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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais il arrivait que l'un d'entre eux me r�pond�t:

�Je b�tis des palais, je taille des diamants, je sculpte des statues de pierre��

Et ceux-l� certes ne travaillaient point pour tous mais pour quelques-uns seulement car le produit de leur activit� n'�tait point divisible.

Et en effet si tu observes celui-l� qui travaille une ann�e pour peindre son vase, comment distribuerais-tu de tels vases � tous? Car un homme travaille pour plusieurs dans une cit�. Il est les femmes, les malades, les infirmes, les enfants, les vieillards et ceux qui aujourd'hui se reposent. Il est aussi des serviteurs de mon empire, lesquels ne fa�onnent point d'objets: les soldats, les gendarmes, les po�tes, les danseurs, les gouverneurs. Et ceux-l� cependant autant que les autres consomment, s'habillent, se chaussent, mangent, boivent et dorment dans un lit d'une maison. Et puisqu'ils n'�changent point d'objet contre les objets qu'ils consomment, il faut bien que quelque part tu voles ces objets � ceux-l� qui les fabriquent afin d'en alimenter �galement ceux qui ne les fabriquent point. Et aucun homme install� dans son atelier ne peut pr�tendre consommer la totalit� de ce qu'il produit. Donc il est des objets que tu ne peux pr�tendre offrir � tous car il ne serait personne pour les fa�onner.

Et cependant n'importe-t-il pas que de tels objets soient con�us et soient fabriqu�s puisqu'ils sont le luxe et la fleur et le sens de ta civilisation? Et puisque pr�cis�ment l'objet qui vaut et qui est digne de l'homme est celui qui a co�t� beaucoup de temps. Et c'est le sens m�me du diamant, lequel est ann�e de travail qui donne une larme grande comme l'ongle. Ou la goutte de parfum tir�e du tombereau de fleurs. Et que m'importe � moi le destin de la larme et de la goutte de parfum puisque je connais d'avance qu'elles ne sont point distribuables � tous et que je connais �galement qu'une civilisation repose non sur le destin de l'objet mais sur sa naissance?

Moi le seigneur je vole du pain et des v�tements aux travailleurs pour les donner � mes soldats, � mes femmes et � mes vieillards.

Pourquoi serais-je plus troubl� de voler du pain et des v�tements pour les donner � mes sculpteurs et aux polisseurs de diamants et aux po�tes qui, bien qu'ils �crivent leurs po�mes, doivent se nourrir?

Sinon il n'est plus ni diamant, ni palais, ni quoi que ce soit qui soit souhaitable.

Et ce qui enrichit bien peu mon peuple: il s'enrichit du seul d�versement dans les autres activit�s de ses activit�s de civilisation qui certes co�tent beaucoup de temps � ceux qui s'y emploient, mais emploient peu d'hommes dans la cit� comme me le montr�rent nos rencontres.

Et par ailleurs je r�fl�chissais sur ce que, si le destinataire de l'objet n'avait point d'importance puisque de toute fa�on cet objet n'�tait pas distribuable-�-tous et que par cons�quent je ne pouvais pr�tendre qu'il vol�t les autres, il me venait cette �vidence que le canevas des destinataires est chose d�licate � toucher et qui demande beaucoup de pr�cautions car il est trame d'une civilisation. Et peu importe leur qualit� ou les justifications morales.

Il est certes l� un probl�me moral. Mais il est un probl�me exactement oppos�. Et si je pense avec des mots qui excluent les contradictions j'�teins chez moi toute lumi�re.

CXVI

(Notes pour plus tard: Les r�fugi�s berb�res qui ne veulent travailler se couchent. Action impossible.

Mais j'impose non des actes mais des structures. Et je diff�rencie les jours. Et je hi�rarchise les hommes et je cr�e des habitations plus ou moins belles pour apporter la jalousie. Et je cr�e des r�gles plus ou moins justes pour provoquer des mouvements divers. Et je ne puis m'int�resser � la justice car elle est ici de laisser croupir cette mare absolument morte. Et je les oblige bien � prendre mon langage puisque mon langage a un sens pour eux. Et ce n'est l� qu'un syst�me de conventions � l'aide desquelles je veux atteindre, comme � travers l'aveugle sourd-muet, l'homme, qui est enti�rement endormi en eux. Ainsi l'aveugle sourd-muet, tu le br�les et tu lui dis: feu. Et chaque fois que tu le br�les tu lui dis: feu. Et tu es injuste pour l'individu puisque tu le br�les. Mais tu es juste pour l'homme puisque lui ayant dit: feu, tu l'�clair�s. Et viendra le jour o� quand tu lui diras: feu sans le br�ler il retirera aussit�t la main. Et ce sera signe qu'il est n�.

