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Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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« La prochaine fois, soyez plus respectueux ! Sinon vous finirez comme vos petits copains du secteur D… »

Le secteur D.

Je ne savais que trop bien à quoi cette pourriture faisait allusion. Deux jours plus tôt, des inermes avaient été lynchés par la Legio Sancta, non loin d’un commissariat. Bien entendu, pas un flic n’avait bronché et cinq enrôlés de force avaient fini aux urgences dans un état grave. L’un d’eux avait même dû être amputé d’un bras. Ce forfait avait fait beaucoup de vagues dans les rangs des inermes. Que cette brute se vante d’y avoir participé montrait clairement le degré d’impunité sur lequel les miliciens savaient pouvoir compter.

Nous boitillâmes jusqu’aux toilettes publiques les plus proches afin de nous passer de l’eau sur le visage. L’état de Pascal faisait peine à voir. Il n’avait pas desserré les dents depuis la ruelle, et je sentais bien qu’il préférait que je ne lui parle pas. La rage qu’il éprouvait semblait terrible. Quant à moi, la seule chose qui m’inquiétait, c’était Harbert.

Ce fut avec trois quarts d’heure de retard que nous arrivâmes au Diamant.

Harbert nous attendait, visage fermé et bras croisés. Je ne pouvais douter que Pascal ne supporterait pas une humiliation de plus. Il allait mettre notre imbécile de cadre en pièces dès que celui-ci ferait mine de nous incendier comme il était évident qu’il comptait le faire. Alors, dans l’espoir d’éviter que mon ami ne finisse en prison pour rébellion, je décidai de dévier les foudres vers moi.

Avant qu’Harbert n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, je déclarai de but en blanc : « Monsieur, nous sommes désolés d’être en retard. Nous avons rencontré des hommes de la Legio Sancta avec lesquels je ne me suis malheureusement pas montré assez respectueux. Ils ont souhaité m’apprendre comment je devais m’adresser à eux. Je les ai assurés que je retiendrai la leçon et ils nous ont laissé repartir, avec le retard que vous constatez. Pascal Jalogny a malheureusement été lui aussi retardé en raison de mon irrespect. »

Harbert me regarda avec des yeux ronds, je lui avais cloué le bec. Je crois qu’à cet instant, il dût me prendre bel et bien pour un idiot fini. Néanmoins, mon stratagème fonctionna puisqu’il fit signe à Pascal de rejoindre son pupitre et se concentra sur moi.

« Je vous avais bien dit, Villejust, que votre insolence vous attirerait des ennuis. Et croyez-moi, ce n’est que le début. En attendant, allez donc vous mettre au travail. Vous pourrez bien attendre ce soir pour aller vous faire soigner. »

Je m’exécutai, stupéfait d’échapper à une punition plus sévère. Mais c’était sans compter sur le vice de cet homme.

« Par ailleurs, pour vous passer l’envie d’arriver à nouveau en retard, je vous inflige quatre mois de suspension de communication avec la Terre… »

Je m’arrêtais aussitôt, accusant le coup. Quatre mois relatifs sans la moindre lettre, sans la moindre séance tachy.

Six mois sans nouvelles pour Guillemette et papa ! J’avais le souffle court et ma vision se brouilla un instant. Mon pouls s’accéléra, provoquant un brusque vertige. Bref, j’étais sur le point de péter les plombs. Tout ce que je désirais à cet instant, c’était anéantir ce cafard, l’écraser à coups de poings et de pieds. Mais je n’allais tout de même pas plonger tête baissée dans le piège que j’avais précisément tenté d’éviter à Pascal. Harbert n’attendait que cela, et il ne fallait à aucun prix que je lui donne satisfaction.

Je pris donc une grande inspiration et regagnai ma place sans sourciller, devinant le sourire goguenard de mon chef sans même avoir besoin de me retourner pour le voir.

* * *

« Repos ! » lança Tancrède en entrant dans le vestiaire.

