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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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En fin de journée, Louis, Bourvil et Terry-Thomas parcourent la Croisette dans leur jeep avant de rejoindre le palais des Festivals où tous les trois, en smoking, accomplissent le rituel de la montée des marches sous l’œil des caméras de la télévision française et d’une armée de photographes. Terry-Thomas, fume-cigarettes aux lèvres, en profite pour faire un numéro inattendu en déchirant pièce par pièce son habit de cérémonie. Dans son commentaire, le journaliste François Chalais, après avoir parlé du Falstaff d’Orson Welles, assure que ce nouveau film de Gérard Oury ne « ressemblera certainement pas à une tragédie inspirée de Shakespeare  ». Le lendemain matin, après un dîner de gala où Louis croise Jeanne Moreau, Samy Davis Junior, Sean Connery, Pierre Schoendoerffer, Jean-Claude Brialy et Martine Carol, il prend l’avion à destination de Paris. À peine arrivé à Orly où l’attend Jeanne, il part à Saint-Clair-sur-Epte afin de vérifier si ses plantations sont entre de bonnes mains. Il vient d’engager un nouveau jardinier et il tient à lui donner moult consignes afin que fleurs, fruits et légumes s’épanouissent pendant son absence. Là, Louis se repose tout en pensant au travail qui l’attend et, comme il a coutume de le dire, en réfléchissant à la « bêtise humaine ».

Le vendredi 13, Louis procède aux derniers essais de costumes chez Traonouez. Le lendemain, avec Jeanne et son chauffeur, il se dirige vers Vézelay où il est attendu à l’hôtel du Lion d’Or. Il rejoint ainsi les cent cinquante autres artisans nécessaires à la réussite de cette grosse production. La propriétaire de cet hôtel, Christiane Tanguy, a réservé à Louis et Jeanne ainsi qu’à Bourvil, des chambres au calme dans une annexe de l’établissement. Il est également convenu que, chaque soir, ils dîneront au restaurant de la maison. C’est ainsi qu’une fois, des clients vont découvrir Louis et Bourvil, seuls attablés à déguster des escargots, une longue serviette nouée autour du cou. « Ce soir-là, se souvient Christiane Tanguy[326], de Funès est tombé en admiration devant les grands verres à bourgogne et il m’a demandé aussitôt s’il ne serait pas possible de lui en procurer. Dès le lendemain matin, je lui ai offert son service à dégustation. » Le dimanche 15 mai, une partie de l’équipe se réunit autour de Gérard Oury, Michèle Morgan, Bourvil, Louis et Jeanne pour trinquer à la réussite du film et finaliser la journée du lendemain, car tout doit commencer à neuf heures précises sur la route départementale 958, neutralisée par la gendarmerie, entre Vézelay et Corbigny. Le 16 mai, le plan de travail prévoit la séquence où Stanislas Lefort (Louis de Funès) et Augustin Bouvet (Bourvil) doivent échanger leurs chaussures. Gérard Oury n’en souffle mot à personne, mais il est inquiet. Il ne doute ni des talents de Bourvil ni de ceux de De Funès, mais dans Le Corniaud ils n’avaient que deux scènes à jouer ensemble, et il n’en va pas de même dans cette Grande Vadrouille où ils ne se quittent quasiment jamais. « Jaillissements, spontanéité, certains acteurs se montrent excellents dès les premières prises, explique Gérard Oury[327]. C’est le cas de Bourvil ou de Belmondo. De Funès, lui, règle son jeu à partir du moment où la caméra tourne. Jusque-là, il prend ses marques, tripatouille ses accessoires, répète mezza voce, de sorte qu’à première vue la scène paraît fade. Le mot “Moteur !” prononcé, l’ingénieur du son grommelle : “Ça tourne !”, et de Funès se déchaîne, libérant son adrénaline, déclenchant son métabolisme de base, donnant le meilleur de lui-même.  » Alors comment cette première prise va-t-elle se passer ? Afin de ne prendre aucun risque, il en rajoute quelques-unes. Et, ce premier jour, il est confronté à une difficulté. Il découvre avec stupeur que « l’un se détériore pendant que l’autre s’améliore ! André perd de sa fraîcheur au fur et à mesure que Louis remonte ses mécaniques. Cela s’arrange grâce à la complicité régnant entre les deux hommes », souligne encore Gérard Oury[328]. Ouf, le voilà rasséréné.

