Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
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Et je me disais: __
�Ceux qui, � travers les choses, savent toucher le n�ud divin qui les noue, ne disposent point de ce pouvoir en permanence. L'�me est pleine de sommeil. L'�me non exerc�e l'est plus encore. Comment esp�rer de ceux-ci qu'ils soient frapp�s par la r�v�lation comme par la foudre? Car ceux-l� seuls rencontrent la foudre qui re�oivent en elle leur solution, car ils attendaient ce visage, tout construits qu'ils �taient pour en �tre embras�s. Ainsi de celui-l� que j'ai d�li� pour l'amour en l'exer�ant � la pri�re. Je l'ai si bien fond� qu'il est des sourires qui seront pour lui comme des glaives. Mais les autres ne conna�tront que le d�sir. Si je les ai berc�s des l�gendes du Nord o� passent des cygnes et des vols gris de canards sauvages et des appels qui remplissent l'�tendue, car le Nord pris dans le gel se remplit d'un seul cri comme un temple de marbre noir, alors ceux-l� sont pr�ts pour les yeux gris et le sourire qui br�le en dedans comme la lumi�re d'une auberge myst�rieuse dans la neige. Et je les en verrai frapp�s au c�ur. Mais ceux-l� qui remontent des d�serts br�lants ne tressaillent point � cette forme de sourire.
Si donc je t'ai construit semblable aux autres dans l'enfance, tu d�couvriras les m�mes visages que ceux de ton peuple, tu �prouveras les m�mes amours et vous saurez communiquer. Car vous communiquez non l'un vers l'autre mais par la voie des n�uds divins qui nouent les choses et il importe que pour tous ils soient semblables.
Et quand je dis semblables, je ne dis point qu'il s'agit de cr�er cet ordre qui n'est qu'absence et mort, comme de pierres align�es ou de soldats marchant du m�me pas. Je dis que je vous ai exerc�s � reconna�tre les m�mes visages, et ainsi � �prouver les m�mes amours.
Car je sais maintenant qu'aimer c'est reconna�tre et c'est conna�tre le visage lu � travers les choses. L'amour n'est que connaissance des dieux.
Lorsque le domaine, la sculpture, le po�me, l'empire, la femme ou Dieu, � travers la piti� des hommes, te sont pour un instant donn�s � saisir en leur unit�, je dis amour cette fen�tre qui vient en toi de s'ouvrir. Et je dis mort de ton amour s'il n'est plus pour toi qu'assemblage. Et cependant ce qui t'est remis par la voie des sens n'a point chang�.
Et c'est pourquoi je dis aussi qu'ils ne peuvent plus communiquer sinon comme l'animal en vue du seul usuel, ceux qui ont renonc� aux dieux: b�tail rentr�.
C'est pourquoi ceux-l� qui me viennent, regardant sans voir, il importe de les convertir. Car alors seulement ils s'�claireront et se feront vastes. Et alors seulement ils seront nus. Car hors ta recherche des satisfactions de ton ventre, que d�sirerais-tu et o� irais-tu et d'o� na�trait le feu de ton plaisir?
Convertir c'est tourner vers les dieux afin qu'ils soient vus.
Mais je n'ai point de passerelle qui me permette de m'expliquer � toi. Si tu regardes la campagne et que, de mon b�ton tendu, je t'y dessine mon domaine, je ne puis pas transporter en toi mon amour par un mouvement aussi quelconque, car il serait par trop ais� pour toi de t'�mouvoir. Et les jours d'ennui, tu t'en irais sur les montagnes y faire tourner un b�ton pour t'exalter.
Je ne puis qu'essayer sur toi mon domaine. Et c'est pourquoi je crois aux actes. Car m'ont toujours sembl� pu�rils ou aveugles ceux qui distinguent la pens�e de l'action. S'en distinguent les id�es qui sont pens�es chang�es en objets de bazar.
Je te confierai donc une charrue et des b�ufs ou encore un fl�au pour les graines. Ou la surveillance des puisatiers. Ou la r�colte des olives. Ou la c�l�bration des mariages. Ou l'ensevelissement des morts. Ou quoi que ce soit qui te fasse entrer dans l'invisible construction et te soumette � ses lignes de force et ces lignes de force te feront ais� tel geste et difficile tel autre.
