À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Donne-moi la main, dit-il à Taniane.
— Qu’allons-nous faire ?
— Nous allons entrer, répondit Hresh. Donne-moi la main, Taniane.
Elle le regarda bizarrement et glissa la main dans la sienne. La Pierre des Miracles amplifiait tellement toutes les sensations de Hresh qu’il eut l’impression que la paume de Taniane était brûlante comme le feu et l’intensité du contact était presque intolérable. Mais il parvint à supporter la brûlure et il l’entraîna doucement vers le plus proche des tourbillons de lumière. Il s’ouvrit à son approche et Hresh traversa la muraille sans difficulté, tirant Taniane derrière lui.
A l’intérieur de l’enceinte s’étendait une immense salle vide, éclairée par une lumière spectrale uniformément répartie et dépourvue de source apparente. Ils auraient tout aussi bien pu se trouver dans une grotte gigantesque enfouie dans les entrailles de la terre et aux parois hautes comme une montagne.
— Yissou ! murmura Taniane. Où sommes-nous ?
— Je crois que c’est un temple.
— Qui l’utilise ?
— Eux, répondit Hresh en tendant le bras.
Tout autour d’eux, des humains flottaient dans l’air avec une légèreté de plume. Ils semblaient sortir des murs et par groupes de deux ou trois, conversant entre eux, ils traversaient l’immense espace pour disparaître de l’autre côté. Ils ne semblaient aucunement conscients de la présence de Hresh et de Taniane.
— Des Faiseurs de Rêves ! murmura-t-elle. Sont-ils réels ?
— Probablement des visions d’une autre époque. Du temps où la cité vivait encore. Ou bien nous rêvons que nous les voyons.
Il se rendit compte qu’il serrait encore le Barak Dayir dans sa main. Il le remit dans sa bourse qu’il glissa dans sa ceinture. Les silhouettes fantomatiques s’évanouirent aussitôt et il ne resta plus que les quatre murs de pierre nus, luisant faiblement dans la lumière spectrale qu’ils produisaient eux-mêmes.
— Que s’est-il passé ? demanda Taniane. Où sont-ils partis ?
— C’est la Pierre des Miracles qui nous a permis de les voir. Ils n’étaient pas réellement là. Ce n’est que leur image qui nous apparaissait à travers les millénaires.
— Je ne comprends pas.
— Moi non plus, dit Hresh.
Il fit prudemment quelques pas en direction du mur, à l’endroit où ils l’avaient traversé, et laissa courir sa main sur la pierre. Elle était dure et solide, presque chaude, comme l’était le Barak Dayir. Il sentit un grand frisson dans toute sa colonne vertébrale. Il n’y avait rien dans la vaste salle, absolument rien, pas une image brisée, pas un trône renversé, pas le moindre signe de quelconques occupants.
— Je me sens toute drôle ici, dit Taniane. Partons.
— Si tu veux.
Hresh se détourna et ressortit le Barak Dayir de sa bourse, mais, cette fois, il ne se donna pas la peine de le cacher. Taniane écarquilla les yeux et fit le signe de Yissou. Dès que Hresh appliqua son organe sensoriel sur le talisman, les murs se remirent à briller avec éclat et la procession aérienne des humains reprit son cours. Taniane était béante d’étonnement.
— Des Faiseurs de Rêves, répéta-t-elle. Comme ils ressemblent à Ryyig ! Qui étaient-ils ?
Hresh ne répondit pas.
— Je crois le savoir, poursuivit-elle.
— Vraiment ?
— C’est une idée complètement folle, Hresh.
— Alors, ne me dis rien.
— Dis-moi ce que toi, tu en penses.
— Je ne suis pas sûr, dit-il. Je ne suis sûr de rien.
— Tu penses la même chose que moi ?
— Peut-être, dit-il. Je ne sais pas.
— Oui, nous pensons la même chose. J’ai peur, Hresh.
