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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Susan Delgado reposa sa coupe de punch, retira sa main (avec un peu de difficulté) de celle de son « oncle » qui l’étreignait et se mit à applaudir. D’autres convives l’imitèrent. La vague d’applaudissements qui balaya la pièce fut brève mais chaleureuse. Eldred Jonas ne lâcha pas sa coupe pour y prendre part, remarqua Roland.

Thorin se tourna tout sourires vers Roland. Il leva sa coupe.

— Puis-je vous gratifier d’un toast, Will Dearborn ?

— Si fait, et je vous en remercie, répondit Roland.

Des rires et une salve d’applaudissements accueillirent son emploi de « si fait ».

Thorin leva sa coupe encore plus haut. Tous ceux présents dans la pièce firent de même ; les cristaux miroitèrent comme des éclats d’étoile à la lumière du lustre.

— Gentes dames et messires, je vous livre William Dearborn d’Hemphill, Richard Stockworth de Pennilton et Arthur Heath de Gilead.

À ce dernier nom, il y eut des murmures et des hoquets surpris, comme si leur Maire avait annoncé Arthur Heath du Firmament.

— Faites échange de bons et loyaux services, rendez leur séjour à Mejis si agréable que leur souvenance en sera plus agréable encore. Aidez-les dans leur tâche et à faire progresser la cause qui est si chère à nos cœurs. Puissent leurs jours être longs sur la terre. Qu’il en soit ainsi, dit votre Maire.

— QU’IL EN SOIT AINSI, DISONS-NOUS TOUS ! tonnèrent-ils en écho.

Thorin but et l’ensemble des invités suivit son exemple. Il y eut encore des applaudissements. Roland se retourna, ne pouvant s’en empêcher, et rencontra encore une fois les yeux de Susan. Un instant, elle soutint son regard avec une franchise qui lui permit de s’apercevoir que sa présence la troublait presque autant que lui, la sienne. Puis la femme plus âgée qui lui ressemblait se pencha et lui murmura quelque chose à l’oreille. Susan se détourna, composant son visage tel un masque… mais il avait surpris le regard de ses yeux. Et il songea à nouveau que ce qui était fait pouvait être défait, et ce qui avait été dit pouvait être dédit.

8

Au moment où elles passaient dans la salle à manger, où l’on avait installé, ce soir-là, quatre longues tables à tréteaux (si proches qu’on pouvait à peine se faufiler entre elles), Cordélia tira sa nièce par la main à l’écart de Jonas et du Maire, qui étaient entrés en grande conversation avec Fran Lengyll.

— Pourquoi l’avez-vous regardé ainsi, mamzelle ? chuchota Cordélia, furieuse, le front barré par son pli vertical, qui semblait ce soir aussi profond qu’une tranchée. Quelle mouche a piqué ta jolie tête de linotte ? Ta.

Ce détail suffisait à instruire Susan de la colère noire de sa tante.

— Regardé qui ? Et comment ?

Sa voix ne l’avait pas trahie, se dit-elle, mais son cœur, oh ! son cœur…

La main qui tenait la sienne resserra son emprise, lui faisant mal.

— Ne jouez point à la finaude avec moi, Mamzelle Fraîche et Rose ! Avez-vous déjà vu cette paire de gambettes faites au moule auparavant ? Dites-moi la vérité !

— Non, comment l’aurais-je pu ? Vous me faites mal, ma tante.

Tante Cord eut un sourire sinistre et serra encore plus fort.

— Mieux vaut un moindre mal à présent qu’un plus grand par la suite. Refrénez votre impudence et baissez vos yeux de coquette.

— Ma tante, je ne sais point ce que vous…

— Je crois bien que si, la coupa Cordélia, sévèrement.

Elle poussa sa nièce contre les lambris pour permettre au flot des invités de passer devant elles. Quand le ranchero qui possédait le cottage près du leur les salua, Tante Cord le gratifia d’un sourire agréable et lui souhaita bonne nuitée avant de revenir à Susan.

