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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Puis, au moment même où Roland se disait que cette danse stupide n’en finirait jamais, la musique s’arrêta et il se retrouva face à face avec Susan Delgado.

Un court instant, il ne put rien faire d’autre que la fixer, avec la sensation que ses yeux allaient lui jaillir de la tête et ses pieds refuser stupidement de bouger. Puis Susan leva les bras, la musique démarra, ceux qui faisaient la ronde (au nombre desquels le Maire Thorin et le vigilant Eldred Jonas au fin sourire) applaudirent, et il l’entraîna dans la danse.

Au début, tout en lui faisant décrire une figure tournoyante (ses pieds se mouvant avec leur grâce et leur précision habituelles, engourdis ou pas), il eut l’impression d’être vitrifié. Puis il prit conscience du corps de Susan contre le sien, du bruissement de sa robe et il ne fut que trop humain à nouveau.

Elle se rapprocha de lui un bref instant et, quand elle parla, il sentit son souffle lui chatouiller l’oreille. Il se demanda si une femme pouvait vous rendre fou — au sens littéral du terme. Il ne l’aurait pas cru jusqu’à ce soir. Mais ce soir, tout avait changé.

— Merci de votre discrétion et de votre bienséance, chuchota-t-elle.

Il se détacha légèrement d’elle tout en la faisant virevolter, sa main au creux de ses reins — sa paume reposant sur la fraîcheur du satin, ses doigts effleurant la tiédeur de sa peau. Susan calquait ses pas sur les siens, sans trébuchement ni hésitation ; elle évoluait avec une grâce parfaite, ses petons chaussés de pantoufles de soie fragile n’étant pas le moins du monde effarouchés par ses grands pieds bottés.

— Je sais me montrer discret, sai, répondit-il. Quant à la bienséance, je suis étonné que vous connaissiez ce mot.

Elle leva les yeux vers son visage empreint de froideur et son sourire s’évanouit. Il vit un éclair de colère lui succéder, mais surtout qu’elle était blessée, comme s’il l’avait frappée. Il en fut heureux et navré à la fois.

— Pourquoi me parler ainsi ? murmura-t-elle.

La musique s’interrompit avant qu’il ait pu lui répondre… bien qu’il n’eût aucune idée de la réponse qu’il aurait pu lui faire. Elle lui fit une révérence et lui, un salut, tandis qu’autour d’eux éclataient sifflements et applaudissements. Ils reprirent leurs places dans leurs rondes respectives et les guitares repartirent de plus belle. Roland, les mains prises de chaque côté, se remit à tourner en rond.

Rire. Taper des pieds. Battre des mains suivant le tempo. La sentir quelque part dans son dos, en train de faire la même chose que lui. Se demander si elle désirait aussi fortement que lui être loin d’ici, dans le noir, se retrouver solitaire dans l’obscurité afin de tomber le masque et de se laisser consumer par son visage en feu.

CHAPITRE 6

Sheemie

1

Aux alentours de dix heures du soir, le trio de jeunes gens des Baronnies Intérieures prit congé de ses hôtes avant de se faufiler dans la nuit d’été embaumée. Cordélia Delgado, qui se tenait près d’Henry Wertner, le Maquignon de la Baronnie, observa qu’ils devaient être recrus de fatigue. Wertner éclata de rire en entendant ce propos et répondit avec un accent tellement à couper au couteau qu’il en devenait comique.

— Nenni, m’dam’, les gars d’c’t âge-là, sont com’ des rats qu’explor’ un tas d’bois après une pluie de mill’ diab’, si fait. Les baraqu’ du Bar K les r’verront point d’sitôt.

Olive Thorin quitta la salle de réception peu de temps après Roland et ses amis, prétextant une migraine. Elle était d’une pâleur qui rendait son excuse presque crédible.

