Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
«Le général aura des renseignements précis et complets auprès de la femme T. S.; voici pourquoi: P. L. joue ici double jeu, comme toujours. Pensant avec raison que la fille légitime, à l’usé, sera meilleur teint que la fille légitimée, il a abandonné Ysole pour cette pauvre petite Suavita.
«Il est temps, P. L., se défie déjà de la femme T. S. Or, quand quelqu’un le gêne, à bon entendeur, salut!»
Il y avait un post-scriptum ainsi conçu:
«Il est temps, je le répète. Étant donné le caractère de P. L., les heures de la femme T. S. sont comptées.»
Le général, à la lecture de cette lettre, avait été frappé vivement et profondément.
Cependant il ne croyait pas.
Il n’osait pas croire à ce bonheur inespéré: l’existence de sa plus jeune fille, perdue depuis trois ans.
La lettre disait vrai: tout ce qu’il y avait d’amour paternel en son cœur s’était reporté sur Suavita: Ysole lui inspirait un sentiment malaisé à définir où des restes de tendresse passionnée ne pouvaient vaincre une instinctive et plus forte répulsion.
Il ne pouvait pas croire non plus aux accusations violentes portées contre Paul Labre. Il se souvenait avec une sorte d’admiration de cet adolescent intrépide et si fort au-dessus de son douloureux état qui, autrefois, avait dédaigné l’usage de ses armes dans la maison de la rue des Prouvaires.
Tout cela devait être une fable inventée à plaisir ou une manœuvre dont l’auteur de la lettre n’avait pas même pris soin de dissimuler la source.
On y parlait en effet clairement des Habits Noirs.
Et le général savait depuis longtemps que les conjurés de la rue des Prouvaires avaient été le jouet des Habits Noirs, lesquels s’étaient emparés du complot pour le vendre et préparer en même temps cette fameuse évasion qui devait ouvrir sa propre succession à lui, M. de Champmas.
La lettre, en somme, était parsemée de choses vraies, et toute la partie de la lettre qui dénonçait la conduite hésitante de Thérèse Soûlas était vraisemblable.
Si impure que fût l’origine de ces renseignements et si douteux qu’ils pussent paraître, ils valaient assurément la peine d’être éclaircis.
C’était pour les éclaircir que le général comte de Champmas se dirigeait vers Mortefontaine en étudiant chaque phrase du message anonyme.
Et son travail mental arrivait toujours à cette conclusion:
– Il faut interroger Thérèse; Thérèse seule peut me donner le mot de cette énigme. Je la crois reconnaissante et bonne, mais eût-elle toutes les duplicités de son sexe, je saurai bien lui arracher la vérité!
Et il allait reprenant sa laborieuse lecture.
Une large goutte d’eau, la première de l’orage, tomba bruyamment sur le papier déplié, tandis qu’une rafale soulevait en tourbillons la poussière du chemin.
Le général leva les yeux, mais son regard n’alla point jusqu’aux nuées menaçantes qui déjà roulaient au-dessus de sa tête.
Son regard s’arrêta à quelques pas devant lui, sur un objet dont l’aspect le changea en statue.
– Thérèse! prononça-t-il d’une voix rauque.
La pensée d’un assassinat avait traversé son esprit. Et il eut cette vision: Paul Labre, debout, avec son fusil en bandoulière, au sommet de la plate-forme. Il l’avait vu.
Depuis lors, une heure à peine s’était écoulée. Il froissa la lettre.
– C’est impossible! dit-il, révolté contre le soupçon qui grandissait malgré lui. C’est impossible et insensé!
– Thérèse! appela-t-il encore. Il avança.
La mère d’Ysole était tombée à la renverse et l’arrière de sa tête avait fait un trou dans le sable.
La pluie d’orage, fouettant déjà à torrents, faisait ruisseler ses cheveux gris le long de ses tempes décolorées.
M. de Champmas lui tâta le cœur, mais sa main tremblait trop.
Sa main rencontra, en se retirant, un bouchon de papier noirci et demi-brûlé, une bourre. On avait dû tirer de près.
Le trou de la balle était non loin de la bourre, au côté gauche de la poitrine.
Il n’épandait point de sang.
Le général saisit Thérèse dans ses bras et l’emporta, sous l’ouragan qui faisait rage, jusqu’à une cabane de bûcheron située à un quart de lieue de Mortefontaine, vers la lisière de la forêt.
Quand il déposa son fardeau sur le pauvre lit, il crut entendre un soupir. Les nuages accumulés faisaient presque la nuit dans la cabane.
Un homme était assis au coin du foyer, le dos tourné à la lumière.
– Thérèse! dit le général, m’entendez-vous?
L’homme allumait sa pipe à l’aide d’un charbon. Le charbon tomba.
Dans l’ombre, une main froide toucha faiblement la main du général.
– Le nom de votre assassin, Thérèse! s’écria celui-ci.
– Tâche! grommela l’homme qui ramassa son charbon tranquillement.
La main glacée de Thérèse attira M. de Champmas qui mit son oreille tout contre la bouche de la mourante. Elle fit un suprême effort pour parler. Le général distingua un mot et un nom:
– Pardon… Suavita!…
Puis, dans un déchirant soupir, un autre nom qui s’exhala comme une prière:
– Ysole!
– Paul Labre! interrompit le général. Au nom de Dieu, dites-moi la vérité. Est-ce Paul Labre?
L’homme écoutait curieusement, l’homme du foyer.
La main de Thérèse eut une courte convulsion, puis se détendit.
Thérèse était morte.
Le général, agenouillé, écarta ses cheveux gris et la baisa au front, disant:
– Quoi que vous ayez fait, je vous pardonne.
Puis il se releva et s’élança au-dehors. L’homme quitta le foyer.
C’était Louveau, dit Troubadour, qui gagna la porte en grommelant:
– Paraît que c’est ce M. Paul Labre qui est pour payer la loi. Moi, je ne lui en voulais pas à c’te femme-là, mais j’aime mieux me mouiller que de rester seul avec elle. On n’est pas maître de ça.
En quelques minutes, le général eut atteint la maison de M. le baron d’Arcis. Il sonna. Le domestique lui répondit que le baron était absent.
Le général, montrant ses vêtements trempés par l’averse, réclama l’hospitalité que nul ne refuse.
Le domestique, honteux et sentant le besoin d’une explication, dit:
– M. le baron est bon comme le bon pain tout de même, quoi! mais il mène son logis comme il veut. Quand on a quelque chose à garder, on se ferme.
Et il poussa la porte.
Le général se dirigea vers la mairie et fit sa déclaration au sujet du meurtre de Thérèse Soûlas.
Vingt fois le nom de Paul Labre vint à ses lèvres; il ne le prononça point.
Il entra à l’église du village. Il pria et rêva longtemps, seul dans la pauvre nef. Il pensait:
– J’entrerai dans cette maison murée. Contient-elle le bonheur de ma vie ou mon dernier deuil?… Et ce jeune homme! Les preuves s’amoncellent contre lui: c’est l’évidence. Pourquoi y a-t-il en moi une voix qui me crie: Celui-là ne peut pas être un criminel!