À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Nous sommes ici tous les deux et je vois le passé tout autour de moi, dit-il enfin d’une voix très lointaine. Je vois la Vengiboneeza d’antan. La Vengiboneeza de la Grande Planète.
Sa voix était étrangement voilée et sa lèvre inférieure tremblait. Il leva la tête et plongea pour la première fois les yeux au fond de ceux de Torlyri. La femme-offrande découvrit l’étrangeté de ce regard et elle y lut une peur qu’elle n’y avait jamais vue.
— Tu sais, Torlyri, poursuivit Hresh, il m’arrive de ne pas savoir où je suis. Ni à quelle époque. La cité antique recouvre celle-ci comme un masque. Elle se soulève comme une vision, comme un rêve. Et cela me fait peur. Tu sais, Torlyri, je n’ai jamais eu vraiment peur avant cela. Tout ce que je veux, c’est apprendre. Il n’y a pas de quoi être effrayé de vouloir apprendre. Mais parfois, quand je pars dans la ville, je vois des choses… des choses… La ville antique reprend vie devant moi et elle recouvre la ville en ruine comme un masque doré, un masque d’une beauté qui me terrifie. Et quand je retrouve la ville en ruine, c’est elle qui recouvre à son tour la ville antique comme un crâne enveloppe une tête.
— Hresh, dit doucement Torlyri en le serrant contre sa poitrine.
— Je veux apprendre, Torlyri. Tout apprendre sur tout ce qui a jamais existé. Mais parfois, je découvre des choses…
Il se dégagea de l’étreinte de la femme-offrande et s’écarta de quelques pas. Puis il lui tourna le dos, le regard fixé sur la montagne.
— Nous pourrions peut-être choisir un autre jour pour ton premier couplage, dit-elle après quelques instants de silence.
— Non. C’est aujourd’hui le jour.
— Mais aujourd’hui ton âme est profondément troublée.
— Qu’importe ! Nous le ferons aujourd’hui.
— Mais si ton attention est détournée par autre chose, tu n’auras pas l’esprit libre pour le couplage…
— Je me sens déjà plus calme, dit Hresh. Depuis que je suis près de toi. Depuis que je te parle.
Il pivota sur lui-même pour lui faire face et se redressa.
— Viens, Torlyri, dit-il d’une voix soudain grave et vibrante de détermination. Viens. Il se fait tard et nous avons des choses importantes à accomplir.
— Tu penses vraiment que nous devrions le faire ?
— Absolument !
— Mais t’es-tu préparé comme il convenait ? As-tu fait tout ce que tu étais censé faire ?
— Arrête ! dit Hresh avec un grand sourire.
Il paraissait d’un seul coup alerte, impatient, plein de vivacité.
— Alors, Torlyri, tu m’emmènes dans ta salle de couplage ? Mon jour de couplage est arrivé ! Me pardonneras-tu de l’avoir oublié ? Tu sais que j’ai énormément de choses auxquelles penser. Mais oublier son propre jour de couplage ! Viens m’initier à cet art, Torlyri ! Toute ma vie, j’ai attendu ce jour !
Il donnait l’impression, en quelques instants, d’être sorti d’un étrange sommeil, ou d’avoir recouvré la santé. La tristesse et la confusion qui emplissaient son esprit semblaient avoir disparu d’un coup. Torlyri se demanda si c’était bien vrai ou s’il faisait semblant. Mais il semblait réellement être redevenu lui-même, le Hresh exubérant et impatient qu’elle connaissait, Hresh-le-questionneur, toujours avide de nouvelles expériences. Peut-être avait-il eu, ce matin-là, une expérience de trop dans l’antique Vengiboneeza. Mais le voile de tristesse qui enveloppait son âme semblait maintenant s’être dissipé.
Torlyri avait pourtant encore des doutes.
— Il n’y aurait aucun mal à attendre une journée de plus, dit-elle.
— Non, Torlyri. C’est pour aujourd’hui.
En souriant, elle l’étreignit de nouveau. Hresh était irrésistible. Comment aurait-elle pu refuser ?
— Alors, viens avec moi. C’est aujourd’hui le grand jour.
