Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Son esprit, tout endurci qu’il était déjà, se rétracta devant cette image avec horreur. Il revint à celle de Susan Delgado — à ses yeux gris et à ses cheveux dorés. Il la revit en train de rire, le menton levé, les mains serrées sur le saphir que Thorin lui avait donné.
Roland pouvait pardonner à Susan son statut de gueuse, supposa-t-il. Ce qu’il ne pouvait lui pardonner, en dépit de son attirance pour elle, c’était l’affreux sourire qu’Olive Thorin avait sur le visage en regardant la jeune fille qui occupait la place qui aurait dû être la sienne. Assise à sa place et riant aux éclats.
Voilà ce qui se bousculait dans sa tête tandis qu’il arpentait la ville au clair de lune. Ces idées-là n’étaient pas son affaire. Susan Delgado n’était pas la raison de sa présence ici, pas plus que ce Maire ridicule craquant aux jointures et sa pitoyable paysanne d’épouse… il ne pouvait pourtant pas se les sortir de la tête pour se concentrer sur ce qui était son affaire. Il avait oublié le visage de son père et espérait le retrouver en se promenant au clair de lune.
Dans cet état d’esprit, il descendit du nord au sud la Grand-Rue assoupie et argentée, songeant vaguement à payer peut-être quelque chose à boire à Alain et à Cuthbert et à lancer les dés une fois ou deux sur l’Allée de Satan avant de récupérer Flash et décider que la soirée de boulot était finie. Et c’est ainsi qu’il aperçut Jonas — sa dégaine décharnée et ses longs cheveux blancs rendaient le bonhomme impossible à confondre —, posté à l’extérieur des portes battantes du Repos des Voyageurs et guettant ce qui se passait à l’intérieur. La vision de Jonas, main posée sur la crosse de son arme et corps tendu, chassa immédiatement toute autre pensée de l’esprit de Roland. Quelque chose était en train, et si Bert et Alain se trouvaient là-dedans, ils pourraient bien y être mêlés. Ils étaient après tout des étrangers dans cette ville, où il était fort possible — et même probable — que tout le monde n’aimât pas l’Affiliation avec l’ardeur professée au cours du dîner de ce soir. Ou bien alors, c’étaient les amis de Jonas qui avaient des problèmes. Quelque chose était sur le feu, en tout cas.
Sans trop savoir pourquoi il agissait ainsi, Roland gravit silencieusement les marches de la véranda du magasin général. Des animaux sculptés s’alignaient là (sans doute cloués solidement aux planches, pour éviter que des soûlards du saloon d’en face ne les embarquent en guise de plaisanterie, les comptines de leur enfance aux lèvres). Roland se glissa derrière le dernier totem de la rangée — l’Ours —, pliant les genoux pour empêcher son chapeau de dépasser. Il devint alors aussi immobile que le totem sculpté. Il vit Jonas se retourner, regarder de l’autre côté la rue, puis sur sa gauche, scrutant quelque chose…
Retentit alors un très doux Miaou ! Miaou !
Un chat. Dans l’impasse.
Jonas regarda encore un instant, puis pénétra dans le Repos. Aussitôt, Roland quitta l’abri de l’ours sculpté, dévala les marches et gagna la rue. Sans avoir le don de shining d’Alain, ses intuitions étaient parfois très fortes. La présente lui disait qu’il devait se presser.
Dans le ciel, la Lune des Baisers se dissimula derrière un nuage.
Pettie le Trottin, toujours plantée sur son tabouret, avait dessoûlé, et continuer à chanter était le cadet de ses soucis. Elle avait du mal à croire ce qu’elle voyait : Jonas tenait en respect un gamin qui tenait en respect Reynolds qui tenait en respect un autre gamin (ce dernier portant autour du cou un crâne d’oiseau au bout d’une chaîne) qui tenait en respect Roy Depape — qui, plus exactement, avait fait couler un peu de sang de Depape. Et quand Jonas avait ordonné au gros garçon de poser le couteau qu’il pointait contre la gorge de Reynolds, le gros garçon avait refusé.
Vous pouvez souffler ma chandelle et m’expédier dans la clairière au bout du sentier, songea Pettie, car à présent, j’ai tout vu, si fait. Elle supposa qu’elle devrait descendre du tabouret — il y avait de la fusillade dans l’air, et susceptible de se déclencher d’une seconde à l’autre — mais, parfois, il faut savoir prendre des risques.
Car certaines choses sont trop bonnes pour qu’on les rate.
— Nous sommes venus dans cette ville mandatés par l’Affiliation pour y accomplir un travail, dit Alain.
Il tenait dans sa poigne les cheveux trempés de sueur de Reynolds, tandis que, de l’autre main, il appuyait le couteau contre sa gorge sans faiblir. Mais pas suffisamment pour lui percer la peau.
— Si jamais vous nous causez du tort, l’Affiliation saura s’en souvenir. De même que nos pères. Vous serez traqués comme des chiens et probablement pendus la tête en bas, une fois pris.
— Fiston, il n’y a aucune patrouille de l’Affiliation à moins de deux cents, si ce n’est trois cents roues d’ici, rétorqua Jonas. Et je m’en foutrais comme d’un pet dans un ouragan, même s’il y en avait une juste derrière la colline. Vos pères, idem. Pose cette lame ou je te fais sauter la cervelle.
— Non.
— Les futurs développements de cette affaire promettent d’être croquignolets, fit remarquer gaiement Cuthbert…
… mais sous son babillage pointait à présent un peu de tension. Ni crainte ni même nervosité, non, juste un brin de tension nerveuse. Ils ont de l’étoffe et de la bonne, plus que probable, songea Jonas avec amertume. Il avait sous-estimé ces gars-là lors du repas ; si rien d’autre n’était clair, ça au moins, ça l’était.
— Vous descendez Richard, Richard coupe la gorge de Mister Cape qui de son côté me descend ; mes pauvres doigts de mourant lâchent l’élastique de ma fronde et une bille d’acier va se loger dans ce qui tient lieu de cervelle à Mister Binoclard. Vous néanmoins vous en tirerez, ce qui sera d’un grand réconfort pour le cadavre de vos amis.
— Match nul, dit Alain à l’homme qui lui braquait la tempe de son arme. On fait tous machine arrière et on s’en va chacun de notre côté.
— Non, fiston, fit Jonas, adoptant un ton patient.
Il estima que sa colère n’était pas perceptible, mais elle montait cependant. Mes dieux, perdre la face comme ça, même temporairement !
— Personne ne se comporte ainsi avec les Grands Chasseurs du Cercueil. C’est ta dernière chance de…
Un truc dur, froid et des plus pointus vint s’appuyer contre la chemise de Jonas, dans son dos, juste entre les deux omoplates. Il sut aussitôt ce que et qui c’étaient, comprit que la partie était perdue, sans pourtant arriver à imaginer comment les événements avaient pu prendre un tour si grotesque, à vous rendre fou.