À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
Tout au long des interminables périodes de pluie, ces sentiments bouillonnaient en lui et devenaient intolérables. Il passait des journées entières dans l’arbre fourchu, trempé jusqu’aux os, remâchant sa rancœur. Il contemplait d’un regard noir le camp de la tribu, dans son petit coin de la cité, et se répandait en invectives contre les pleutres et les médiocres. Puis il relevait la tête vers le sommet de la montagne et hurlait des provocations à l’adresse de ces envahisseurs qui refusaient de se montrer. Tout ankylosé, le corps endolori, le crâne parcouru d’élancements, il descendait de temps en temps de son perchoir pour aller cueillir des fruits sur les arbres voisins. Il lui arriva aussi à plusieurs reprises d’attraper à mains nues quelque petit animal sauvage et de le manger tout cru après lui avoir brisé l’échine.
Il en vint même à passer une nuit entière dans son arbre, trempé par la pluie qui tombait à verse. A quoi bon rentrer chez lui ? Minbain était absorbée par le nouveau-né et elle repoussait toutes ses avances. La pluie avait au moins le mérite de refroidir sa colère.
Les premiers feux du soleil le surprirent dans son arbre et il tressauta comme s’il venait de recevoir une gifle. Il cligna des yeux et se redressa en se demandant où il était. Puis il se souvint qu’il avait passé la nuit dans l’arbre et qu’il avait dû s’endormir.
Encore mal réveillé, il crut distinguer sur sa gauche des casques à pointes dorées le long du bord dentelé de l’éperon rocheux. Les envahisseurs, enfin ? Mais non, ce n’étaient que les premiers rayons du soleil jouant sur les feuilles encore couvertes de gouttes de pluie.
Il se laissa glisser à terre et s’éloigna d’une démarche raide en direction de la cité pour chercher quelque chose à manger.
Il était à peu près arrivé à mi-chemin quand une silhouette apparut en contrebas. Il crut dans un premier temps qu’il s’agissait de Salaman ou de Sachkor qui avaient attendu que la pluie cesse pour partir à sa recherche. Mais, tandis qu’elle se rapprochait, il vit que c’était une femme. Plutôt une jeune fille. Grande et mince, elle avait une fourrure d’un noir étonnamment profond. Et Harruel finit par la reconnaître. C’était la jeune Kreun dont Sachkor était éperdument amoureux, la fille de la vieille Thalippa. Elle agita le bras en le voyant.
— Je cherche Sachkor ! Est-il avec toi ?
Harruel se contenta de la regarder, sans répondre. Il s’était accouplé un jour avec Thalippa, il y avait de nombreuses années de cela. Elle avait du tempérament, Thalippa, à l’époque. Elle lui avait labouré le dos avec ses griffes. Après tout ce temps, le souvenir de leur étreinte lui remontait à la mémoire. Il retrouvait son odeur à la fois suave et forte. Étonnant de retrouver cela, quinze ans après ! Quinze ans, la moitié d’une vie !
— Personne ne sait où il se trouve, poursuivit Kreun. Il a disparu depuis hier matin. Je suis allé chez les jeunes gens, mais il n’y est pas non plus. C’est Salaman qui m’a dit qu’il pouvait être dans la montagne avec toi.
Harruel haussa les épaules. En d’autres circonstances, cette disparition eût retenu son attention, mais il avait l’impression d’être sous l’emprise d’un charme.
— Cela fait si longtemps, Thalippa.
— Qu’est-ce que tu dis ?
— Viens. Approche-toi. Laisse-moi te regarder, Thalippa.
— Je suis Kreun. Thalippa est ma mère.
— Kreun ? répéta Harruel, comme si ce nom lui était inconnu. Ha ! oui, Kreun !
Il sentait une vive chaleur entre ses jambes et un engourdissement affreusement douloureux. Toutes ces journées — et maintenant une nuit entière — passées dans l’arbre, sous la pluie, pour veiller sur ces gens stupides et insouciants, pour les protéger contre un ennemi à la réalité duquel ils refusaient de croire. Et pendant ce temps, sa vie s’écoulait inutilement et le monde lui tendait en vain les bras.
