Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Tancrède, qui n’aimait décidément pas la façon dont les choses se déroulaient, s’exécuta à contrecœur en s’approchant de la cloison derrière laquelle il avait fait sa découverte nocturne. Laissant glisser un doigt le long de la rainure de séparation, il chercha l’aspérité qui lui avait permis d’actionner le mécanisme d’ouverture la nuit précédente. Rien. Pas le moindre creux. Brusquement inquiet, il répéta son geste, essaya le long des autres rainures, poussa la plaque murale pour essayer de la faire bouger. Rien ne se produisit.
Les policiers affichaient une expression ironique devant les vains efforts de cet indiscipliné notoire pris en flagrant délit d’affabulation. Engilbert était affreusement gêné.
Alors qu’il allait faire une dernière tentative, Tancrède remarqua que ses bottes laissaient des traces dans ce qui semblait être une fine couche de poussière blanche sur le sol, juste devant la cloison. Intrigué, il se baissa pour y passer un doigt, puis se frotta l’index et le pouce, pensivement.
« Alors, Lieutenant. Cette planque, où est-elle ? » demanda Danon.
Tancrède se releva en se retournant pour lui faire face.
« On a changé le panneau.
— Bien sûr, on a changé le panneau, railla l’enquêteur.
— Hier encore, cette cloison pouvait pivoter. Elle dissimulait un couloir d’accès à une pièce secrète. Maintenant elle ne pivote plus, et ces traces au sol indiquent selon moi qu’on a dû forcer pour faire entrer le nouveau panneau à la place de l’ancien. »
Les policiers ne cherchaient même plus à cacher leur dérision, échangeant des regards ouvertement dédaigneux envers ce mythomane.
« Et naturellement, vous préconisez que l’on fasse analyser cette… poussière ? reprit l’enquêteur, sarcastique.
— Non, par contre vous devriez faire démonter ce panneau pour voir ce qu’il y a derrière », répondit Tancrède, qui sentait que son agacement était en train de se muer en colère devant l’attitude de cet homme.
« Et moi, je pense que vous nous avez fait perdre assez de temps comme ça, Lieutenant !
— Vous ne voulez pas procéder au simple démontage de ce panneau pour vérifier mes déclarations ? Seriez-vous inquiet à l’idée de ce que l’on découvrirait derrière ?
— Je trouve que je fais déjà preuve d’assez de patience à votre égard en ne vous inculpant pas pour faux témoignage. Désormais, vous garderez vos affabulations pour vous ! De plus, si jamais vous continuez à mener votre enquête personnelle sur cette affaire, ou encore si vous répandez des ragots qui… »
Tandis que l’enquêteur laissait libre cours à son irritation, Tancrède, exaspéré, recula d’un pas, saisit son fusil T-farad qu’il avait passé en bandoulière puis le braqua sur la cloison. Comprenant alors ce que le soldat était sur le point de faire, l’enquêteur cria, puis se jeta au sol par réflexe. Tancrède fit feu.
Plusieurs mètres de mur volèrent en éclats dans un éclair bleuté, projetant dans les airs des milliers de débris de plastique et de fibres de carbone. Dans l’espace confiné de cette petite pièce, l’onde de choc de la décharge T-farad heurta les tympans de tous les hommes présents, provoquant aussitôt des sifflements douloureux. Des exclamations de surprise s’élevèrent des salles de travail adjacentes, lancées par des ouvrières effrayées.
Alors, tandis que la fumée se dissipait, tout le monde put voir clairement que derrière la cloison que Tancrède venait de faire sauter ne se trouvaient que des gaines techniques courant le long d’un simple mur de métal. Pas le moindre couloir mystérieux.
« Nom de Dieu de merde ! s’exclama Alcandre Danon en recouvrant ses esprits. Vous avez perdu les pédales ? »
Tancrède, le visage crispé par la rage, remit la sécurité de son arme puis quitta les lieux, suivi d’Engilbert qui paraissait dépassé par les événements. Des gens accouraient de toutes parts, alarmés par l’explosion, pendant que les policiers se relevaient en époussetant leurs uniformes.
