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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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A l’extrémité de chacune des branches de l’Arbre de Vie se trouvait une salle ronde et dans chacune de ces salles vivait une petite famille d’animaux dans ce qui devait être son cadre naturel, car il régnait dans certaines salles une sécheresse désertique alors que d’autres abritaient une végétation luxuriante. Il était possible de traverser l’Arbre de Vie d’une branche à l’autre sans nullement déranger les animaux.

Pendant toute la traversée du continent avec la tribu, Hresh n’avait rencontré aucune des espèces animales présentes dans l’Arbre de Vie, mais elles ressemblaient à certaines de celles qui étaient décrites dans le volume des chroniques intitulé le Livre des Animaux. Il ne pouvait donc s’agir que des espèces qui peuplaient la planète avant la venue des étoiles de mort, les habitants disparus de l’ancien monde.

Il vit d’énormes bêtes noir et rouge, à l’allure placide, armées de grosses cornes évasées comme des trompettes à leur extrémité et d’autres, aux longues pattes graciles, au pelage d’un jaune très clair, qui ouvraient de grands yeux étonnés, aussi larges que la main. Il vit aussi un étrange animal fauve, rayé de noir, juché sur quatre longues pattes décharnées, qui vivait sur un terrain marécageux et inclinait son long cou pour saisir d’un brusque coup de bec d’infortunées créatures vertes.

Il vit des animaux ronds comme des tambours dont le ventre bleu et distendu émettait des sons joyeux et retentissants ; d’autres ressemblant à des serpents et pourvus d’une triple tête ; et encore de petits animaux farouches, aux oreilles démesurées, dont le corps était couvert d’une mousse verdâtre et de feuilles, à tel point que Hresh n’aurait su dire s’il s’agissait vraiment d’animaux ou de plantes.

Il parcourut toutes les salles avec un émerveillement sans cesse renouvelé devant l’abondance et la variété des espèces. Mais une profonde tristesse le gagnait à l’idée que tous ces animaux avaient probablement disparu de la surface de la planète, à moins que quelqu’un eût songé à les abriter dans quelque cocon pour attendre la fin des siècles de froidure. Mais il en doutait. Ils avaient tous disparu, comme avaient disparu les yeux de saphir.

Dans une des salles proches de l’extrémité de l’Arbre de Vie il fit une nouvelle découverte qui le prit totalement au dépourvu. C’était un groupe d’animaux qui semblaient être de sa propre race et qui vivaient dans un lieu rappelant en miniature son ancien cocon tribal.

Même si, à première vue, ils lui ressemblaient beaucoup, ils n’étaient pas absolument pareils. En regardant attentivement, Hresh remarqua que leur organe sensoriel était plus fin et qu’il ne formait pas le même angle avec leur corps. Leurs oreilles étaient plus développées et placées plus en arrière sur la tête tandis que leur fourrure paraissait extraordinairement dense et rêche. Les adultes étaient plus petits que ceux de sa tribu et ils n’avaient pas un aspect aussi râblé. D’autre part, leur main formait avec le poignet un angle bizarre et ils avaient de longs doigts noirs, avec une paume d’un rouge vif et non pas rose comme la sienne.

Hresh sentit sa poitrine se serrer. La révélation était par trop accablante.

Il avait le sentiment de se trouver devant une ébauche du Peuple. La dissemblance était aussi forte que la ressemblance. Mais il n’y avait pas à nier la similarité. La parenté. Ils étaient de la même race, cela sautait aux yeux. Voilà donc à quoi ressemblait le Peuple à l’époque de la Grande Planète.

Le Livre des Animaux disait que Dawinno le Destructeur modifiait sans cesse la forme de tous les êtres vivants. Les changements étaient si minimes qu’on les remarquait à peine d’une génération à l’autre, mais sur la durée, les différences devenaient sensibles. Hresh en avait la preuve devant lui. La race qui était sortie des cocons à la fin du Long Hiver était fort différente de celle qui s’y était réfugiée quelque sept cent mille ans auparavant.

Mais derrière cette évidence se trouvait une autre vérité, encore plus cruelle. S’il avait pu refuser de la voir, il l’aurait fait, mais elle était trop éclatante.

