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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Elle était belle jusqu’au miracle.

Paul se retira derrière l’angle de la roche, tout haletant d’admiration. Ysole arrêta son cheval court, au milieu de l’étoile.

Son regard franc et résolu interrogea la petite plate-forme.

Paul, tremblant plus qu’un enfant, se demanda:

– M’a-t-elle donc aperçu?

Il avait peur, mais peur au point de chercher déjà une issue par où fuir.

Il se trompait: Ysole de Champmas ne l’avait point vu.

Elle cherchait quelqu’un sur la petite plate-forme, évidemment, car ses sourcils se froncèrent avec dépit.

Un instant, elle resta indécise; puis sa cravache mignonne se leva comme si elle allait reprendre sa course.

Mais se ravisant brusquement, elle sauta à terre, et se tournant vers la plate-forme, elle dit à haute voix:

– N’êtes-vous point là, monsieur le baron d’Arcis?

Paul, plus stupéfait que si la pierre elle-même eût parlé, ne trouva point de mots pour répondre.

Seulement éperonné par la conscience du côté ridicule de sa situation – et c’est le côté sensible pour ceux qui sont timides et qui aiment -, il rassembla son courage et fit un pas en avant.

D’un geste automatique, sa main souleva son chapeau.

Ysole sourit et le salua d’un signe de tête gracieux.

– Restez, dit-elle; je vais aller vous trouver. J’ai besoin de causer avec vous.

Paul resta en effet, et vous eussiez dit qu’il était changé en statue.

XI L’affût de midi

L’homme au fusil n’était pas une vision, et certes il aurait mérité de fixer l’attention de Paul Labre, s’il eût été possible à celui-ci de songer à quoi que ce soit au monde, quand la présence d’Ysole venait lui éblouir le cœur.

L’homme au fusil était un fort gaillard à tête déprimée comme celle d’un batracien et conformée de façon à ce que le derrière du crâne emportât complètement le devant.

Au dire de Gall et de ses disciples qui, en ceci du moins, sont d’accord, cette forme de la boîte osseuse accuse la prédominance de tous les instincts mauvais.

Louveau, surnommé Troubadour et la Faveur-des -Belles, n’avait aucune prétention au titre de bienfaiteur de l’humanité; c’était une bête sauvage des halliers parisiens, un animal féroce de la plus répugnante espèce: un chien enragé tel qu’on en trouve encore quelques-uns dans la forêt de Paris et dans les marais de Londres.

Les Habits Noirs faisaient une chasse active à ces fauves; ils les prenaient vivants et les dressaient à obéir.

L’association leur mettait un collier de fer autour du cou.

Une fois tombés dans le piège à loup qu’on leur avait tendu, ils tiraient comme des chevaux de fiacre pour éviter la guillotine.

Louveau, dit Troubadour, était un Coyatier de dixième ordre.

On l’avait amené là pour tenir l’affût et tirer un coup de fusil.

Le gibier devait passer sous la Belle-Vue -du-Foux, par la route conduisant de Mortefontaine au château de Champmas.

Ce n’était pas tout. Louveau avait en outre pour mission de s’assurer qu’un jeune homme, dont on lui avait donné le signalement, et qui était Paul Labre, se trouvait ou était venu à tout le moins à la Belle-Vue, ce jour-là.

De plus, il lui fallait savoir si quelque passant, paysan ou autre, pourrait constater la présence ou le passage de Paul Labre au lieu désigné.

Pour toutes ces diverses choses on devait lui donner de quoi s’empoisonner d’eau-de-vie pendant une semaine.

Méchant état! Mais ceux qui payaient Louveau si maigrement ne lui laissaient point la liberté du choix.

Son collier de dogue esclave le serrait à la gorge.

Quant au gibier à abattre, Louveau le connaissait. On l’avait introduit dans un enclos, là-bas, à Mortefontaine, tout exprès pour qu’il le pût bien voir.

Louveau était un des deux intrus que Thérèse Soûlas avait vus fuir au moment où Pistolet descendait de son arbre, dans l’enclos de Paul Labre.

L’affût devait commencer à midi.

Tous les jours, de midi à deux heures, le gibier désigné au fusil de Louveau prenait la même route pour aller de la maison de Paul Labre au château du général.

Louveau, dit Troubadour, reconnut aisément Paul Labre à la description qui lui en avait été faite.

C’était un premier point.

En l’espace de cinq minutes, il put constater en outre que deux personnes au moins avaient aperçu Paul Labre sur la plate-forme de la Belle-Vue -du-Foux, le monsieur de la calèche et cette belle demoiselle qui galopait sur un cheval fleur de pêcher.

Louveau ne faisait pas de zèle, cela lui suffit et il rentra sous bois, cherchant désormais une place commode pour son affût, une place où le tir fût aisé et la retraite assurée.

Ce n’était pas la partie difficile de sa besogne. L’endroit était merveilleusement propre à dresser une embuscade. La rampe qui descendait de la plate-forme à la route de Mortefontaine allait s’élargissant, à mesure qu’on s’éloignait de l’étoile. Elle était couverte d’un taillis de châtaigniers très épais qui cachait le sol tout semé de grosses pierres.

À deux cents pas de la Belle-Vue, Louveau trouva un quartier de meulière qui surplombait presque la route, et derrière lequel une sente de chevreuils rejoignait tortueusement la forêt.

C’était son affaire. Il ne chercha pas mieux.

– Tiens! se dit-il, entendant vaguement la voix d’Ysole qui adressait à Paul Labre le bizarre appel qui avait si fort étonné ce dernier, la demoiselle cause: c’est un joli brin! Ce serait dommage s’ils me disaient une fois de la mirer, celle-là. Faudrait le faire tout de même.

Il fourra une chique dans sa bouche, s’assit commodément et mit son fusil en travers sur ses genoux après en avoir examiné l’amorce.

En ce moment, Mlle Ysole de Champmas passait à son bras la bride de son cheval et montait le sentier escarpé qui conduisait à la Belle-Vue.

Paul était resté à la même place, toujours immobile et le chapeau à la main.

Quand Ysole arriva près de lui, elle avait aux joues une belle teinte rosée.

C’était peut-être du trouble – peut-être était-ce la fatigue de la montée.

– Je vous prie, dit-elle, d’attacher mon cheval. Il se peut que nous restions longtemps ici.

Paul Labre, le pauvre amoureux, et je ne serais pas surpris que certaines jolies paires de lèvres, impatientes, l’eussent déjà nommé: «l’amoureux transi», Paul Labre ne connaissait pas encore la voix de celle qu’il aimait.

Il y avait dans son passé ce qu’il fallait pour faire de sa timidité native une maladie cruelle et incurable.

La voix d’Ysole, grave et douce, lui pénétra le cœur comme un chant; mais son étonnement dépassait de beaucoup son émotion.

L’aventure commençait pour lui comme un rêve délicieux, mais extravagant.

Il avait peur de s’éveiller et peur aussi de trop croire.

Quand il eut attaché le cheval d’une main maladroite et qu’il se retourna, il vit Ysole assise au bord de la fontaine.

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