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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Louis et Bourvil s’entendent donc à merveille. Il leur arrive d’aller déguster ensemble un vin de Bourgogne dans les chais alentour et de se distraire avec les gendarmes de la brigade de Tannay. Louis, en particulier, se lie avec l’un d’eux, Henri Barbotte, auquel il raconte des anecdotes liées aux deux épisodes du Gendarme qu’il a tournés, lui lançant même parfois : « Allez, viens collègue, on va prendre un petit apéritif…  » Quant à Bourvil, il ne se gêne pas pour balancer quelques vannes. Mais Bourvil et Louis parlent aussi métier, et en particulier du réalisateur Jean-Pierre Mocky qui, à plusieurs reprises, a sollicité de Funès afin de l’entraîner dans l’une de ses prochaines productions. Bourvil, contre l’avis de son épouse craignant qu’il n’abîme son image, a prêté par deux fois son concours à ce metteur en scène atypique volontiers subversif, dans Un drôle de paroissien et La Grande Frousse. Si de Funès n’a guère aimé sa diatribe contre la religion, il n’a pas détesté son histoire de faussaire et de secrétaire de mairie criminelle. Louis, qui n’a jamais rencontré Mocky, veut en savoir plus sur le bonhomme. Bourvil ne lui cache pas que ses méthodes de travail sont pour le moins anarchiques, mais qu’il a incontestablement du talent et qu’il apprécie ses propos moqueurs sans jamais être outranciers. Il lui confie qu’il vient d’accepter de participer à une troisième aventure, où il sera question de pointer du doigt les méfaits de la télévision sur les progrès scolaires des lycéens[333]. Bourvil se fie à son instinct, d’autant que Mocky ne présente souvent qu’un vague synopsis gribouillé à la hâte sur une page. Cela ne fait évidemment pas l’affaire de Louis de Funès, qui n’accepte d’étudier une éventuelle collaboration que sur la base d’un scénario plus construit. Il décide donc de ne pas donner suite, d’autant que Jeanne voit d’un très mauvais œil cette idée d’aller se fourvoyer dans l’univers de ce « mécréant ».

Après une rapide escapade à Paris — de Funès n’ayant aucune autre scène à tourner pour l’instant —, Louis et Jeanne reviennent dans ce département de l’Yonne où la température est, par moments, glaciale. Le 23 mai, Louis et Bourvil doivent tourner de nuit dans les rues de Vézelay. Des rues plongées dans l’atmosphère des heures sombres de l’Occupation. Au pied de la porte Neuve, les curieux se sont massés pour assister au spectacle. Calés sur leurs chaises, Louis et Bourvil laissent leurs habilleuses, Christiane Marmande et Annie Maroult, vérifier que leurs tenues sont bien raccord, pendant que leurs doublures sont en place pour le réglage des projecteurs. Une fois que tout est en bonne place, ils sont appelés pour tourner leur arrivée à bicyclette devant le panneau indiquant l’entrée de la ville de Meursault, avant de grimper la rue principale. La côte est raide mais cela n’empêche pas Gérard Oury de faire plusieurs prises, au point que Bourvil s’épuise rapidement. Au moment où il veut demander grâce au réalisateur, il casse son pédalier… ce qui déclenche un immense éclat de rire. Ravi de son « exploit », Bourvil se lance dans une pantomime à sa façon qui provoque l’hilarité générale. Il faut quelques minutes pour qu’Oury obtienne le silence et mette enfin cette scène en boîte. Ensuite, tout le matériel est déplacé dans la rue de l’école où une patrouille allemande est déjà à pied d’œuvre. Tous les figurants[334] sont aux ordres. Cette scène, qui n’est pas sans rappeler à Louis les heures noires vécues sous l’Occupation à Paris quand il regagnait son domicile après le couvre-feu, est celle de la fâcherie entre Stanislas (de Funès) et Augustin (Bourvil), qui remonte seul sur son vélo et part en éclaireur quand, soudain, il voit au loin la patrouille. Stanislas (de Funès) dévale à son tour la ruelle, et il est intercepté in extremis par son camarade qui chute lourdement. S’ensuit le suspense de la roue du vélo tournant dans le vide et dont le cliquetis risque de faire repérer les deux hommes. Louis reste figé et laisse transpirer sa peur, donnant un aspect vraiment dramatique à ce moment. Une fois la patrouille disparue, Louis, silencieux, doit regarder Bourvil et des yeux lui faire un signe de reconnaissance. Pour Louis, cette scène muette se suffit à elle-même. Mais ce n’est pas l’avis de Gérard Oury, qui lui demande de remercier Bourvil. Louis n’est pas d’accord. « Ah non ! J’ai pas envie de dire merci ! » lâche-t-il. Oury insiste, en précisant : « Si, Louis ! Quand quelqu’un te sauve la vie, tu le remercies !  » L’argument fait mouche. « Et de Funès s’est exécuté, raconte Gérard Oury[335]. Il l’a merveilleusement dit, mais il avait toujours quelque pudeur à exprimer un sentiment qui n’était pas un effet comique, quelque chose comme une émotion.  »

