Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
« Cela dit, c’est vrai que tu n’as pas l’air dans ton assiette, fit-il. Ça ne va pas ?
— Si, si, ça va, ne t’en fais pas. J’ai simplement, euh… mal dormi. »
En réalité, il était tourmenté par ce qu’il avait vu cette nuit. Après avoir longuement réfléchi aux derniers mots d’Engilbert, il avait décidé de suivre son conseil et de ne pas en parler à Liétaud. Par contre, il n’avait pas réussi à décider s’il devait ou non pousser plus loin ses investigations sur cette affaire. Pas plus qu’il ne savait s’il devait prévenir les autorités, ou même le Conseil Croisé par l’intermédiaire de son oncle, ou encore, s’il devait rapporter les faits au conseil de l’Ordre du Temple. Si vraiment des personnes influentes étaient impliquées, il courrait le risque de révéler sa découverte aux coupables eux-mêmes, par simple malchance.
Le matin même, à la première heure, il avait demandé une entrevue à Evrard Béraut, le vieux templier qui lui avait indirectement proposé de le conseiller en cas de difficulté, quatre mois plus tôt. Le chevalier avait immédiatement accepté de le recevoir.
Omettant volontairement de raconter sa découverte de la nuit précédente, Tancrède lui avait rapporté dans le détail les difficultés qu’il rencontrait avec Robert de Montgomery et ses interrogations sur les motivations du duc. L’air soucieux, Béraut avait aussitôt envisagé la possibilité que Robert soit au courant de son statut de templier et que ce soit l’Ordre qu’il cherche à atteindre à travers lui. Néanmoins, Tancrède ne croyait pas à cette hypothèse, il était peu probable que Robert le Diable disposât de cette information sur lui, sans quoi il se serait empressé de la divulguer.
Quoi qu’il en soit, estimant qu’être la cible d’un personnage aussi puissant était une position fort dangereuse, Evrard Béraut avait conseillé à Tancrède de se faire le plus discret possible, ne doutant pas que la moindre faille serait immédiatement exploitée pour lui nuire. Sur ce point, Tancrède avait acquiescé, tout en se demandant en son for intérieur si mener une enquête personnelle – et donc illégale – sur un crime correspondait bien à la définition du terme « discret ».
L’unité arriva enfin sur le lieu de son entraînement – le centre de la pelouse du stade du secteur 8 – mais les hommes tardèrent à se mettre en rang, discutant entre eux comme des écoliers sans surveillance. Scandalisé, le superviseur des entraînements déboula aussitôt pour les rappeler à l’ordre en les menaçant des pires corvées. Afin d’éviter à l’inconscient de s’époumoner en vain, Tancrède fit un signe de la main pour faire taire ses soldats. Le désordre cessa aussitôt, et les rangs se formèrent rapidement. Le superviseur retourna d’où il était venu, fier d’avoir maté ces terribles soldats en moins de deux.
« Voici le topo des entraînements, mon Lieutenant, dit le major Hutbert en remettant à Tancrède la liste détaillée du programme du jour.
— Merci, Major », répondit Tancrède en consultant rapidement le document.
Rien d’inhabituel au programme, ils pouvaient donc commencer les exercices immédiatement, sans explications. Il lança d’une voix forte, pour être entendu de tous : « Écoutez-moi bien ! Nous allons exécuter un enchaînement de formations groupées. Je vais désigner quatre sections dans l’unité, qui iront se placer… »
Il s’interrompit en remarquant que les hommes semblaient distraits par quelque chose. D’ailleurs, Liétaud lui faisait signe avec insistance de regarder derrière lui.
