Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
«Alors, en conformité des ordres du même M. Badoît, j’ai pris les devants par la patache de La Ferté-Macé, côte à côte avec un chrétien qui sentait le bagne à faire pitié, chiquant, chinoisant jaspin, tatouage sur les mains: des cœurs, des ancres, des poignards en bleu et des devises: «Pas de chance à la maison!» «Troubadour-Sans-Quartier, dit la Faveur-des -Belles.» «À bas Chamoiseau!»
«Fidèle jusqu’au trépas.» et autres: que c’est une vraie bizarrerie de voir ces gens-là se marquer comme du linge, pour pas qu’on les perde dans la foule!
«Il a montré son passeport aux gendarmes devers Saint-Martin-des-Landes. Le gendarme n’y a vu que du feu, comme de juste. Mais moi, toisé! Je connais la fabrique et la renommée de ces outils-là. N’empêche que je n’ai pas pu lui desserrer les dents, ce qui fait que je n’ai pas menti tout à l’heure en vous disant: Connais pas! Mais, d’un autre côté, son passeport était au nom de Louveau, et comme j’ai entendu mentionner ce nom-là à la Grande-Bouteille…
– C’était un des deux hommes de tout à l’heure? interrompit Thérèse.
– Oui, maman… Et l’autre, le jeune M. Cocotte, n’étant pas pour jouer des mains, mène presque toujours avec lui un gredin à tout faire.
«Or, le troubadour Sans-Quartier, dit la Faveur-des -Belles, me semblait gentil à surveiller: en descendant de voiture à La Ferté-Macé, je l’ai suivi de loin et il m’a conduit tout droit au pot aux roses… Motus: c’est des secrets: j’ai vu là de ces figures qui me suffisent pour savoir où mener ma barque.
«Mais les principes avant tout, pas vrai? La première chose est d’inspecter le logis de l’homme qui paie. Y a toujours quelque bon renseignement à prendre à la Préfecture. C ’est ici la Préfecture; je m’y suis introduit par escalade et j’ai revu mon troubadour; ma tête travaille… Ah! çà! on dirait que la petiote veut s’éveiller, hé?
Le sommeil de Suavita devenait inquiet. Elle se retourna vivement, ses mains s’agitèrent.
– Elle va parler, dit Pistolet.
Thérèse secoua la tête d’une façon tellement significative que le gamin s’écria:
– Muette? Pauvre chou! C’est une vraie petite demoiselle, ça se voit; elle doit savoir écrire, au moins.
Thérèse toucha du doigt le centre de son front.
– Idiote aussi! fit le gamin tout ému. Ma parole, je m’y intéresse, moi!
Il ajouta avec une sorte de gravité:
– Eh bien! ça ne me déplaît pas au vis-à-vis de M. Paul, parce que çà explique radicalement comme quoi il a pu ne pas la rendre à sa famille éplorée, sans manquer à l’honneur, si elle a le sifflet coupé et plus rien dans la cervelle, pas moyen de savoir son nom et son adresse; ça m’incommoderait de soupçonner M. Paul… Et vous aussi, maman… Je ne suis pas fâché d’estimer de fond en comble ceux pour qui je risque mon cou. Chacun ses opinions, pas vrai?
Il fit le geste de prendre dans son gousset vide une montre, objet de sa constante ambition, mais que jamais il n’avait pu conquérir. Il regarda sérieusement le creux de sa main et dit:
– Arrêtée l’horloge! je changerai mon genevois… Maman, voyez voir à la vôtre!
– Il est onze heures, répondit Thérèse après avoir consulté sa montre.