À onze heures, le Maire, son Chancelier et le chef de sa garde prétorienne nouvellement constituée conversaient dans le bureau de Thorin avec la poignée de derniers invités à s’être attardés (tous étaient des rancheros, membres de l’Association du Cavalier). Les échanges de propos furent brefs mais vifs. Plusieurs des rancheros présents exprimèrent leur soulagement devant la jeunesse des émissaires de l’Affiliation. Eldred Jonas ne releva pas cette remarque, se contentant d’examiner ses mains pâles aux longs doigts sans se départir de son fin sourire.

À minuit, Susan se déshabillait, s’apprêtant à se mettre au lit. Elle n’avait pas du moins à se mettre en peine pour le saphir ; le joyau, propriété de la Baronnie, avait réintégré le coffre-fort de la Maison du Maire, avant son départ, malgré tout ce que Messire Will Dearborn aux Grands Airs pouvait penser à son sujet et à celui du bijou. Le Maire Thorin en personne (elle ne pouvait se résoudre à l’appeler Hart, bien qu’il l’en ait priée — et elle n’y arrivait même pas à part soi) le lui avait repris. Ça avait eu lieu dans le vestibule qui flanquait la salle de réception, près de la tapisserie où l’on voyait Arthur l’Aîné sortant son épée de la pyramide où elle avait été mise au tombeau. Et lui (Thorin, pas l’Aîné) avait sauté sur l’occasion pour l’embrasser sur la bouche et lui tripoter brièvement et maladroitement les seins — cette partie de son corps qu’elle avait estimée bien trop dénudée tout au long de cette interminable soirée.

— Je brûle qu’on soit à la Moisson, lui avait-il glissé d’un ton mélodramatique à l’oreille, son haleine fleurant le cognac. Chaque jour de cet été me semble durer un siècle.

À présent, de retour dans sa chambre, alors qu’elle se brossait les cheveux avec vigueur en regardant au-dehors la lune déclinante, Susan songeait que, de sa vie, elle n’avait jamais été aussi furieuse qu’en cet instant : furieuse contre Thorin, furieuse contre Tante Cord, furieuse contre cet hypocrite de Will Dearborn, jouant les petits saints. Mais par-dessus tout, furieuse contre elle-même.

— Il y a trois choses que l’on peut faire dans n’importe quelle situation, lui avait dit une fois son père. Tu peux décider de faire une chose, tu peux décider de ne point la faire… ou tu peux décider de ne point décider.

Cette dernière alternative, son père n’avait pas eu besoin de le lui préciser, était le choix des faibles et des imbéciles. Elle s’était juré de ne jamais le privilégier… et, pourtant, elle s’était laissé entraîner et engluer dans cette situation nauséabonde. À présent, tous les choix lui paraissaient mauvais et indignes, toutes les issues de secours, autant de chemins bloqués par des éboulements ou bourbeux jusqu’au moyeu.

Dans sa chambre de la Maison du Maire (elle n’avait pas partagé celle de Hart depuis une dizaine d’années ni son lit, même brièvement, depuis un lustre), Olive, vêtue d’une chemise de nuit de coton sans falbalas, contemplait elle aussi la lune à son déclin. Après s’être réfugiée en cet endroit sûr, elle avait pleuré… mais point très longtemps. Elle avait à présent les yeux secs et se sentait aussi creuse qu’un arbre mort.

Qu’est-ce qui était le pire ? Que Hart n’ait pas compris à quel point elle avait été humiliée, et pas seulement pour son propre compte. Il était trop occupé à se pavaner et à faire le beau (et aussi à glisser un œil à la moindre occasion dans le décolleté de sai Delgado) pour s’apercevoir que les autres — jusqu’à son Chancelier — faisaient des gorges chaudes de lui, derrière son dos. Cela prendrait fin peut-être quand cette fille retournerait chez sa tante avec un gros ventre, mais ce ne serait point avant plusieurs mois. La sorcière y avait veillé. Ce serait même plus long si la fille avait du retard à l’allumage. Mais quel était le plus bête, le plus humiliant de tout ? N’était-ce pas qu’elle, Olive, fille de John Haverty, aimât encore son mari ? Hart avait beau se montrer le plus outrecuidant, vaniteux et fat des hommes, n’empêche qu’elle l’aimait toujours.

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