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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Oui, mais tu dois couper du bois. »

Mikael regarda la forêt. « Ojsternig est en train de la détruire.

— Il détruit tout. »

Mikael alla prendre une hache dans la remise à outils. Il eut un petit coup au cœur en voyant la pioche, le premier outil qu’il avait appris à manier. Dans les bois, il travailla jusqu’au soir. Il tira derrière lui les troncs qu’il avait abattus puis les scia en bûches et fendit les plus grosses à la hache sur la souche.

« T’es devenu fort », dit Raphael pendant qu’ils mangeaient.

Mikael ne répondit pas.

« T’as toujours le livre que je t’ai donné ? », demanda le vieil homme.

Mikael acquiesça et plongea le nez dans sa soupe, relevée avec de la viande. Ils finirent de dîner en silence. Raphael ouvrit une bouteille en terre cuite. « Bois doucement, c’est fort », dit-il, en versant deux petites rasades de boisson.

Mikael but. Sa gorge se contracta, et une chaleur intense se diffusa dans son estomac.

« C’est un alcool distillé par les frères de Dravocnik. Ça fait digérer. »

Mikael sentait l’alcool défaire des nœuds en lui. « Vous avez appris ce qui s’est passé dimanche ?

— Oui, répondit Raphael avec gravité.

— De la viande de boucherie, dit Mikael d’une voix sourde. Comment Dieu peut permettre des choses pareilles ? ajouta-t-il, contenant sa colère.

— Tu me prends pour un curé, à me demander ce que Dieu pense ? » Mikael, silencieux, gardait la tête basse.

« De toute façon, qu’est-ce qu’il pourrait faire, Dieu ? reprit Raphael. Même s’il décidait d’intervenir, comment il ferait pour mettre fin à toutes les injustices ? » Il se pencha vers lui. « Une fois qu’il aurait éliminé Ojsternig et tous les méchants de la terre, il y aura toujours un enfant qui survit à l’hiver et un autre non, une femme fertile et une autre qui est stérile. Et à la fin, quand il aurait éliminé tous les malheurs possibles et toutes les injustices, il y aura toujours un champ qui donne plus d’avoine qu’un autre. Ça ne serait pas une injustice, ça aussi ?

— Alors, à quoi il sert, Dieu ?

— Tu me prends décidément pour un curé ?

— Non. » Mikael était de plus en plus sombre.

Le silence retomba.

Raphael se leva pour aller dormir.

« La vie me dégoûte, dit Mikael.

— La vie, en elle-même, n’est ni moche ni belle.

— Arrêtez de faire des belles phrases ! dit Mikael rageusement. Vous êtes là sur votre montagne et rien ne vous touche. Vous ne connaissez rien à la vie. »

Le vieux se coucha sous sa peau de loup. « Oui, tu as peut-être raison. »

Mikael dormit peu. Il se réveilla au matin fatigué et de mauvaise humeur. « Vous vous êtes trompé, dit-il à Raphael d’un ton agressif pendant que le vieil homme faisait chauffer la soupe de la veille.

— Sur quoi ? dit-il sans se retourner.

— Quand j’étais petit, vous m’avez dit que la haine, c’est une satisfaction qui dure pas. Ça n’est pas vrai.

— Ah non ? », dit Raphael d’un ton distrait.

Mikael sentit le sang lui monter aux tempes. « Non !

— Mais la bouche amère, ça reste », répondit Raphael.

Mikael haussa les épaules. « On s’y habitue. On finit par ne plus la sentir. »

Raphael se retourna et le regarda droit dans les yeux. « Tu mens, dit-il, avec un air sérieux.

— Qu’est-ce que tu en sais, toi, le vieux ? »

Raphael continua à le fixer et ne répondit pas. Ses yeux étaient empreints d’une mélancolie profonde, comme ceux de quelqu’un qui ne veut pas regarder en arrière mais sent pourtant le souffle du passé dans son dos.

Mikael fut ému par ce regard. Il sentit quelque chose se briser en lui. Tournant le dos, il sortit de la cabane avant que Raphael ne puisse lire dans ses yeux.

