Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Maintenant, tu poses ce lance-pierres.
— Je crois, mon bon monsieur, qu’à mon plus grand regret, je me vois contraint de refuser.
— Quoi ?
— Vous voyez, ma fidèle fronde est braquée sur la tête de votre charmant ami… commença à dire Cuthbert.
À cet instant, Depape fit un mouvement maladroit contre le bar, et la voix de Cuthbert — dont toute inexpérience était absente — le cingla comme un coup de fouet :
— Tiens-toi tranquille ! Tu rebouges, t’es un homme mort !
Depape se soumit, appuyant sa main blessée contre sa chemise résinée. Pour la première fois, il eut l’air effrayé, et pour la première fois, ce soir-là — pour la première fois, en fait, depuis leur accointance avec Jonas —, Reynolds sentit la maîtrise de la situation à deux doigts de leur échapper… mais comment une telle chose serait-elle possible ? Alors qu’il avait réussi à contourner ce bigleux à la langue bien pendue et à lui mettre le grappin dessus ? Il fallait en finir.
Baissant le ton et retrouvant celui de la conversation — enjoué, pour ne pas le qualifier — Cuthbert déclara :
— Si vous me tuez, la bille part et votre ami, gare, il mourra itou.
— Je te crois pas, répondit Reynolds, n’aimant pas le son de sa propre voix, colorée par le doute. Aucun homme ne réussirait ce coup-là.
— Et si on laissait votre ami décider ? fit Cuthbert, élevant le ton avec bonne humeur. Eh-oh, là-bas, Mister Binoclard ! Ça vous plairait que votre pote me descende ?
— Non ! s’écria Depape, d’une voix suraiguë où perçait la panique. Non, Clay ! Ne tire pas !
— Alors, on se trouve au point mort, fit Reynolds, éberlué.
Mais son ahurissement vira à l’horreur quand il sentit la lame d’un énorme coutelas lui frôler le cou et venir lui piquer la peau au-dessus de la pomme d’Adam.
— Pas du tout, fit Alain d’une voix douce. Posez votre arme, mon ami, ou je vous coupe la gorge.
À l’abri derrière les portes battantes, étant arrivé à temps par un pur et heureux hasard pour assister à cette pièce de Guignon et Gnafrol, Jonas n’en crut pas ses yeux et en conçut un mépris sans borne teinté d’épouvante. D’abord l’un des mioches de l’Affiliation tenait la dragée haute à Depape, puis quand Reynolds mettait en joue celui-là, voilà-t-il pas que le gros gamin à face de lune et aux épaules de laboureur venait piquer de son couteau la gorge de Reynolds ! Et dire qu’aucun de ces gamins n’avait quinze ans ni d’arme à feu ! Extraordinaire. Il aurait trouvé ça bien mieux qu’un spectacle de cirque ambulant, si ne devaient pas s’ensuivre de gros pépins au cas où ils ne redresseraient pas la situation. Quelle tâche pourraient-ils remplir à Hambry si l’on racontait à la ronde que les croque-mitaines avaient peur des enfants au lieu du contraire ?
Il est temps d’arrêter ça avant qu’il y ait mort d’homme, peut-être. Si tu en as envie. C’est le cas ?
Jonas décida que oui et qu’ils pouvaient s’en sortir vainqueurs, s’ils jouaient serré. Il décida aussi que les mômes de l’Affiliation ne quitteraient pas vivants la Baronnie de Mejis, à moins d’avoir vraiment beaucoup de chance.
Où est donc le troisième ? Dearborn ?
Bonne question. Et des plus importantes. L’embarras tournerait à l’humiliation pure et simple s’il se retrouvait blousé comme Roy et Clay.
Dearborn ne se trouvait pas dans le bar, ça c’était sûr. Jonas, pivotant sur ses talons, fouilla du regard la Grand-Rue Sud dans les deux sens. On y voyait comme en plein jour sous la Lune des Baisers (ayant à peine dépassé son apogée depuis deux jours). Personne en vue, ni dans la rue ni de l’autre côté, où se trouvait le magasin général d’Hambry ; il était doté d’une véranda où s’alignait une rangée de totems sculptés des Gardiens du Rayon : l’Ours, la Tortue, le Poisson, l’Aigle, le Lion, la Chauve-Souris et le Loup. Sept sur douze, aussi brillants que du marbre au clair de lune et grands favoris à coup sûr des tout-petits. Aucun homme en vue, là-bas. Bien. Parfait.
