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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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— Et Lakkamai ?

— Fais ce que tu veux avec Lakkamai !

Torlyri s’abîma une troisième fois dans un long silence que Koshmar ne chercha pas à interrompre.

— As-tu envie de t’unir à moi maintenant ? demanda enfin Torlyri.

— Un autre jour, dit Koshmar. Je me sens très lasse ce soir et je crains qu’un couplage ne soit pas fructueux.

Elle détourna la tête et ajouta d’une voix lugubre :

— Je te souhaite d’être heureuse, Torlyri. Tu me crois, n’est-ce pas ? Je ne souhaite que ton bonheur.

Hresh commença à s’aventurer seul dans la ville. C’était comme un défi à l’autorité de Koshmar, mais elle semblait ne pas s’en soucier et peut-être même n’y prêtait-elle pas attention. La destination de Hresh était de plus en plus souvent la Grande Planète et la machine sommeillant dans le sous-sol de l’esplanade des trente-six tours exerçait sur lui une irrésistible fascination.

Il savait maintenant que la dalle de pierre qui lui permettait d’accéder à la salle souterraine remontait automatiquement au bout d’un certain temps. Il n’avait donc plus besoin de se faire accompagner d’Haniman ou de quelqu’un d’autre pour faire fonctionner le mécanisme. Quels que fussent les risques, il était prêt à les assumer, si cela lui permettait de ne pas avoir à partager avec quiconque ses voyages dans le passé. La Grande Planète était son trésor à lui tout seul et il tenait à l’exploiter comme il l’entendait.

Il procédait toujours de la même manière : mettre d’abord en mouvement la dalle de pierre, aller jusqu’à la machine, saisir le Barak Dayir avec son organe sensoriel, appuyer sur les boutons de commande. Et la Grande Planète reprenait vie devant lui, dans toute sa miraculeuse splendeur.

Jamais il ne retrouvait Vengiboneeza à la même époque et la structure de la cité était chaque fois différente. Comme si toute la longue histoire de la fabuleuse Vengiboneeza était contenue en entier dans la machine, tout au long des centaines de milliers d’années de sa croissance et de ses transformations. Et la machine semblait restituer à chaque fois une page différente du passé, tantôt la Vengiboneeza des origines, encore au tout début de son expansion, tantôt une version de la cité qui devait dater des dernières années, tellement elle était proche de celle que Hresh connaissait.

Quelle meilleure preuve du dynamisme et de l’énergie de la ville que les changements constants qu’il était donné à Hresh de contempler. Il n’y retrouvait que de loin en loin des points de repère familiers : les avenues du front de mer, les trente-six tours et leur esplanade, la tour qui était devenue le temple du Peuple, les villas des quartiers de la ville haute. Seule la Citadelle trapue et solennelle était toujours là, immuable et invulnérable, à chacun des voyages que faisait l’âme de Hresh à travers les abîmes du temps.

Il lui arrivait ainsi d’aborder à une époque où de hautes palissades blanches s’élevaient comme des rangées de lances le long des rues de la ville basse, où la cité grouillait de seigneurs des mers remontant des quais par dizaines dans de rutilants chars d’argent. A une autre époque, des bannières d’une force intangible tournoyaient dans le ciel avec des claquements tumultueux de couleurs criardes tandis qu’un gigantesque cortège de hjjk descendait des montagnes à la file indienne. Et les insectes s’engouffraient par millions dans la cité qui les absorbait tous, comme si sa capacité eût été infinie. Ou bien il assistait à un rassemblement d’humains. Hresh reconnaissait à son corps défendant qu’il s’agissait bien des humains. Tout en espérant de tout son cœur s’être trompé, il lui fallait se rendre à l’évidence. Les êtres glabres aux membres grêles, au nombre de six ou sept douzaines, étaient assis en rond autour d’une vaste place s’étendant au pied de la Citadelle et ils échangeaient des pensées silencieuses dont il était exclu malgré tous ses efforts pour pénétrer leurs mystères.