— Qu’est-ce qui ne va pas, Harruel ? Tu as l’air bizarre.
— Thalippa…
— Je m’appelle Kreun !
Et elle commença à reculer, l’air apeuré.
Il ne pouvait pas donner tort à Sachkor de tant parler d’elle. Kreun était très belle, avec de longues jambes minces, une superbe fourrure noire et des yeux verts où brillait maintenant une lueur effrayée. Il s’étonnait de n’avoir jamais encore remarqué à quel point cette fille était belle. Certes, elle était encore très jeune et l’habitude n’était pas de regarder les filles tant qu’elles n’avaient pas atteint l’âge du couplage, mais c’était une merveille. Minbain était douce, tendre et chaude, mais ses plus belles années étaient maintenant derrière elle. Alors que Kreun était dans tout l’éclat de sa jeunesse…
Kreun s’arrêta, encore inquiète, mais ne sachant quelle attitude adopter. Harruel descendit vers elle. Quand il fut tout près, elle poussa un petit cri et essaya de s’enfuir, mais il projeta son organe sensoriel et la saisit à la gorge. Il la sentit frissonner et cela ne fit que redoubler son ardeur. Il l’attira vers lui sans difficulté, la saisit par les épaules et la força à s’allonger sur le ventre sur le sol mouillé.
— Non ! hurla-t-elle. Non, je t’en prie !
Elle essaya de se dégager en rampant, mais elle n’avait aucune chance contre lui. Il se laissa tomber sur elle de tout son poids et lui saisit les bras par-derrière. La brûlure de ses reins devenait insupportable. Quelque part au fond de lui-même une petite voix lui répétait que ce qu’il faisait était mal, qu’il ne fallait pas prendre une femme contre sa volonté et que les dieux le châtieraient pour cela. Mais Harruel était impuissant à lutter contre la rage et le désir qui s’étaient emparés de lui. Il appuya les cuisses contre la douce fourrure de la croupe de Kreun et la pénétra d’une violente poussée. Elle émit un long cri où se mêlaient la douleur et l’horreur.
— C’est mon droit ! commença à répéter inlassablement Harruel en donnant de grands coups de reins. Je suis le roi ! C’est mon droit !
10. Le fleuve et le précipice.
— C’est donc Lakkamai que tu as choisi, dit Koshmar.
C’était le troisième jour depuis la fin de la période des pluies.
Koshmar et Torlyri venaient de rentrer dans la maison qu’elles partageaient, après le repas du soir pendant lequel toute la tribu s’était réunie pour célébrer la cérémonie du Pourvoyeur. Toute la tribu sauf Sachkor, mystérieusement disparu, et dont ils essayaient en vain de retrouver la trace.
Torlyri, paresseusement allongée, se redressa d’un bond. Jamais Koshmar n’avait vu une telle expression sur son visage. Elle y lisait à la fois la peur et un sentiment de culpabilité auxquels s’ajoutait une pointe de défi.
— Tu es au courant ?
— Qui ne l’est pas ? fit Koshmar avec un petit rire aigre. Me prends-tu pour une enfant, Torlyri ? Cela fait plusieurs semaines que vous vous faites les yeux doux et tu arrives à mentionner le nom de Lakkamai dans une phrase sur deux alors que tu pouvais passer un an sans parler de lui…
La mine confuse, Torlyri baissa les yeux.
— Es-tu fâchée contre moi, Koshmar ?
— J’ai l’air fâchée ? Fâchée que tu sois heureuse ?
Mais au fond d’elle-même, Koshmar était beaucoup plus préoccupée qu’elle ne l’aurait imaginé. Elle savait depuis longtemps que quelque chose de ce genre allait arriver et elle s’était dit qu’il lui faudrait se montrer forte quand cela se produirait. Et maintenant que c’était arrivé, elle avait l’impression qu’un poids énorme pesait sur son cœur.