Jonas, scrutant l’étroite impasse entre le magasin général et la boucherie, entrevit une ombre se faufiler derrière un tas de caisses au rebut ; tout de suite en alerte, il se détendit bientôt en voyant briller les yeux verts d’un chat. Satisfait sur ce point, il revint à ses moutons et, repoussant le battant gauche de la porte du Repos des Voyageurs, pénétra dans le saloon. Alain entendit grincer un gond, mais avant qu’il ait pu se retourner, Jonas lui appuyait déjà son revolver sur la tempe.
— Fiston, à moins que tu soies barbier, tu ferais mieux de lâcher ce coupe-chou, je crois. Premier et dernier avertissement.
— Non, dit Alain.
Jonas, ne s’attendant qu’à de la soumission, ne s’étant préparé à rien d’autre, n’en crut pas ses oreilles.
— Quoi ?
— Vous avez bien entendu, fit Alain. Je vous ai dit non.
Après avoir tous trois pris poliment congé à Front de Mer, Roland avait laissé ses amis à leurs amusements ; ils termineraient la soirée au Repos des Voyageurs, supposa-t-il, sans s’y attarder ni s’y attirer d’ennuis, étant donné qu’ils n’avaient pas d’argent pour jouer aux cartes et ne pourraient rien boire de plus excitant que du thé froid. Lui avait gagné une autre partie de la ville à cheval, attaché sa monture sur l’une des deux places publiques (Flash n’avait opposé qu’un hennissement perplexe à ce traitement, sans plus) et erré depuis par les rues vides et endormies, son chapeau enfoncé jusqu’aux yeux et les mains serrées à lui faire mal dans le dos.
De multiples questions harcelaient son esprit — les choses n’étaient pas claires par ici. Il avait d’abord cru que son imagination lui jouait des tours, que la part enfantine de sa personnalité voyait fomenter partout des troubles et des complots de contes de fées, parce qu’on l’avait écarté du cœur de l’action véritable. Mais depuis sa discussion avec « Rennie » Renfrew, il était plus au fait. Il y avait de quoi se poser des questions sur de complets mystères ; mais le plus infernal de tout, c’est qu’il ne pouvait pas se concentrer sur eux, encore moins leur trouver ne serait-ce qu’un début d’explication. Chaque fois qu’il s’y essayait, le visage de Susan Delgado venait s’immiscer dans ses pensées… son visage, ou bien sa chevelure ou encore la façon gracieuse et intrépide dont ses pantoufles de soie avaient suivi ses bottes pendant qu’ils dansaient, sans jamais hésiter ni se laisser distancer. Il réentendait sans cesse les dernières paroles qu’il lui avait adressées, sur ce ton de prédicateur hautain, bégueule et puéril. Il aurait donné n’importe quoi ou presque pour retirer ces mots et le ton sur lequel il les avait dits. Elle partagerait l’oreiller de Thorin, la Moisson venue, et porterait un enfant de lui avant la première neige, un héritier mâle peut-être, et puis après ? Des hommes riches, célèbres et de sang bleu avaient pris des gueuses depuis le commencement des temps ; Arthur l’Aîné en avait eu plus de quarante, si l’on en croyait la légende. Alors, vraiment, qu’est-ce que ça pouvait lui faire ?
Je crois que je suis tombé amoureux d’elle. Voilà ce que cela me fait.
C’était là une idée consternante, mais impossible à écarter ; il ne connaissait que trop bien la géographie de son propre cœur. Il l’aimait, très vraisemblablement, mais une autre partie de lui la haïssait aussi, persistant dans l’idée choquante qui lui était venue au cours du dîner : qu’il aurait pu percer le cœur de Susan Delgado, fût-il venu armé. Cela résultait de sa jalousie, mais pas entièrement ; la jalousie était même loin d’en être la majeure part. Il avait établi un rapprochement indéfinissable, mais puissant, entre Olive Thorin — son pauvre sourire, triste et courageux au bout de la table — et sa propre mère. N’avait-il pas vu ce même regard affligé et mélancolique dans les yeux de sa mère le jour où il l’avait surprise en compagnie du conseiller de son père ? Marten, chemise ouverte sur la poitrine, Gabrielle Deschain, en robe d’intérieur qui avait glissé, lui découvrant l’épaule, et la chambre révélant par sa puanteur ce à quoi ils avaient consacré cette chaude matinée ?