Mais Vengiboneeza était avant tout la capitale des yeux de saphir. Pour chacun des membres des autres races, les reptiles étaient au nombre d’une dizaine, voire d’une centaine. Il voyait partout leurs formes monstrueuses aux fortes mâchoires, aux pattes puissantes et aux yeux étincelants de force, de sagesse et de contentement.

Hresh n’avait aucune difficulté à lier conversation avec tous ceux qu’il rencontrait à Vengiboneeza, y compris avec les seigneurs des mers et les humains. Tout le monde le comprenait et tout le monde était d’une irréprochable courtoisie. Il comprit pourtant à la longue que ce n’étaient pas de véritables conversations, mais de simples illusions crées par la machine qui lui ouvrait les portes du passé. Il ne se trouvait pas réellement à l’époque de la Grande Planète, sept cent mille ans plus tôt, mais dans une sorte de projection, devant un fac-similé ayant toutes les apparences de la vie et auquel il s’intégrait comme un véritable voyageur dans l’immense cité.

Cela lui devint évident quand, se promenant au milieu des habitants de Vengiboneeza avec son lot habituel de questions, il constata que les réponses qu’on lui donnait étaient totalement dépourvues de substance. Elles semblaient avoir une signification, mais celle-ci perdait toute réalité au moment même où elle pénétrait dans son esprit, comme les aliments dispensés à profusion dans les banquets de ses rêves. Il ne pouvait rien apprendre en interrogeant tous ceux qu’il rencontrait dans les rues de la Vengiboneeza d’antan. La ville lui était en vérité inaccessible, isolée par la barrière infranchissable du temps.

Mais la splendeur de ce qu’il lui était donné de voir continuait de l’éblouir, de l’enrichir et de l’émerveiller.

Dans l’antique Vengiboneeza, les yeux de saphir semblaient apparaître et disparaître à leur gré, se matérialisant et s’évanouissant avec une facilité confondante.

Pour voyager à l’extérieur de la cité, ils avaient inventé de merveilleux chars célestes, sortes de rutilantes bulles rose et or qui flottaient dans un silence total et laissaient sortir leurs passagers par des trappes s’ouvrant comme par magie dans leurs flancs. Hresh voyait ces bulles par centaines se déplacer silencieusement dans le ciel. Malgré la vitesse de leur déplacement, elles n’entraient jamais en collision et il discernait à l’intérieur des silhouettes d’yeux de saphir dans des poses nonchalantes.

Un troisième moyen de transport — mais était-ce vraiment un moyen de transport — apparaissait sous la forme de mystérieux appareils montés sur de petites plates-formes de pierre verte et polie. Il s’agissait d’étroits tubes verticaux de métal sombre, de la hauteur d’un homme adulte, qui s’élargissaient à leur extrémité supérieure pour former une sphère partiellement ouverte, pas plus grosse que la tête d’un homme. Une étrange et violente lumière — bleue, rouge, verte —, visible dans l’ouverture des sphères, semblait produite par quelque puissant appareil contenu dans les tubes.

Hresh voyait de temps en temps un des maîtres de la ville, la démarche encore plus lente et posée qu’à l’ordinaire, s’approcher d’une des plates-formes sur lesquelles étaient dressés les étranges tubes de métal. Il était en général accompagné de plusieurs autres yeux de saphir qui marchaient à ses côtés et le soutenaient parfois de leurs petits bras. Ses compagnons s’écartaient toujours devant la plate-forme qu’il gravissait seul. Il s’approchait ensuite de la sphère surmontant le tube jusqu’à ce que sa tête aux fortes mâchoires soit vivement éclairée par la lumière produite par le tube. Et, en un clin d’œil, il disparaissait. Aspiré, semblait-il, à l’intérieur du tube. Hresh ne comprenait pas comment cela se faisait ni comment la petite sphère brillante pouvait contenir la masse énorme du reptile. Il ne parvenait pas non plus à percevoir l’instant précis où avait lieu la brutale transition, où le crocodilien qui approchait sa tête de la sphère s’évanouissait d’un seul coup.

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