Les voil� donc nou�s malgr� eux dans l'absolu d'un r�seau qu'ils ne peuvent juger puisqu'il est, tout simplement. Les maisons �sont� diff�rentes. Les repas �sont� diff�rents. (Et j'introduis aussi la f�te qui est de tendre vers un jour et d�s lors d'exister, �et je les soumettrai � des torsions et des tensions et des figures. Et certes toute tension est injustice car il n'est pas juste que ce jour diff�re des autres�.) Et la f�te les fait s'�loigner ou s'approcher de quelque chose. Et les maisons plus ou moins belles gagner ou perdre. Et entrer et sortir. Et je dessinerai des lignes blanches � travers le camp pour que soient des zones dangereuses et d'autres de s�curit�. Et j'introduirai le lieu interdit o� l'on est puni de mort pour les orienter dans l'espace. Et voil� ainsi qu'il sera cr�� des vert�bres � la m�duse. Et elle commencera de marcher, ce qui est admirable.

L'homme disposait d'un langage vide. Mais le langage sera de nouveau sur lui comme un mors. Et il sera des mots cruels qui le pourront faire pleurer. Et il sera des mots chantants qui lui �claireront le c�ur.

�Je vous facilite les choses�� et tout est perdu. Non � cause des richesses, mais parce qu'elles ne sont plus tremplin pour quoi que ce soit mais provisions gagn�es. Tu t'es tromp� non de donner plus mais d'exiger moins. Si tu donnes plus, tu dois exiger plus.

La justice et l'�galit�. Et voil� la mort. Mais la fraternit� ne se trouve que dans l'arbre. Car tu ne dois point confondre alliance et communaut�, laquelle n'est que promiscuit� sans dieu qui domine, ni irrigation, ni musculature, et donc pourrissement.

Car ils se sont dissous d'avoir v�cu dans l'�galit�, la justice et la communaut� totales. Ceci est repos des billes m�l�es.

Jette-leur une graine qui les absorbe dans l'injustice de l'arbre.)

CXVII

En ce qui concerne donc mon voisin, j'ai observ� qu'il n'�tait point fertile d'examiner de son empire les faits, les �tats de choses, les institutions, les objets, mais exclusivement les pentes. Car si tu examines mon empire tu t'en iras voir les forgerons et les trouveras forgeant des clous et se passionnant pour les clous et te chantant les cantiques de la clouterie. Puis tu t'en iras voir les b�cherons et tu les trouveras abattant des arbres et se passionnant pour l'abattage d'arbres, et se remplissant d'une intense jubilation � l'heure de la f�te du b�cheron, qui est du premier craquement, lorsque la majest� de l'arbre commence de se prosterner. Et si tu vas voir les astronomes, tu les verras se passionnant pour les �toiles et n'�coutant plus que leur silence. Et en effet chacun s'imagine �tre tel. Maintenant si je te demande: �Que se passe-t-il dans mon empire, que na�tra-t-il demain chez moi?� tu me diras: �On forgera des clous, on abattra des arbres, on observera les �toiles et il y aura donc des r�serves de clous, des r�serves de bois et des observations d'�toiles.� Car myope et le nez contre, tu n'as point reconnu la construction d'un navire.

Et certes nul d'entre eux n'aurait su te dire: �Demain nous serons embarqu�s sur la mer.� Chacun croyait servir son dieu et disposait d'un langage malhabile pour te chanter le dieu des dieux qui est navire. Car la fertilit� du navire est qu'il devienne amour des clous pour le cloutier.

Et quant � la pr�vision de l'avenir tu en aurais su bien plus long si tu avais domin� cet assemblage disparate et pris conscience de ce dont j'ai augment� l'�me de mon peuple et qui est pente vers la mer. Alors tu l'eusses vu, ce voilier, assemblage de clous, de planches, de troncs d'arbres et gouvern� par les �toiles, se p�trir lentement dans le silence et s'assembler � la fa�on du c�dre qui draine les sucs et les sels de la rocaille pour les �tablir dans la lumi�re.

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