– Je déjeunerai une autre fois, soupira Pistolet. Ce district n’offre pas au voyageur toutes les commodités de la vie. Maman, ouvrez les deux oreilles; je vous ai dit des choses authentiques et des balivernes: les balivernes, c’est le détachement de cent hommes, quoique ça soit vrai, dans un sens, puisque nous sommes deux dont le premier en vaut bien quatre: c’est M. Badoît, mon patron, et dont le second qu’est moi, formé au grand complet par mes voyages, remplace avantageusement les quatre-vingt-seize autres. Les choses authentiques, c’est l’idée qu’on vous chauffe un bouillon, ici près, et à M. le baron aussi. Il changea de ton pour ajouter:
– Ramenez cette enfant-là à la maison, et que la maison soit bien fermée. Ce qu’ils veulent, je n’en sais rien, j’ai été mis trop tard dans l’affaire, je vais encore au hasard; mais ils ont une opération en train, c’est sûr, et quand ils sont en campagne, vous savez cela comme moi, malheur à ceux qui les gênent! En plus qu’ils trouvent moyen de faire coup double: le couteau pour l’un, la guillotine pour l’autre, si bien que Jacques est égorgé des fois, rien que pour amener Pierre en cour d’assises. Ah! c’est organisé à la papa! et si je n’avais pas de l’ouvrage, ce matin, j’aurais flâné tout à l’entour de vous, pour vous garder d’abord, ensuite pour les voir venir… Mais voilà! nous avons assemblée d’actionnaires, au nid de la société, ici près, et pour peu qu’on ne me casse pas les reins avant la fin de la séance, je donne bien ma parole sacrée que, cette fois, je saurai quelque chose!
Il se leva, et secoua les cendres de sa pipe.
Thérèse le regardait indécise. Cette crainte vague et personnelle qui venait la frapper au milieu de préoccupations d’un genre si différent impressionnait son instinct, mais avait peine à s’asseoir dans son esprit.
Pistolet n’était pas né pour faire trembler.
Dans sa bouche la menace la plus terrible suait le comique.
Néanmoins, quand il lui tendit la main d’un air courtois et galant, Mme Soûlas donna la sienne et demanda:
– Ai-je quelque chose à faire?
– Vous avez, répondit le gamin, à trouver M. le baron et à lui dire que je suis désolé de ne pas avoir eu l’honneur de le rencontrer. Je reviendrai à l’heure de son dîner, car il faut vivre. J’ai déjà mentionné les précautions à prendre pour la petiote. Vous avez, en outre, à toucher deux mots à votre mademoiselle Ysole de ses longues courses en forêt; elle ferait mieux de rester à la maison aujourd’hui et demain… Après ça, qui sait? Elle nous en remontrerait peut-être, cette belle fille-là: elle doit en savoir long! Et quant à vous, prenez un domestique pour vous reconduire au château de Champmas. Demain, je me chargerai moi-même de veiller sur vous. À vous revoir, maman. Vous ne me gardez pas rancune pour l’histoire du minet? Ah! les passions de la jeunesse! Mou, mou, mou! Elles vont rire sans moi ce soir, à Bobino. Je donnerais l’Odéon pour une chope de quatre sous et savoir où est Mèche. À l’avantage!
Tout en parlant, il avait noué autour de ses reins un petit cholet à carreaux qu’il avait dans sa poche.
Il marcha en se dandinant vers le mur du jardin et passa pardessus en trois temps gymnastiques, admirablement détachés.
Thérèse, restée seule, éveilla Blondette qui lui sourit et la suivit docilement vers la maison.
Elle embrassa l’enfant avec tendresse avant de la quitter pour retourner au château de M. de Champmas.
Au moment de sortir dans la campagne, Thérèse eut un frisson, mais elle se fit honte à elle-même de sa frayeur.
Elle pensa:
– Ces enfants de Paris s’amusent de tout. C’est pure moquerie. Il a parlé au hasard. Comment saurait-il le secret de ma fille? Et pourtant ces deux hommes que j’ai vus fuir!… Il y a quelque chose, et je veux du moins avertir M. Paul, qui est notre dernière espérance. Le Parisien a raison, je sais où le trouver.
Elle pressa le pas, suivant le sentier qui entrait en forêt et descendait vers les sauvages coulées d’Andaine.
La route était déserte.