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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Thérèse répondit froidement;

– Je ne sais pas ce que vous voulez dire. Je ne suis pas ici chez moi, et je ne peux vous procurer à boire.

– On sucera une petite pierre, dit Pistolet avec résignation en mettant un caillou dans sa bouche. On a éprouvé bien des privations plus cruelles au sein de l’Arabie Pétrée, chapitre de mes voyages hors frontières et douanes.

Il regarda tout à coup Mme Soûlas en face et ajouta:

– Maman, vous avez plus de chagrin que de malice. Méfiez-vous quand vous allez toute seule par les champs. Cette affaire-là, c’est la bouteille au noir. Vous vous êtes mélangée là-dedans je ne sais ni comment ni pourquoi; c’est périlleux. Il y a un nid dans le pays, un nid d’animaux que je vous ferais trembler et la chair de poule, si je vous murmurais leur vrai nom. Les deux qui viennent de filer par la porte ouverte n’étaient pas ici pour des prunes… et quoique M. Badoît m’ait défendu de vous mettre au fait. Il y a des choses que vous savez d’ancien. Exemple: ce qu’on fit au frère de M. Paul dans la chambre n° 9, ce soir… Toujours le même soir, parbleu!

Thérèse eut un sourire triste.

– Je n’ai pas peur de mourir, dit-elle. Et pourquoi me tuerait-on?

– That’s the question, comme ils baragouinaient pendant mon séjour en Angleterre, répondit Pistolet. Vous le savez mieux que personne: c’est des gaillards qu’il faut être fort et adroit pour deviner leur jeu, et moi j’ai idée que M. Badoît a tort de se méfier de vous, dites donc?

Thérèse fit un geste de fatigue. Pistolet, qui la regardait toujours entre les deux yeux, continua, suivant à travers son bavardage en apparence étourdi, le fil de son excursion diplomatique.

– Vous avez quelque chose sur la conscience, ça ne fait pas de doute, maman, hé! là-bas?

Mme Soûlas ne put s’empêcher de tressaillir.

– Mais ce quelque chose-là, continua le gamin, ne peut pas être contre M. Paul, que vous aimiez comme un fils, autrefois.

– Je suis dévouée à monsieur le baron, dit vivement Thérèse, autant et plus que M. Badoît.

– C’est mon idée, pensa tout haut Pistolet. Mais alors, qu’est-ce que la pauvre petiote a pu vous faire?

– Elle! la chère enfant! s’écria Thérèse.

– Stop! interrompit le gamin. C’est de l’anglais appris dans mes voyages. Nous avons à causer nous deux. Tant pis si M. Badoît n’est pas content! Attendez voir que je fasse ma ronde.

Il traversa le bosquet sans se presser et avec précaution. Il gagna la porte de l’enclos dont il poussa le verrou. Après quoi, d’un seul bond, il s’accrocha d’une main au faîte du mur et s’éleva à la force des poignets.

Son pantalon neuf en dut souffrir. Il resta une minute entière à examiner soigneusement la campagne.

Thérèse suivait malgré elle, avec intérêt, toute cette mise en scène.

En revenant, le gamin la regarda du coin de l’œil et se dit:

– Elle est piquée dans sa curiosité, l’ancienne, on va savoir.

Il s’assit sur l’herbe à une vingtaine de pas de Suavita endormie et fit signe à Thérèse d’approcher. Celle-ci obéit.

– Rapport à ce qu’il ne faut pas que la mignonne écoute, murmura-t-il, si quelquefois elle faisait semblant de dormir. Ça s’est vu. Mettez-vous là. Vous savez mieux que moi où est M. Paul à cette heure. Comme il s’y trouve bien, il y reste, et ce n’est pas lui qui viendra nous déranger. Allons-y! Le hic, le voici de but en blanc et sans baragouiner: la fille aînée du général n’est plus une demoiselle, hein?

Thérèse frissonna si visiblement que Pistolet s’arrêta.

– Ça vous fait quelque chose? demanda-t-il naïvement.

– C’est une calomnie! prononça Thérèse entre ses dents serrées.

– Non, répliqua le gamin d’un ton paisible. Le séducteur est un Habit-Noir, assassin, voleur et tout. J’en lève la main!

Les bras de Thérèse tombèrent.

– Vous ne saviez pas ça? reprit Pistolet. Moi, pas d’affront! la chose ne me concerne pas. Seulement, ils croient que vous le savez, et c’est mauvais pour vous. Les bêtes venimeuses, dont je vous ai parlé, qui ont leur nid par ici sont les Habits Noirs, les vrais, de l’île de Corse et du Fera-t-il jour demain. Pas davantage.

Thérèse était toute blême.

Elle avait passé des années dans un milieu où ce nom sinistre faisait effet comme celui du choléra ou de la peste.

– Pourquoi me dites-vous cela? demanda-t-elle.

– Parce qu’ils sont venus ici… et qu’ils ne viennent jamais pour rien.

– Quoi! s’écria Thérèse, ces deux hommes que j’ai vus s’enfuir?…

– C’est pas des gros, déclara sentencieusement le gamin, mais c’en est. Veillez sur vous et sur ceux que vous aimez.

– Ysole… commença la malheureuse femme.

– Ah! fit le gamin, c’est donc celle-là qui vous tient le plus au cœur?

Il l’interrompit pour ajouter:

– Moi, je ne sais rien de rien, hors ce que j’ai vu. C’est vrai que j’ai vu pas mal de choses déjà, parce que je me suis levé matin, ayant oublié de me coucher hier au soir. Les Habits Noirs sont diablement malins; mais on n’est pas mal organisé de notre côté aussi, M. Badoît a une centaine d’hommes en campagne.

– Cent hommes! répéta Thérèse stupéfaite.

– Une armée, quoi! poursuivit le gamin en riant. Nous ne sommes pas de la police, vous savez. Moi, je travaille pour l’honneur; j’aime ça. Nous servons tout uniment la vengeance du frère de la victime, comme dans les drames. C’est un emploi honorable. Ça vous incommoderait-il que j’en allume une pour tromper ma soif?

Thérèse permit du geste, et Pistolet battit le briquet après avoir bourré sa pipe.

– Ça me fit de la peine pour le matou, reprit-il en tirant les premières bouffées. J’ai bon cœur et même de la sensibilité, à l’état de nature; mais les passions de la jeunesse! Fallait aller à mes succès à Bobino; vous n’avez pas connu Mèche? Je comprends les fautes comme ça, qu’ont l’entraînement pour objet; le calcul, jamais! il dégrade. Voilà donc l’ordre et la marche, espérant que, si vous pouvez me communiquer des renseignements utiles, vous vous fendrez, en faveur de M. Paul ou le baron dont nous sommes à sa solde; moi, par l’intermédiaire de M. Badoît et les quatre-vingt-dix-neuf autres directement. M Badoît m’ayant embauché, je suis parti avec lui en rotonde de diligence pour Alençon, où il m’a dit: Je reste ici, étant connu des Habits Noirs, pour la plupart, en ma qualité d’ancien agent, car ils flânent habituellement autour de la Préfecture, et il y en a même qui ne se gênent pas pour entrer à l’intérieur du monument, sous forme d’amis particuliers des principaux chefs.

«Toi, qu’il a ajouté, en me parlant familièrement par amitié, ils t’ignorent par le double motif que tu n’étais pas encore célèbre, à l’époque, ailleurs qu’à Bobino, et que tu as passé le surplus de ton existence dans les voyages à Londres et autres contrées étrangères. Ce qui est vrai, maman: j’en ai vu du pays! Et les différentes mœurs des populations nomades!

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