Tu rencontreras donc des obligations et des d�fenses. Car ce champ est impropre au labour, mais non cet autre. Ce puits-l� sauvera ce village, et cet autre le rendra malade. Cette fille est � marier et son village devient cantique. Mais l'autre village pleure son mort. Et quand tu tires par un bord, tout le dessin te vient. Car le laboureur boit. Et le puisatier marie sa fille. Et la mari�e mange le pain du premier et boit l'eau du second, et tous c�l�brent les m�mes f�tes, prient les m�mes dieux, pleurent les m�mes deuils. Et tu deviens ce que l'on devient dans ce village. Tu me diras ensuite qui en toi vient de na�tre. Et si celui-l� ne te pla�t point, alors seulement tu renieras mon village.
Car il n'est point de promeneur oisif auquel il soit donn� de voir. L'assemblage n'est rien, lequel seul se montre, et comment saurais-tu d'embl�e saisir le dieu quand il n'est qu'exercice de ton c�ur?
Et je dis v�rit� cela seul qui t'exalte. Car il n'est rien qui se d�montre ni pour ni contre. Mais tu ne doutes point de la beaut� si tu retentis � tel visage. Tu me diras alors qu'il est vrai qu'il est beau. Du domaine ainsi, ou de l'empire, s'il te fait accepter, une fois d�couvert, de mourir pour lui. Comment, me dirais-tu, sont vraies les pierres et non le temple?
Et si du creux du monast�re o� je t'embrase du plus grand des visages apr�s t'avoir b�ti pour qu'il se montre � toi, comment le refuserais-tu? Comment peux-tu me dire qu'est vraie la beaut� dans le visage et non Dieu dans le monde?
Car tu crois que t'est naturelle la beaut� des visages? Et moi je dis qu'elle est le fruit de ton seul apprentissage. Car je n'ai point connu d'aveugle-n�, une fois gu�ri, qui f�t touch� d'embl�e par un sourire. Il lui faut apprendre aussi le sourire. Mais il te vient, depuis l'enfance, qu'un certain sourire pr�pare tes joies, car il est d'une surprise que l'on te cache encore. Ou qu'un certain sourcil fronc� pr�pare tes peines, ou qu'une certaine l�vre qui tremble annonce les larmes, ou qu'un certain �clat des yeux annonce le projet qui entra�ne et qu'une certaine inclinaison annonce la paix et la confiance dans ses bras.
Et de tes cent mille exp�riences tu construis une image qui est de la patrie parfaite qui te peut tout entier recevoir et combler et vivifier. Et te voil� qui la reconnais dans la foule, et, plut�t que de la perdre, pr�f�res mourir.
La foudre t'a frapp� au c�ur, mais ton c�ur �tait pr�t pour la foudre.
Aussi n'est-ce point l'amour dont je te dis qu'il est long � na�tre, car il peut �tre r�v�lation du pain dont je t'ai appris � avoir faim. J'ai ainsi pr�par� en toi les �chos qui vont retentir au po�me. Et le po�me t'illumine qui laisserait un autre bayant. Je t'ai pr�par� une faim qui s'ignore et un d�sir qui n'a point encore pour toi un nom. Il est ensemble de chemins et structure et architecture. Le dieu qui est pour lui le r�veillera d'un coup dans son ensemble et toutes ces voies se feront lumi�re. Et certes tu en ignores tout: car si tu le connaissais et le cherchais c'est qu'il porterait d�j� un nom. Et c'est que d�j� tu l'aurais trouv�.
CXXI
(Note pour plus tard: A cause d'une fausse alg�bre ces imb�ciles ont cru qu'il existait des contraires. Et le contraire de la d�magogie c'est la cruaut�. Alors que le r�seau de relations dans la vie est tel que, si tu an�antis l'un de tes deux contraires, tu meurs.
Car je dis que le contraire de quoi que ce soit, c'est et ce n'est que la mort.
Ainsi celui-l� qui pourchasse le contraire de la perfection. Et, de rature en rature, il te br�le tout le texte. Car rien n'est parfait. Mais celui qui aime la perfection, il embellit toujours.
Ainsi celui-l� qui pourchasse l� contraire de la noblesse. Et il te br�le tous les hommes car aucun n'est parfait.
Ainsi celui-l� qui an�antit son ennemi. Et il vivait de lui. Donc il en meurt. Le contraire du navire c'est la mer. Mais elle a dessin� et aiguis� l'�trave et la car�ne. Et le contraire du feu c'est la cendre mais elle veille sur le feu.
Ainsi celui-l� qui lutte contre l'esclavage, faisant appel � la haine, au lieu de lutter pour la libert�, faisant appel � l'amour. Et comme il est partout, dans toute hi�rarchie, des traces d'esclavage et que tu peux appeler esclavage le r�le des fondations du temple sur qui s'appuient les pierres nobles qui seules gravissent le ciel, te voil� oblig�, de cons�quence en cons�quence, d'an�antir le temple.