A l’époque du cocon, le couplage n’avait lieu que dans des salles spéciales, situées un peu à l’écart de la vaste salle d’habitation. Cet acte d’union intime ne pouvait être accompli que dans la plus grande intimité, contrairement à l’accouplement qui, le cas échéant, pouvait se dérouler au vu et au su des autres.
Mais depuis que le Peuple s’était installé à Vengiboneeza, cette coutume ancestrale était tombée en désuétude et le couplage avait lieu soit dans les différentes chambres des membres de la tribu, soit dans quelque bâtiment abandonné de la cité où ils ne risquaient guère d’être dérangés. Mais le premier couplage était un moment important et délicat à l’usage duquel Torlyri avait réservé une salle située dans le sous-sol du temple, où elle était à l’abri des intrus. C’est vers cette salle qu’elle conduisit Hresh.
Au moment où ils pénétraient dans le temple, la silhouette élancée de Kreun sortit de l’ombre de la chapelle de Mueri. Quand elle fut tout près d’eux, elle s’arrêta et se tourna vers Torlyri, comme si elle s’apprêtait à lui dire quelque chose. Mais, incapable de proférer une parole, elle émit une sorte de long sanglot et s’éloigna précipitamment. En quelques secondes, elle eut disparu.
Torlyri secoua longuement la tête. Kreun se conduisait d’une manière très bizarre depuis déjà plusieurs semaines. Certes, elle devait être profondément bouleversée par la disparition de Sachkor, dont personne n’avait trouvé la moindre trace, bien que Hresh, avec l’aide de la Pierre des Miracles, eût été en mesure d’établir qu’il était encore vivant, sans pour autant savoir où il se trouvait. Mais le mutisme dans lequel elle se retranchait était franchement inquiétant et le chagrin seul ne semblait pouvoir en justifier la profondeur. Du matin au soir elle broyait du noir et s’enfermait dans un silence farouche. Elle demeurait seule et pleurait sans arrêt. Cela n’avait que trop duré. Torlyri décida de la prendre à part dès que possible pour la soulager de ce poids qui l’accablait.
Mais pas ce jour-là. Il appartenait à Hresh.
Une de ces larges rampes tournantes dont les architectes aux yeux de saphir étaient si friands menait à la salle de couplage de Torlyri. Des grappes de phosphobaies dispensaient une faible lumière orangée tout le long de la rampe.
— J’ai beaucoup pensé aux dieux, Torlyri, déclara brusquement Hresh au moment où ils s’engageaient sur la rampe.
Torlyri ne s’attendait pas à cela. Hresh aurait dû concentrer toute son attention sur le couplage et non penser à ce genre de chose. Mais, tout compte fait, cela n’avait rien de si étonnant. Hresh faisait rarement ce qu’on attendait et elle était souvent prise au dépourvu par ce qu’il disait.
— C’est vrai ? demanda-t-elle doucement.
— Au cours de mes explorations, j’ai découvert une machine des anciens qui m’a permis de voir des animaux vivant à l’époque de la Grande Planète. Certains ressemblaient beaucoup aux animaux d’aujourd’hui, mais, en même temps, ils étaient différents. Tout ceux qui ont survécu aux rigueurs du Long Hiver ont subi de nombreuses modifications, imperceptibles ou profondes.
— Peut-être, dit Torlyri en se demandant où il voulait en venir.
— J’ai cherché à savoir lequel des dieux est responsable de ces changements, poursuivit Hresh et je pense que c’est Dawinno. C’est bien lui qui transforme tous les êtres vivants au fil du temps ? C’est bien lui qui crée de nouvelles formes à partir des anciennes ?
Torlyri s’arrêta et considéra Hresh d’un air profondément perplexe. Ce n’était encore qu’un enfant et il roulait déjà dans sa tête des pensées de ce genre. Ce Hresh était vraiment unique !
— En effet, dit prudemment Torlyri, c’est Dawinno qui supprime l’ancien pour faire du nouveau.
— Il crée le nouveau à partir de l’ancien !
— C’est ainsi que tu vois les choses, Hresh ?