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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Il y avait autre chose, tout à fait indépendante du fait que Art virait au bouc lubrique sur ses vieux jours : elle était persuadée qu’une machination se tramait, quelque chose de dangereux et probablement de tout à fait déshonorant. Hart était vaguement au courant, mais elle ne pressentait que trop qu’il savait seulement ce que Kimba Rimer et ce hideux bancroche voulaient bien qu’il sût.

Fût une époque, pas si lointaine, où Hart ne se serait point laissé rouler de la sorte par un Rimer ou par ses pareils, une époque où au premier coup d’œil qu’il aurait jeté sur un Eldred Jonas et ses amis, il les aurait expédiés vers l’Ouest, avec à peine un repas chaud dans l’estomac. Mais tout cela datait d’avant que Art ne s’entiche des yeux gris, de la poitrine ferme et du ventre plat de sai Delgado.

Olive baissa la lampe, souffla la flamme et se glissa dans son lit où elle verrait poindre l’aube sans avoir fermé l’œil.

À une heure du matin, il ne restait plus personne dans les pièces de réception de la Maison du Maire, à l’exception d’un quarteron de femmes de ménage, effectuant leurs tâches en silence (mais avec une certaine nervosité) en présence d’Eldred Jonas. Quand l’une d’elles, relevant la tête, s’aperçut qu’il n’était plus assis à fumer sur la banquette dans l’embrasure de la fenêtre, elle passa le mot à voix basse à ses consœurs. Toutes prirent immédiatement un peu leurs aises. Sans aller cependant jusqu’à fredonner ni à rire. El spectro, l’homme au cercueil bleu tatoué sur la main, cantonné dans l’ombre, était bien capable de les avoir encore à l’œil.

À deux heures du matin, les femmes de ménage étaient parties à leur tour. C’était le moment de la nuit où, à Gilead, une fête atteignait à peine son apogée, où bavardages et commérages avaient le plus d’éclat, mais Gilead était loin, non seulement dans une autre Baronnie, mais dans un autre monde, semblait-il. On était ici dans l’Arc Extérieur et dans les Baronnies Extérieures, où même la bonne société se couchait tôt.

Aucun membre de la gentry n’était d’ailleurs visible au Repos des Voyageurs ; et sous l’œil panoramique du Gai Luron, la nuit était encore passablement jeune.

2

À une extrémité du saloon, des pêcheurs, n’ayant pas pris la peine de retirer leurs bottes, buvaient et jouaient au Surveille-Moi en misant de petites sommes. Il y avait, à leur droite, une table de poker ; à leur gauche, un noyau de supporters braillards — des cow-boys pour la plupart — s’alignaient le long de l’Allée de Satan, regardant rebondir les dés qui dévalaient le tapis de velours en pente. À l’autre bout de la pièce, Sheb McCurdy martelait un boogie désaccordé, la main droite volant sur les touches, la gauche pompant, la sueur lui dégoulinant du cou et le long de ses joues pâlichonnes. Debout près de lui, perchée sur un tabouret, Pettie le Trottin secouait son énorme popotin et braillait les paroles de la chanson à s’en casser la voix.

Viens voir par ici, Bébé, Y a de la volaille dans le poulailler Où ça le poulailler ? À qui le poulailler ? Le mien de poulailler ! Viens voir par ici, Bébé, Prends ton taureau par les cornes, Et ton pied.

Sheemie s’arrêta près du piano, le baquet dit « du chameau » à la main, et, souriant à la chanteuse, tenta de joindre sa voix à la sienne. Pettie d’une tape lui fit passer son chemin, sans qu’un mot, un boum ou un badaboum lui échappent. Sheemie s’éloigna en émettant son rire si particulier qui, malgré sa hauteur dans les aigus, n’était pas déplaisant.

Une partie de fléchettes était en cours ; dans un box, près du fond, une putain qui redorait son blason en se faisant appeler Comtesse Jillian de Haut Killian (une lignée de sang royal de la lointaine Garlan, mes chéris, le dessus du panier, quoi) tentait de mener de front deux branlettes tout en fumant la pipe. Enfin, alignés le long du bar, tout un assortiment de mauvais sujets (vagabonds, vachers, bouviers, meneurs de chevaux, conducteurs de diligence, charretiers, charrons, charpentiers, escrocs, éleveurs, bateliers, porte-flingues) levait le coude sous la double tête du Gai Luron.

Les deux seuls porte-flingues de l’endroit buvaient en Suisses au bout du bar. Personne n’essaya de se joindre à eux, et pas seulement parce qu’ils arboraient du fer crachant le feu dans des étuis bas sur les hanches, à la façon des pistoleros. Les revolvers, pour n’être pas courants, n’étaient pas inconnus à Mejis, ces jours, et on ne les craignait pas particulièrement. Mais ces deux types-là avaient l’air renfrogné de ceux qui ont consacré une longue journée à une tâche qu’ils n’avaient aucune envie de remplir — l’air de types prêts à déclencher une bagarre pour un rien qui seraient ravis, histoire de bien boucler la journée, d’expédier à son domicile le mari d’une veuve de fraîche date, les pieds devant dans un chariot express.

Stanley, le barman, leur servait whiskey sur whiskey sans tenter de lier conversation, même en leur lançant un truc du genre « chaude journée, messires, n’est-ce pas ? ». Ils empestaient la sueur et leurs mains poissaient de résine de pin. Ce qui n’empêchait pas Stanley de distinguer les cercueils qui y étaient tatoués en bleu. Leur ami, le vieux vautour boiteux aux cheveux de fille et à la patte folle, était absent du moins. Aux yeux de Stanley, si Jonas était sans conteste le pire des Grands Chasseurs du Cercueil, ces deux-là étaient déjà bien assez patibulaires, et il n’avait nullement l’intention de les prendre à rebrousse-poil s’il pouvait l’éviter. Avec un peu de chance, personne ne s’y frotterait ; et d’ailleurs, ils avaient l’air suffisamment fatigués pour ne pas faire de vieux os.

Reynolds et Depape étaient crevés, pour ça oui — ils avaient passé la journée à Citgo à camoufler toute une rangée de citernes vides affublées sur leurs flancs de noms dépourvus de sens (TEXACO, CITGO, SUNOCO, EXXON). Ils avaient bien dû se coltiner et empiler une foultitude de branches de pin, à ce qu’il leur avait semblé. Mais n’avaient pas prévu pour autant de mettre un terme à leur beuverie de bonne heure. Depape l’aurait peut-être fait si Sa Majesté avait été disponible, mais cette jeune beauté (Gert Moggins de son vrai nom) était de corvée de ranch et ne reviendrait pas d’ici deux soirs.

— Et même d’ici une semaine, s’il y a du cash et du bon à glaner, déclara Depape, avec morosité, remontant ses lunettes sur son nez.

— Qu’est-ce que t’en as à foutre ? fit Reynolds.

— La lui foutre, justement, si je pouvais, mais j’peux pas.

— J’vais me prendre une assiette de ce truc offert par la maison, dit Reynolds, montrant du doigt, à l’autre extrémité du bar, un plein seau en étain de clams fumants, qu’on venait d’apporter de la cuisine.

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