« Vous êtes totalement irresponsable, Tarente ! hurlait encore Danon alors que Tancrède était déjà hors de portée de voix. Ne croyez pas que ça se passera comme ça, tout fils de comte que vous soyez ! Vous répondrez de cet acte ! »
Engilbert peinait à suivre Tancrède qui marchait d’un pas rapide en revenant au stade d’entraînement. Il ne comprenait pas comment la situation avait pu dégénérer aussi vite.
« Avais-tu vraiment besoin de faire ça ? » demanda-t-il. Tancrède stoppa net et se campa devant lui. Engilbert craignit un instant qu’il ne perde le contrôle de ses nerfs.
« Et toi, avais-tu besoin de prévenir la police, bon sang ?
— Si je t’ai mis dans l’embarras, je t’assure que ce n’était pas le but », répondit Engilbert. Comme Tancrède ne disait rien, il reprit : « Ne t’énerve pas si je te demande ça, mais es-tu bien sûr de ce que tu as vu hier soir ? Sûr de l’endroit, notamment ?
— Bien entendu que j’en suis sûr. Pourquoi diable irais-je inventer une telle histoire ?
— Je ne dis pas que tu l’as inventé, mais tout le monde peut se tromper.
— En l’occurrence, celui qui s’est trompé, c’est toi. Tu n’aurais pas dû les prévenir. C’est parce que tu as fait ça qu’ils ont modifié les lieux !
— Mais par tous les saints, qui sont ces “ils” ? La police ?
— Je ne sais pas, mais ils ont de la ressource, c’est certain ! »
Engilbert préféra ne pas continuer sur ce terrain. Son ami était trop échauffé et, de toute façon, qu’il ait tort ou raison ne changeait plus rien à la situation, le mal était fait. Et il en était en partie responsable.
« Tancrède, je pensais bien faire en prévenant la police, or je vois maintenant que ma démarche va t’attirer de sérieux ennuis. Je suis désolé. »
La rigidité morale d’Engilbert exaspérait souvent Tancrède. Toutefois, il savait que ses actes ne recelaient jamais aucune arrière-pensée sournoise ou malveillante. Juste de bonnes intentions dont certaines, comme souvent, contribuaient à paver l’enfer.
Poussant un profond soupir, il donna une tape amicale sur l’épaule de son répartiteur de terrain.
« Allez, ne t’en fais pas. Je me débrouillerai pour m’en tirer, comme d’habitude. »
Les voix des barons en train de débattre des questions du jour produisaient un ronronnement régulier que l’esprit de Pierre l’Ermite reléguait à l’arrière-plan de ses pensées. Le Conseil Croisé était réuni depuis une heure déjà et pourtant, le Prætor peregrini ne parvenait pas à fixer son attention sur les discussions en cours. Il faut dire qu’il avait eu à affronter une entrevue avec Urbain IX dans la matinée, ce qui ne manquait jamais de l’éprouver.
La tournure que venaient de prendre les événements après l’esclandre de Tancrède de Tarente, tôt ce matin aux Buanderies Générales, l’avait contraint à solliciter à nouveau – pour la deuxième fois en quarante-huit heures ! – l’avis du pape. Et, à la grande surprise de Pierre, qui ne trouvait pas qu’il y ait matière à s’inquiéter outre mesure de ce qui n’était qu’un dérapage de soldat énervé, Urbain avait eu l’air fort préoccupé par ce coup d’éclat. Il avait semblé considérer que cette affaire commençait à présenter une configuration délicate et qu’il convenait de lui accorder la plus grande attention.
Après réflexion, il avait conseillé à Pierre d’annoncer au Conseil Croisé l’appartenance de Tancrède à l’Ordre du Temple afin de montrer que cet homme n’était qu’un dissimulateur peu fréquentable, y compris à son oncle, Bohémond de Tarente. Néanmoins, il fallait éviter que cette information ne franchisse les murs du Conseil, sans quoi l’Ordre émettrait aussitôt une protestation officielle. En clair, il fallait jouer serré.