Les jours suivants sont consacrés à de courtes scènes dans la commune de Noyers-sur-Serein, où le café de la Paix est transformé en hôtel du Globe. Benno Sterzenbach et Colette Brosset y ont rejoint l’équipe. Encore un tournage nocturne où, cette fois, Louis et Bourvil apparaissent furtivement devant l’hôtel. Un plan indispensable afin que le spectateur croie que toute l’action se déroule dans les chambres de cet hôtel, alors que les scènes en question seront tournées dans les studios de Boulogne un mois plus tard. Comme il se doit, Gérard Oury a toutes les peines du monde à contenir son monde. Louis, Bourvil et Colette Brosset rivalisent de plaisanteries. Une fois de plus, Oury doit se fâcher pour ramener chacun à la raison. « Bon allez, les enfants, c’est sérieux, on arrête de rire maintenant, je voudrais bien tourner, moi !  » hurle-t-il d’abord gentiment, puis fermement. Il veille jalousement à respecter son plan de travail, d’autant que Robert Dorfmann lui téléphone chaque soir pour obtenir un compte-rendu précis. Une minute de perdue et ce sont des milliers de francs qui s’envolent ! Le samedi 28 mai, direction Pierre-Perthuis, au bord de la Cure, où Louis et Bourvil, en uniforme allemand, traversent un petit pont de pierre avant de s’évaporer dans la nature puis d’être arrêtés par une patrouille et de retraverser le pont escortés par les soldats, sans oublier les quatre bergers allemands Géro, Cléo, Cochia et Iman conduits par André Noël, le dresseur canin.

Une petite journée de tournage, avec l’indispensable pause déjeuner au restaurant des Deux-Ponts tenu par Simone Durand qui ne peut que constater la bonne humeur régnant au sein de cette équipe qui se prépare à plier bagage pour se diriger vers les Hospices de Beaune. Tout le monde se fixe rendez-vous au mardi suivant. Louis et Jeanne, tout comme Bourvil, profitent de ce week-end de la Pentecôte pour regagner Paris, non sans avoir longuement discuté avec leur metteur en scène. Lors de ce dialogue à bâtons rompus, Bourvil affirme, sans malice : « Le film que nous tournons en ce moment ne fera pas la moitié du Corniaud… » Interloqué par ce propos, Oury a du mal à saisir ce que le Normand veut dire. « Je veux dire par là, Gérard, que tu ne réussiras jamais aussi bien  », précise Bourvil. Cette prédiction a l’heur d’amuser Louis de Funès, prêt à engager les paris. De Bourvil, de Gérard Oury et de Louis, qui l’emportera ?

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333

Ce film sortira sous le titre La Grande Lessive en 1968.

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334

Composée de figurants recrutés à Vézelay, cette patrouille est conduite par le comédien Rudy Lenoir. Chaque figurant perçoit la somme forfaitaire de 100 francs par journée de tournage.

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335

Gérard Oury cité par Vincent Chapeau, op. cit., p. 37.

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