Il ne faisait guère de doute que l’Arbre de Vie fût un emplacement où étaient rassemblés des animaux, sans doute pour le divertissement des habitants de Vengiboneeza. Il n’y avait pas de seigneurs des mers, pas de hjjk, pas de végétaux, aucun représentant des peuples civilisés de la Grande Planète. Il n’y avait que des animaux, de simples animaux. Et ses ancêtres étaient au nombre de ces animaux.

Tous les muscles du corps de Hresh frémissaient d’indignation, mais il lui fallait bien se rendre à l’évidence. Pas à pas, la cité du passé l’avait contraint à reconnaître ce qu’il niait depuis l’arrivée du Peuple à Vengiboneeza, à savoir qu’à l’époque de la Grande Planète ceux de sa race n’était pas considérés comme des humains, mais comme des animaux et qu’ils n’étaient pas du même rang que les Six Peuples. Des animaux supérieurs, peut-être, mais des animaux quand même, que l’on présentait au public au milieu de toutes les autres espèces animales de l’ancien monde.

Il était bouleversé, écrasé, anéanti. Pendant un long moment, il contempla en silence les êtres qui occupaient la salle. Pas les êtres, les animaux, ses ancêtres. Mais ils ne semblaient pas remarquer sa présence. Il n’était sans doute pas donné aux animaux peuplant l’Arbre de Vie de voir ceux qui venaient les regarder.

Hresh leur fît des signes, il frappa du poing sur la paroi transparente, il s’adressa à eux d’une voix rauque et brisée.

— Je m’appelle Hresh ! Je suis votre frère ! Je suis venu vous annoncer une bonne nouvelle : ce sont les descendants de vos descendants qui hériteront de la planète !

Mais les mots ne sortaient qu’à grand-peine de sa bouche et les occupants de la salle ne levèrent pas une seule fois la tête vers lui.

Il se résigna enfin à s’éloigner et à abandonner l’Arbre de Vie. Il vit la Citadelle verte des Faiseurs de Rêves, tapie au sommet de son éminence et eut l’impression que le sinistre édifice lançait dans sa direction le feu de mille soleils. Il se détourna en titubant. C’était un lieu qui appartenait aux humains. C’était leur temple, leur hôtellerie, leur point de rencontre. C’était leur lieu. Un lieu réservé aux humains. Et quoi que nous en pensions, songea-t-il, nous ne sommes pas des humains.

Une fois de plus, il entendit résonner dans sa tête le rire hideux et sifflant des sentinelles artificielles.

Petit singe. Petit singe. Ne vous prenez jamais pour des humains.

Hresh laissa la vision s’effacer peu à peu et il remonta de l’antique Vengiboneeza avec l’énergie désespérée de qui entrevoit la surface après avoir failli se noyer.

A son retour au camp, il ne dit pas un mot de son expérience à quiconque, y compris à Taniane. Mais il avait l’impression d’être étrangement transparent. Elle l’observait de loin, avec un regard distant et voilé, comme si elle avait voulu lui dire : Il y a un terrible secret que tu n’oses pas partager avec moi, mais je le connais déjà. Hresh était si bouleversé et si malheureux qu’il s’isola pendant plusieurs jours et lorsqu’il parla de nouveau à Taniane, ce ne fut que pour échanger de prudentes banalités. Il se sentait absolument incapable de supporter autre chose et elle semblait le comprendre.

Quelques jours plus tard, les singes de la jungle lancèrent un nouvel assaut contre le camp. Avec des cris suraigus, ils fracassèrent les fenêtres, firent éclater par terre des nids d’insectes et bombardèrent leurs ennemis de boue séchée et d’excréments. Hresh sentit monter en lui une rage folle doublée d’un profond dégoût. Tout son être se révoltait à l’idée que le Peuple et ces animaux répugnants pouvaient être apparentés. Mais quand il vit Staip et Konya grimper sur un toit et embrocher une demi-douzaine d’assaillants, il se détourna en frissonnant, refoulant ses larmes, incapable d’assister au massacre. Il ne savait plus que penser. Il avait l’impression de ne plus rien comprendre.

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