Il vit sa fourrure se hérisser et sa poitrine se soulever rapidement. Il aurait voulu avoir le courage de l’attirer contre lui et de la serrer dans ses bras.
— Viens, dit-il. Nous sommes restés assez longtemps.
Il lui reprit la main et ils ressortirent comme ils étaient entrés, en traversant la muraille. Quand ils furent à l’extérieur, ils se retournèrent vers la Citadelle, puis ils se regardèrent sans un mot. Jamais Hresh n’avait vu Taniane aussi bouleversée. Et, dans sa tête, il revoyait l’étrange procession de Faiseurs de Rêves flottant mystérieusement, magiquement dans l’air et qui lui répétaient à l’envi ce qu’il ne voulait pas entendre.
Ils redescendirent en silence le chemin glissant au sol tourmenté et regagnèrent le campement sans échanger un mot.
Avant d’arriver, ils entendirent des hurlements et des cris furieux, les cris aigus et moqueurs des singes de la jungle. Il y en avait partout, qui se balançaient et sautaient par dizaines sur les toits.
— Que se passe-t-il ? demanda Hresh à Boldirinthe qui passait en brandissant une lance.
— Tu ne vois pas ce qui se passe ?
Weiawala, qui suivait Boldirinthe, s’arrêta et lui expliqua que les singes étaient arrivés en transportant des nids fins comme du papier qu’ils avaient fait éclater en les jetant par terre et d’où étaient sortis une nuée d’insectes d’un rouge luisant, armés de pinces tranchantes, qui s’étaient répandus dans tout le camp. Les insectes s’enfouissaient dans leur fourrure et leur infligeaient des blessures qui brûlaient comme un fer rouge. Il était impossible de les arracher et il fallait les extirper à l’aide d’un couteau. Les singes qui avaient envahi le camp poussaient des hurlements et des rires perçants en fracassant par terre les derniers nids. Toute la tribu s’efforçait de les repousser tout en chassant les insectes.
Il fallut plusieurs heures avant que le calme soit rétabli et personne ne demanda à Hresh ce qu’il avait fait. Dans le courant de la soirée, il vit Taniane assise à l’écart, le regard perdu dans le lointain. Quand Haniman s’approcha d’elle pour lui susurrer quelque chose à l’oreille, elle le repoussa avec humeur et quitta la pièce.
A mi-pente du Mont du Printemps se trouvait une saillie dentelée qu’Harruel utilisait souvent comme poste de guet quand il était en faction. L’éperon rocheux surplombait le flanc de la montagne comme une terrasse et, lorsqu’il levait la tête, il voyait la dépression que des troupes d’invasion arrivant par la montagne seraient obligées de franchir pour attaquer la ville. Quand il baissait les yeux, il voyait étalée en contrebas toute la cité de Vengiboneeza, comme un modèle réduit.
Il y demeurait pendant de longues heures, par tous les temps, juché sur la fourche d’un arbre énorme, à l’écorce luisante et aux feuilles rouges triangulaires. Depuis quelque temps, il recommençait à partir seul dans la montagne. Ses recrues, ses soldats, l’agaçaient au plus haut point et il percevait leur impatience, il sentait bien qu’ils ne croyaient plus à une attaque ennemie.
Harruel roulait le plus souvent de sombres pensées dans sa tête. Il avait le sentiment d’être englué dans une sorte de rêve où plus personne ne pouvait bouger. Les mois, les années s’écoulaient et il était prisonnier de la cité morte comme il avait été prisonnier du cocon. Avec cette différence que, dans le cocon, il lui importait peu que chaque jour fût exactement semblable au précédent, alors que maintenant il avait énormément de peine à réfréner son impatience devant le monde qui s’offrait à lui tout en demeurant juste hors de sa portée. Harruel était habité par la certitude qu’il était fait pour accomplir de grandes choses. Mais quand pourrait-il commencer à les accomplir ? Quand ? Quand ?