Les jours suivants, l’ambiance demeure au beau fixe et nul ne se prive de prendre aussi du bon temps… surtout gastronomique. Louis n’est pas le dernier à s’adonner aux plaisirs de la table avec Jeanne, et certains soirs il partage un bon repas avec cinq ou six autres membres de l’équipe. Un dîner choisi dans la carte du restaurant de l’hôtel et enrichi de très bons vins, toujours consommés avec modération par un de Funès veillant à sa ligne et à sa santé. Parfois, Bourvil se joint à eux, mais le plus souvent il préfère s’isoler, commandant un steak et s’installant à l’écart, enfermé dans ses pensées. Est-il conscient de la gravité du mal dont il souffre depuis bientôt une année ? Un « bobo » à l’oreille d’apparence anodine. Un petit bouton qu’il arrachait régulièrement mais qui revenait avec obstination. Pour en avoir le cœur net, il a consulté un dermatologue lyonnais qui, analyses en main, a diagnostiqué une affection d’origine cancéreuse. Il n’en a rien dit à personne sauf, selon ses biographes Philippe Huet et Elizabeth Coquart, à son épouse et à Pierrette Bruno[329], qui confie : « Sa femme était alors aux sports d’hiver. Il lui a téléphoné pour lui annoncer la nouvelle. Plus tard, Jeanne m’a dit : “C’est comme si le ciel nous était tombé sur la tête…” [330]. » En a-t-il touché un mot à Louis et Jeanne de Funès ? « Nous étions certes très proches, mais André ne nous a jamais fait la moindre confidence sur son état de santé pendant le tournage de La Grande Vadrouille. Il était bien trop pudique. Mais nous avions bien remarqué que parfois quelque chose n’allait pas. Il ne nous est jamais venu à l’idée de lui poser la moindre question sur ses fréquents coups de fatigue. Quand nous avons su la vérité alors que Gérard Oury préparait avec mon mari La Folie des grandeurs, hélas, nous n’avons pas été surpris », témoigne Jeanne de Funès[331]. Un Bourvil cachant ses inquiétudes mais jamais avare de plaisanteries et de bons mots, surtout dès potron-minet. Les journées commencent tôt. Il convient d’« être sur le pont » avant huit heures du matin. Rarement levé après six heures, Bourvil, toujours plus gai que de Funès, prend un malin plaisir à dérider son camarade souvent ronchon. Sa méthode préférée consiste à tourner autour de lui en chantant : « C’est nous qui sommes les abeilles… bzz bzz[332]. » Louis, incapable de résister à la plaisanterie, se met immédiatement dans l’ambiance. « Moi, dira-t-il à ce propos, je suis taciturne. Je sais que souvent j’ai l’air sinistre. Lui, il est toujours de bonne humeur. C’est exceptionnel.  » Ce à quoi Bourvil répond en écho : « Je lui dis tout le temps : “T’es idiot d’être taciturne.” Ça le fait rigoler.  »

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326

Christiane Tanguy à Vincent Chapeau in Sur la route de La Grande Vadrouille, Éditions Hors Collection (2004), p. 30.

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327

Gérard Oury, op. cit., p. 220.

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328

Ibid., p. 221.

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329

Comédienne et amie de Bourvil dont elle fut de nombreuses fois la partenaire dans des opérettes.

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330

Philippe Huet et Elizabeth Coquart, op. cit., p. 243.

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331

Témoignage de Jeanne de Funès à l’auteur.

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332

Cette chanson écrite par Michel André, Roland Bailly, Max François et Bourvil sur une musique d’Étienne Lorin fut l’un des grands succès discographiques de Bourvil en 1963.

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