« Mikael, dit Raphael en le rejoignant.

— Cet homme a tué mon père, et moi… moi… ! explosa Mikael en se retournant, le visage contracté de colère et de douleur.

— T’as pas de père…, commença à dire Raphael.

— Si ! J’ai eu un père ! C’était le prince Marcus Ier de Saxe ! hurla Mikael. C’est pas la peine que vous me répétiez toujours la même chose ! Et je l’ai vu se faire décapiter ! Et je sais qui a donné l’ordre de le tuer ! » Il chercha fougueusement dans sa poche, saisit la bague en or tordue par les flammes qu’il avait trouvée six ans plus tôt dans les cendres du château. « Regardez ! cria-t-il, les larmes aux yeux. C’est la bague de mon père ! » Il tomba à genoux sur le sol. Harro vint près de lui et lécha ses larmes. « Et je ne suis même pas capable de le venger…, murmura-t-il. C’est ça l’histoire qu’il raconte, votre livre stupide. »

Raphael amena un petit tabouret à trois pieds près de lui.

« Peut-être que mon père aussi pensait que ses serfs n’étaient rien. Qu’ils n’étaient pas des hommes mais des bêtes.

— Ton père a été un prince juste…

— Qu’est-ce que vous en savez ?

— Demande à ses sujets…

— À ses serfs ! » Mikael serra nerveusement les poings. « À son bétail !

— C’est la loi de notre monde…

— C’est une loi injuste !

— Elle est injuste quand le prince est injuste.

— Alors, qu’est-ce que je dois faire ? », demanda Mikael, exaspéré, levant vers le vieil homme ses yeux et son visage mouillé de larmes.

Raphael le fixa d’un regard soudain sévère. « Arrête de pleurer sur ton sort, par Dieu ! s’exclama-t-il d’une voix dure. T’es plus un gamin. Deviens un homme. »

Mikael fut blessé par ces paroles.

« Le but de la vie d’un homme, c’est de devenir ce qu’il devient, rien de plus, rien de moins, répondit Raphael d’un ton toujours aussi dur. Commence donc par savoir qui tu veux devenir et cesse de pleurnicher. »

Mikael resta figé à le regarder.

« Tu as un grand cœur, murmura Raphael. Écoute-le.

— Assez avec ces idioties ! C’est pas vrai ! cria Mikael en réponse. Je suis un lâche, et vous ne faites que bavarder, comme les vieux ! » Il se leva, prit Harro sur ses épaules et disparut dans la forêt.

Il arriva dans la Raühnvahl à la tombée de la nuit et se rendit dans le petit cimetière derrière Notre-Dame des Neiges. Il regarda la croix de bois qui indiquait l’endroit où il avait enseveli les cendres de son père, sa mère, sa petite sœur et Eilika. Debout, il ne trouva pas les mots pour une prière. Il éprouvait un profond mépris pour lui-même, comme si la main d’Ojsternig était encore sur son épaule.

« Je t’ai vu revenir », dit Eloisa derrière lui.

Mikael ne se retourna pas mais son cœur fit un bond, comme si Eloisa était désormais en lui. Il entendit Harro japper joyeusement, et se rendit compte alors que le dimanche précédent, Eloisa aurait pu être sur le gibet. Il aurait voulu se tourner vers elle, la prendre dans ses bras, la serrer fort. Mais il dit seulement, d’une voix distante : « Est-ce que ça finira un jour, cette horreur, si on n’y met pas fin nous-mêmes ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— On compte pour rien, répondit Mikael d’une voix sourde. Moi, je veux pas vivre comme ça.

— Comment tu voudrais vivre ?

— Et toi, comment tu voudrais vivre ? répliqua Mikael. Tu trouves ça bien, de penser qu’un jour on pourrait te pendre par caprice ?

— On n’y peut rien.

— Si, on y peut quelque chose ! s’exclama Mikael. J’ai rencontré Volod le Noir. » Il ne l’avait encore avoué à personne.

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