— Écoutez, Mamzelle, et écoutez-moi bien. Si j’ai remarqué vos yeux de vache énamourée, vous pouvez être assurée que cela n’a pas échappé à une bonne moitié de la compagnie. Bon, ce qui est fait, est fait, mais on s’en tiendra là. Le temps de ces jeux de femme-enfant est révolu pour vous. Vous m’avez comprise ?

Susan garda le silence, son visage adoptant cet air buté que Cordélia détestait par-dessus tout et qui lui donnait envie de gifler sa nièce jusqu’à lui faire saigner le nez et jaillir les larmes de ses grands yeux de biche gris.

— Vous avez fait un serment et passé un contrat. Des papiers ont été signés, on a consulté la « sage-femme du Cöos », de l’argent a changé de mains. Et vous avez donné votre promesse. Si cela ne signifie rien pour vous, petite, rappelez-vous ce que cela signifierait pour votre père.

Les yeux de Susan s’emplirent à nouveau de pleurs et Cordélia se réjouit de ce spectacle. Son frère, d’une imprévoyance irritante, n’avait été capable que d’engendrer cette femme-enfant bien trop jolie…, mais même mort, il avait son utilité.

— Promettez-moi à présent de garder vos yeux dans votre poche, et que, si jamais ce garçon fait mine de venir vers vous, vous prendrez le large — si fait, le plus grand large possible — pour éviter de vous trouver sur son chemin.

— Je vous le promets, ma tante, murmura Susan.

Cordélia sourit. Elle était tout à fait charmante quand elle souriait.

— Très bien, alors. Entrons. On nous regarde. Prends mon bras, mon enfant !

Susan se cramponna au bras poudré de sa tante. Elles entrèrent côte à côte dans la salle à manger ; leurs robes bruissaient, le pendentif de saphir étincelait sur la poitrine renflée de Susan ; nombreux furent ceux qui remarquèrent leur ressemblance et songèrent combien le pauvre Pat Delgado aurait été heureux de les voir ainsi.

9

Roland était placé au haut bout de la table centrale ou tout comme, entre Hash Renfrew (ranchero plus mastoc encore que Fran Lengyll) et Coraline, la sœur de Thorin, personne plutôt maussade. Renfrew ne s’était pas montré manchot avec le punch ; à présent, tandis qu’on apportait le potage sur la table, il se mit en devoir de prouver qu’il ne l’était pas non plus avec l’aie.

Sa conversation roulait sur la pêche (« c’est plus ce qu’c’était, mon gars, même si on ramène p’us autant de poiscaille mutée ces jours dans les filets, c’est point pour autant une bénédiction »), sur l’agriculture (« les gens du coin, y peuvent faire pousser presqu’n’import’ quoi, tant qu’y s’agit d’blé ou d’fayots ») et enfin sur ce qui lui tenait clairement le plus à cœur : les chevaux, la chasse à courre et le ranch. Ces activités se poursuivaient comme toujours, si fait, bien que les temps aient été durs dans les Baronnies du bord de mer et des prairies depuis plus de quarante ans.

Mais les lignées ne se clarifiaient-elles pas ? demanda Roland. Elles avaient commencé à le faire là d’où il venait.

Si fait, convint Renfrew, négligeant sa soupe de pommes de terre pour mieux se bâfrer de lamelles de bœuf grillées au barbecue. Il les prenait à pleine poignée et les faisait descendre, arrosées d’ale. Si fait, jeune maître, les lignées se clarifiaient merveilleusement bien, ah ça oui, trois poulains sur cinq étaient de bon aloi — chez les pur-sang comme chez les races plus communes, sachez-le — et on pouvait conserver le quatrième pour le travail, sinon pour la reproduction. Un seul poulain sur cinq naissait, ces jours, avec des jambes en trop ou des yeux en trop, ou bien les entrailles à l’air, et c’était une bonne chose. Mais le nombre de naissances était en baisse, si fait ; les étalons avaient toujours autant de raideur dans leurs mousquets, semblait-il, mais plus assez de poudre ni de balles.

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