La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
En lisant cette histoire, on ne peut s’empêcher de se remémorer celle de Sara, enlevée pour sa beauté, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, par le roi de Gérare, qui la croyait sœur d’Abraham. On se souvient que, tant que le roi ne renvoya pas la femme du patriarche, toutes les dames du pays de Gérare eurent leur vulve fermée, par décret de Jéhovah. Ici, c’est aux anus philistins que le doigt de Dieu livre la guerre, tant que l’arche n’est pas renvoyée aux Hébreux. Infortunées vulves! malheureux anus! leur innocence était pourtant l’évidence même, dans ces étonnantes aventures. Pourquoi le baroque Jéhovah amnistiait-il le proxénétisme d’Abraham, le seul coupable dans l’affaire de Gérare, puisqu’il spéculait sur les charmes de son épouse en la faisant passer pour sa sœur? Pourquoi le même Jéhovah punissait-il les Philistins de s’être emparés de lui en le prenant avec son coffre, puisque c’était lui-même qui s’était fait prendre par eux? Mystère et divine divagation.
Toujours est-il que les Philistins suivirent le conseil de leurs devins. Ils fabriquèrent les cinq souris d’or et les cinq, trous-de-balle d’or, qui représentaient l’offrande de leurs cinq chefs-lieux de gouvernement: Azoth, Gaza, Ascalon, Gath et Hékron. Ils flanquèrent l’arche et leur offrande sur une charrette, y attelèrent les deux jeunes vaches privées de leurs veaux et les lâchèrent à travers champs sans conducteur.
«Et les jeunes vaches prirent tout droit le chemin de Bethsamès, tenant toujours la même route en marchant et en mugissant; et elles ne se détournèrent ni à droite ni à gauche; et les gouverneurs des Philistins allèrent après elles jusqu’à proximité de Bethsamès.» (6:12)
Comme tout ceci est merveilleux! et combien les dévots ont le droit d’être fiers, en croyant aux dogmes d’une si belle religion! Les prophètes, on le voit, ne manquent pas dans la Bible. Les devins des Philistins, peuple maudit, sont ici regardés comme de vrais prophètes; chaque pays avait les siens, et l’auteur du livre, étant prophète lui-même, respecte son caractère jusque dans les étrangers idolâtres qui en font profession. Dans sa puissance extraordinaire, Jéhovah prodigue le surnaturel, au point d’inspirer les prophètes des faux dieux, témoin Balaam, et même il ne dédaigne pas d’accorder le don des miracles aux magiciens des religions ennemies de la sienne, témoin les magiciens d’Egypte Jannès et Mambrès, qui firent les mêmes miracles que Moïse. Et les vaches qui ramènent l’arche, ne sont-elles pas une espèce de miracle? Elles vont, poussées par l’inspiration divine, à Bethsamès, chez les Hébreux; il semble donc que ces vaches étaient devenues prophétesses aussi.
«Or, les gens de Bethsamès moissonnaient les blés en la vallée; et ils élevèrent leurs yeux et virent l’arche, et ils en furent fort réjouis. La charrette s’arrêta dans le champ de Josué le Bethsamite; il y avait là une grande pierre; alors on fendit les bois de la charrette, on en fit un bûcher, et les deux jeunes vaches furent offertes en holocauste à l’Eternel. Car les lévites descendirent l’arche du Seigneur, ainsi que le panier qui contenait les anus d’or et les souris d’or, et ils mirent le tout sur la grande pierre.» (6:13-15)
Ce n’est pas fini!… Il y avait longtemps que Jéhovah n’avait foudroyé personne de son peuple, et comment aurait-il pu faire sa rentrée chez les Hébreux sans se payer le luxe d’une petite tuerie?… Savourez donc ce qui suit:
«Mais l’Eternel frappa de mort subite des gens de Bethsamès, parce qu’ils vinrent regarder dans son arche; il y eut ainsi cinquante mille soixante-dix hommes qui furent frappés. Et le peuple pleura, à cause de ce terrible châtiment de ceux qui avaient voulu voir Jéhovah.» (v. 19)
Papa Bon Dieu ne badinait pas et ne pouvait souf frir la curiosité à son sujet. N’avait-il pas déclaré, à maintes reprises, que, sauf de rares exceptions, quiconque le verrait face à face en perdrait la vie à l’instant même? Ainsi, ces grands badauds de Bethsamites étaient bien prévenus. Je vous le demande un peu, quelle fichue idée d’aller regarder dans l’arche!… Evidemment, les Philistins furent plus respectueux et s’abstinrent, avec soin, de soulever jamais le couvercle de la sacrée boîte; aussi Jéhovah se contenta-t-il de leur détériorer le trou-de-balle.
Une autre observation, en passant: quoique inconnue des géographes, cette ville de Bethsamès devait être fort importante, étant donnée cette destruction de cinquante mille soixante-dix hommes d’un seul coup!…
Et, pendant que nous y sommes, pourquoi ne pas dire que cette mort subite de tant de milliers de Bethsamites nous fait connaître, à n’en plus douter, de quel pays est l’Esprit-Saint?… Suivez bien mon raisonnement.
Il est matériellement impossible que cinquante mille soixante-dix personnes aient entouré l’arche toutes ensemble, en même temps, n’est-ce pas?… Mettons en dix, vingt, — trente, si vous voulez, — qui aient soulevé à la fois le couvercle et plongé leurs regards dans le coffre. Ces trente premiers curieux sont aussitôt punis de leur hardiesse; v’lan! ils sont tombés foudroyés. Que trente autres n’aient pas compris la leçon et aient été, à leur tour, frappés de mort subite passe encore. Ajoutez même une troisième tournée de téméraires, instantanément châtiés de cette terrible façon. Sapristi! il est difficile d’avaler que les Bethsamites aient voulu continuer à s’approcher, aient enjambé les cadavres pour regarder dans la sacrée boite, et, en un mot, qu’ils aient eu la caboche assez dure pour s’obstiner à se faire foudroyer les uns après les autres, alors qu’ils constataient l’immédiate exécution de leurs devanciers. Si têtus qu’ils pussent être, les Bethsamites ont été forcément arrêtés, dès que l’accumulation des cadavres a été une barrière, et il n’en a pas fallu de nombreuses douzaines pour que cette barrière fût infranchissable. Au contraire, sitôt une soixantaine d’occis, il dut se produire un mouvement général en arrière, un recul d’épouvante.
Le nombre indiqué par le texte est donc fort exagéré, cela est de toute évidence. A soixante-dix victimes, le divin pigeon en a ajouté cinquante mille, bien certainement….
Mais alors?… Alors, nous avons enfin les pays d’origine des trois dieux de la Trinité!… Dieu le Fils est juif, né à Bethléem; c’est connu. Dieu le Père, ou Jéhovah, qui jura à Noé de ne jamais plus faire périr des hommes par un déluge… d’eau, et qui tourna son serment solennel en pratiquant le déluge de feu, Jéhovah, dis-je, est Normand. Quant au pigeon, qui sans cesse exagère à plaisir, — et, cette fois, l’exagération tombant dans l’impossible est flagrante, — il est de Tarascon, Bouches-du-Rhône, parbleu!
Pincé, mon vieux pigeon!… Avec ton histoire des Bethsamites foudroyés par milliers, tués comme des mouches, tu t’es dénoncé compatriote de notre cher Tartarin; et qui sait si tu n’es pas de sa famille même?…