Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
– Il n’est pas permis d’être fille d’Ève à ce point-là. Je veux l’aimer, je l’aimerai… Nous irons loin d’ici, bien loin, et je naîtrai à une nouvelle vie…
Ce dernier mot finit en un petit cri de surprise.
Sur la route de Mortefontaine, un homme venait à pied, la tête penchée sur une lettre qu’il paraissait lire attentivement.
D’un coup d’œil, Ysole avait reconnu le général de Champmas, son père. Elle fit voiler une seconde fois Amour et se lança à pleine course dans une allée qui conduisait sous bois.
Au bout de deux minutes et au premier détour de l’allée, Amour se cabra, effrayé par un homme qui était assis par terre au bord du chemin, essuyant avec un soin minutieux la cheminée de son fusil et l’intérieur du canon.
– Est-ce vous qui avez tiré ici près, l’ami? demanda Ysole en s’arrêtant.
– Ici près, où? questionna l’homme au lieu de répondre.
Mlle de Champmas regardait de côté sa méchante mine et ses bras velus, tout chargés de tatouages, car c’était bien Louveau, dit Troubadour, marqué comme un mouchoir, «pour pas qu’on le perde», selon l’expression de notre ami Pistolet.
– Sous la Belle-Vue -du-Foux, expliqua Ysole.
– Non fait, repartit l’homme. Est-ce qu’on a tiré de ce côté-là? Je n’ai pas entendu: je suis dur d’oreilles.
– Et qu’avez-vous tué?
– Bredouille, ma belle jeune dame. À ces heures-ci, les bêtes se méfient. La femme et les enfants auront beau crier la faim, ce soir, à la maison.
Ysole lui jeta une pièce d’argent et passa.
Troubadour empocha l’aumône et continua de nettoyer le fusil qui venait de tuer la mère d’Ysole.
À cinq cents pas de là, commençait le parc du Château-Neuf-Goret.
Ysole ralentit le pas de sa monture.
En approchant d’une ouverture à claire-voie qui regardait la campagne, elle dit:
– Doucement, Amour!
– Présent, bébelle, fit une voix derrière la grille. Avons-nous enfin armé notre chevalier?
– Il va le provoquer en duel, répondit Ysole sans s’arrêter.
– L’imbécile! Je l’ai vu grimper la route qui mène au château. Il faut que j’assiste à cette scène-là… et que je vous revoie avant ce soir, bébelle.
– Je reviendrai, dit Mlle de Champmas. J’ai besoin de vous parler: je l’aime.
Un large éclat de rire se fit entendre derrière la claire-voie.
Les gaietés de M. Lecoq étaient toujours bruyantes.
Thérèse Soûlas était couchée en travers de la route de Mortefontaine, juste sous la roche où Louveau avait tenu l’affût. Celui-ci, tirant à une vingtaine de pas tout au plus, l’avait littéralement foudroyée.
Elle était tombée dans la poussière, sans pousser un seul cri.
Le général de Champmas, qui montait la route à pas lents, se dirigeant vers l’étoile, n’aurait eu désormais qu’à lever la tête pour la voir.
Il n’était pas séparé d’elle par une distance de plus de trente toises. Mais le général était complètement absorbé par la lecture d’une lettre qu’il tenait à la main.
Cette lettre, il l’avait trouvée au château en revenant de la promenade.
Elle était datée de Paris et portait le timbre du bureau de poste de la préfecture.
Elle n’avait point de signature.
D’ordinaire, les gens de sens droit et de bon cœur, comme était le général de Champmas, méprisent les lettres anonymes.
Mais celle-ci, paraîtrait-il, était une lettre anonyme d’espèce particulière, car c’était bien la dixième fois que le général la lisait.
La première fois qu’il l’avait lue, c’était dans sa chambre à coucher.
Au lieu de se débotter, il était sorti précipitamment pour gagner l’appartement de Thérèse Soûlas.
Thérèse Soûlas n’était point chez elle.
Le général avait demandé Mlle de Champmas, qui était également absente.
Il avait alors quitté le château et pris la campagne, en donnant l’ordre aux domestiques de prier Mme Soûlas de l’attendre si elle rentrait avant lui.
Tout en marchant, il relut la lettre qui était ainsi conçue:
«Une personne qui a beaucoup connu et fréquenté le général comte de Champmas, à Paris, lors de l’affaire du complot carlo-républicain, a l’avantage de le prévenir qu’il a été à cette époque, lui, M. de Champmas, la dupe et la victime d’une audacieuse machine de police.
«Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que, dans toute cette histoire, la police était jouée sous jambe, aussi bien que M. de Champmas lui-même, par une association de malfaiteurs, assez avantageusement connue dans la capitale.
«La police manœuvrait dans l’intérêt de quelques personnages haut placés, qui avaient besoin d’une petite panique, mais, en réalité, elle tirait les marrons du feu pour messieurs les H. N., qui avaient envie d’être les héritiers du général.
«Un agent de Vidocq, qui donna dès son début des preuves de singulier sang-froid, le nommé P. L. (il porte maintenant un titre de baron et le général le connaît du reste), fut chargé du principal rôle dans cette intrigue. On ne fait même pas allusion ici à l’arrestation du général, opérée par ce même P. L., qui était ici dans l’exercice de ses fonctions.
«On parle surtout de l’évasion favorisée par les H. N., et dont le résultat devait être le meurtre du général, lequel ne dut son salut qu’au hasard, aidé par le dévouement de la femme T. S., qui avait ses raisons pour se montrer dévouée.
«Trois assassins attendaient le général derrière la porte, où le nom de Gautron était tracé à la craie jaune.
«Voilà l’histoire ancienne, à laquelle on ne veut ajouter qu’un détail. P. L. était l’amant de la fille de T. S., qui devenait l’héritière unique du général par la disparition de sa jeune sœur.
«Le général, ici, doit comprendre à demi-mot.
«La moitié seulement du plan réussit. Le général évita le piège, mais sa plus jeune fille, sa fille légitime, fut enlevée. Par qui? Par P. L., bien entendu.
«Voici maintenant l’histoire moderne.
«La femme T. S. fut chargée de garder la jeune Suavita, devenue muette et presque idiote, à la suite de la frayeur qu’elle éprouva, la nuit de l’enlèvement. Ces deux circonstances expliqueront au général comment on a pu isoler la pauvre enfant. Personne ne s’étonne en voyant séquestrer les infirmes ou les fous. Elle est infirme et folle.
«La femme T. S. n’a jamais maltraité Suavita de Champmas, mais l’intérêt de sa fille faisait d’elle une sévère sentinelle.
«Aucun étranger ne pénètre chez P. L. qui habite maintenant la maison de feu sa tante, à Mortefontaine.
«Les gens qui s’y connaissent prétendent qu’il faut toujours cacher un objet le plus près possible de celui qui le cherche. Le général comte de Champmas demeure à une lieue de sa fille, de sa vraie fille, de sa seule fille, car le général semble n’avoir plus rien dans le cœur pour l’autre, si digne de sa mère et si indigne de lui.
«La personne qui prend la peine d’adresser ce billet au général le fait dans une bonne intention d’abord, et ensuite pour rendre à P. L. la monnaie de sa pièce. Les H. N. sont aussi loin du général que P. L. en est rapproché. C’est au général qu’il appartient d’agir.