Les hommes de la 78 continuaient à se mettre au garde à vous lorsqu’il arrivait parmi eux ; il les avait pourtant dispensés du protocole militaire quelques semaines à peine après avoir pris le commandement de l’unité. Même s’il comprenait l’utilité de ces règles, Tancrède les avait toujours jugées lourdes et fastidieuses au quotidien. Tout ce qu’il demandait à ses soldats, c’était de lui donner du « mon Lieutenant » et de le saluer normalement dès qu’un autre officier était là. Le reste du temps, ils pouvaient se comporter avec lui comme avec n’importe quel autre compagnon de régiment.

Il accrocha au râtelier du vestiaire son fusil T-farad, récupéré à l’armurerie avant de venir, puis commença à enfiler son armure légère pour l’entraînement du jour. On appelait cet équipement « Armure légère » parce qu’il pesait beaucoup moins lourd que les exosquelettes de guerre Weiner-Nikov, mais il n’avait rien de léger. C’était d’ailleurs pour s’habituer à son poids que les hommes devaient le porter même pour un simple exercice physique. Le programme du jour, établi par le superviseur, ne prévoyait que des répétitions de formations groupées.

Tout en s’habillant, il observa les frères Tournai. Liétaud, moins exubérant qu’il ne l’aurait été avant le drame, paraissait néanmoins reposé et un peu plus détendu. Il discutait avec quelques-uns de ses amis sans avoir la voix rauque et la mine sombre des jours précédents. Engilbert, à l’inverse, semblait ce matin-là nerveux et renfermé, jetant fréquemment des coups d’œil gênés vers Tancrède qui pensa aussitôt que son répartiteur de terrain lui en voulait pour leur discussion un peu musclée.

Tancrède savait qu’il lui faudrait s’excuser. Il n’aurait pas dû s’énerver comme il l’avait fait. Finalement, Engilbert n’avait tenu que des propos sensés. Après tout, il essayait juste de protéger son frère. Le problème était qu’il ne se voyait pas en train d’expliquer au Flamand pourquoi ce terrain était si sensible chez lui. Il faudrait lui parler de ses démons, et ça, il ne s’en sentait pas prêt, pas encore. Néanmoins, Tancrède se promit de le prendre à part après l’exercice pour lui dire qu’il regrettait de s’être emporté.

« La 78e I/C, c’est votre tour ! » cria le superviseur des entraînements en passant la tête par l’embrasure de la porte.

Tout le monde se dirigea alors vers la sortie du vestiaire, créant une brève bousculade au portail d’accès tandis que chacun reprenait son arme sur les râteliers qui s’alignaient dans l’entrée.

« Vous avez une de ces têtes, Lieutenant ! s’exclama Olinde au moment où il passait devant Tancrède. On dirait que vous n’avez pas dormi de la nuit. »

Son inévitable acolyte, Dudon, qui marchait juste derrière lui, renchérit : « Alors, Lieutenant, on fait des cauchemars ? On ne fait pas encore ses nuits ? »

Il rit aussitôt tout en regardant autour de lui s’il avait déclenché l’hilarité de ses camarades, mais le vacarme engendré par soixante-dix hommes en armure carbone-semtac avançant dans le couloir avait couvert ses paroles.

« Laissez tomber les gars, je ne suis pas d’humeur, répondit Tancrède, espérant le dissuader d’insister.

— Ouh la, méfie-toi soldat ! reprit malgré tout Dudon en se retournant vers Olinde, l’air faussement effrayé. Le Méta-guerrier pourrait bien t’apprendre à courir ! »

Alors que Tancrède s’apprêtait à hausser le ton pour les faire taire, Liétaud intervint : « Ah, ce qu’ils sont pénibles ces deux-là ! Vous ne voulez pas aller casser les pieds de quelqu’un d’autre ? »

Les deux plaisantins s’éloignèrent enfin, un peu vexés de s’être fait rabrouer, tandis que Liétaud se rapprochait de Tancrède afin de pouvoir lui parler sans être entendu.

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