En effet, en se retournant, il vit un groupe de policiers venir dans leur direction, précédés d’Alcandre Danon, visiblement de mauvaise humeur. Le temps qu’ils arrivent jusqu’à l’unité, les hommes murmuraient déjà entre eux, leur curiosité piquée par l’événement. L’enquêteur du roi s’arrêta devant Tancrède en le saluant de la tête, puis s’adressa à lui sur un ton officiel qui ne laissait rien présager de bon : « Lieutenant Tancrède de Tarente, et première classe Engilbert Tournai, veuillez nous suivre, je vous prie. »
Le visage fermé, embarrassé, Engilbert sortit des rangs pour se mettre à la disposition des policiers. Tancrède essaya d’accrocher son regard, mais le Flamand gardait les yeux obstinément baissés, fixés sur le sol. Afin de couper court aux chuchotements qu’il entendait dans l’unité, Tancrède demanda au major Hutbert de diriger l’entraînement à sa place jusqu’à son retour, puis il quitta les lieux aux côtés de l’enquêteur et d’Engilbert.
« Où allons-nous ? fit-il à l’adresse de Danon qui marchait devant eux.
— Aux Buanderies Générales », fit sèchement celui-ci.
En dépit du ton de l’enquêteur, Tancrède nota que les policiers avaient la courtoisie de les précéder afin de ne pas donner l’impression aux troupes qu’ils étaient en état d’arrestation. Cela ne faisait jamais très bon effet lorsque police venait vous chercher.
« Que leur as-tu dit ? demanda-t-il à mi-voix à Engilbert.
— Je leur ai simplement raconté ce que tu as trouvé hier soir.
— Pourquoi ?
— Je sais que tu ne voulais pas procéder ainsi, mais crois-moi, il vaut mieux pour tout le monde que ce soit la police qui s’occupe de cela. » Engilbert releva les yeux et rendit son regard à Tancrède, sans la moindre trace de défi, plutôt en quête d’approbation. Celui-ci détourna lentement les yeux, le visage sombre.
« Tu n’aurais pas dû faire ça. »
Le véhicule prioritaire de la police ne mit que dix minutes pour atteindre les Buanderies Générales.
Les lieux apparurent radicalement différents à Tancrède, qui ne les avait vus que de nuit. En journée, des centaines de femmes s’activaient ici dans un vacarme assourdissant, charriant d’énormes paniers à linge, vidant et remplissant des machines fumantes, repassant des kilomètres de draps, se bousculant et s’interpellant les unes les autres, le tout sous les cris de cheftaines vociférantes. L’ensemble formait un tableau décalé dans un vaisseau stellaire tel que celui-ci, presque anachronique si l’on considérait qu’il n’y avait pas un seul homme ici.
La condition féminine n’avait pas franchement progressé au lendemain de la Guerre d’Une Heure. Dans tous les domaines, la rétrogradation des femmes avait été le corollaire naturel du retour de la société à une structure féodale. Le seul modèle féminin socialement accepté était désormais la mère au foyer, excepté pour les familles pauvres où, naturellement, tout le monde devait travailler pour survivre. Dans un milieu aisé, une femme qui manifestait le désir d’occuper un poste ou un emploi quelconque était considérée avec la plus grande suspicion. En fait, pour celles qui ne pouvaient supporter l’idée de passer leur vie à s’occuper d’enfants ou d’une maison, la seule possibilité était de s’engager dans l’armée où un grand nombre de postes leur étaient proposés, y compris dans les troupes. Il existait même un corps d’élite, les Amazones, exclusivement réservé aux femmes.
Le groupe de policiers traversa les grandes salles de travail sous les plaisanteries et les sifflements des ouvrières, pas fâchées d’avoir quelques instants de distraction dans leur travail harassant, puis arriva à la pièce où le corps de Viviane avait été retrouvé, toujours interdite d’accès par un écriteau de la police.
« C’est donc bien ici que vous vous êtes introduit de nuit, au mépris de l’interdiction affichée, Lieutenant ? »
Comme le ton de l’enquêteur indiquait clairement qu’il ne s’agissait pas d’une question, Tancrède s’abstint de répondre et lui emboîta le pas tandis qu’il entrait dans la pièce.
« Lieutenant de Tarente, veuillez nous montrer ce que vous prétendez avoir découvert ici qui aurait soi-disant échappé aux enquêteurs. »