l’avait prédit. Ils tranchèrent ses liens, puis le laissèrent se frotter poignets et chevilles afin d’y rétablir la circulation sanguine. On le repoussa ensuite jusqu’à l’un des véhicules, contre lequel Roseph et le gros Saanel le tinrent pendant que Pyr en personne venait découper ses vêtements. Le chasseur chauve maniait son couteau avec autant d’habileté que son bâton, mais il ne faisait preuve d’aucune douceur excessive. Il pratiqua une longue entaille à l’intérieur de la cuisse de Dirk, puis une autre, plus courte, mais plus profonde, dans sa poitrine.