Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Un autre homme vint se joindre au groupe rassemblé près du bol de punch. Le nouveau venu, taillé comme un bloc et à l’étroit dans son habit, avait un teint richement coloré par le plein air plutôt que par la boisson et des yeux clairs nichés dans un réseau de rides. Un ranchero ; Roland avait suffisamment chevauché en compagnie de son père pour les reconnaître à l’allure.
— Des filles, à la pelle qu’vous pourrez en rencontrer ce soir, les gars, dit le nouvel arrivant, avec un sourire des plus amicaux. Leur parfum va vous griser, si vous y prenez point garde. J’aimerais tenter ma chance avant qu’vous fassiez leur connaissance. Fran Lengyll, pour vous servir.
Sa poignée de main était ferme et énergique ; aucun salut ou autre absurde politesse ne l’accompagnait.
— Le Rocking B m’appartient… ou plutôt, c’est moi qui lui appartiens, suivant comment on veut voir les choses. J’suis aussi le patron de l’Association du Cavalier (du moins tant qu’on m’en vire pas). C’est moi qui ai eu l’idée du Bar K. J’espère que ça vous botte.
— C’est parfait, monsieur, dit Alain. Propre, au sec et de la place pour vingt. Merci à vous. Vous vous êtes montré trop aimable.
— Bêtises que cela, fit Lengyll, semblant ravi tout de même tandis qu’il éclusait un verre de punch. On est tous embarqués dans la même galère, mon gars. John Farson n’est, qu’un méchant fétu de paille dans la meule de mauvaiseté des temps présents. Le monde a changé, à ce qu’on dit. Hum ! Si fait, il a changé et en bonne voie sur le chemin de l’enfer qu’il est ! Notre boulot, c’est d’empêcher que le foin tombe dans la fournaise autant qu’on peut, aussi longtemps qu’on peut. Au nom de nos enfants encore plus qu’à celui de nos pères.
— Oyez, oyez, fit alors le Maire Thorin d’une voix qui s’efforçait de tendre au sublime et s’abîmait à la place dans la fatuité.
Roland observa que le vieillard décharné agrippait l’une des mains de Susan (mais, les yeux rivés sur Lengyll, elle semblait ne pas s’en apercevoir), et soudain, il comprit : le Maire était soit son oncle soit un cousin germain. Lengyll les ignorait tous deux, son attention tournée entièrement vers les trois nouveaux venus, qu’il scruta chacun à son tour pour finir par Roland.
— Tout ce qu’nous autres à Mejis, on pourra faire pour vous aider, mon gars, t’auras qu’à me le demander à moi ou à John Croydon, Hash Renfrew, Jake White, Hank Wertner, à chacun comme à tous. Vous les rencontrerez ce soir, si fait, leurs femmes, leurs fils et leurs filles aussi, vous aurez qu’à demander. On a beau être ici à une sacrée trotte du moyeu central de la Nouvelle Canaan, on en est pas moins fortement en faveur de l’Affiliation. Si fait, très fortement.
— Bien parlé, fit tranquillement Rimer.
— Et maintenant, on va porter un toast pour fêter votre arrivée comme il sied, dit Lengyll. Vous avez déjà que trop attendu de goûter au punch. Vous devez m’avoir le gosier ensablé.
Se tournant vers les bols de punch et écartant l’échanson de la main, il s’empara de la louche dans le plus grand et magnifique des deux, voulant clairement leur faire l’honneur de les servir lui-même.
— Messire Lengyll, dit Roland calmement, mais avec une nuance de commandement dans la voix ; Fran Lengyll la perçut et se retourna.
— Le bol plus petit est celui sans alcool, n’est-ce pas ?
Lengyll rumina cela, ne comprenant pas d’emblée. Puis il haussa le sourcil. Pour la première fois de la soirée, il parut considérer Roland et ses compagnons non comme des symboles vivants de l’Affiliation et des Baronnies Intérieures, mais comme des êtres de chair et de sang. Des jeunes gens. De simples garçons, si on allait par là.
— Si fait ?
— Si vous vouliez bien avoir l’amabilité de puiser nos punchs dans ce bol-là.
Roland sentait tous les yeux fixés sur eux à présent. Les siens en particulier. Il maintint son regard fermement attaché à celui du ranchero, tout en jouissant d’une bonne vision périphérique, et il fut parfaitement conscient que le léger sourire de Jonas avait refait surface. Ce dernier savait déjà de quoi il retournait. Roland supposa que Thorin et Rimer aussi. Ces rats des champs en savaient plus long. Plus long qu’ils n’auraient dû, et il lui faudrait réfléchir à tout ça, à tête reposée. Pour l’heure, c’était le cadet de ses soucis.
— Nous avons oublié les visages de nos pères d’une manière qui n’est pas sans rapport avec notre envoi à Hambry.
Roland eut l’impression inconfortable d’entamer un discours, que ça lui plaise ou non. Il ne s’adressait pas — les dieux soient remerciés de cette petite attention — à toute l’assemblée, mais au cercle restreint d’auditeurs d’origine qui s’était passablement étoffé. Cependant, il n’avait pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout et à bon port, maintenant que le bateau était lancé.
— Je vous épargnerai les détails — que vous n’attendez pas que je vous fournisse, d’ailleurs —, mais je dois vous avouer que nous avons promis de ne pas nous autoriser un seul verre de spiritueux pendant notre séjour ici. En guise de pénitence, vous comprenez.
Son regard à elle. Il pouvait encore le sentir sur sa peau, semblait-il.
Il y eut un instant de silence complet au sein du petit groupe qui entourait les bols de punch, puis Lengyll déclara :
— Votre père serait fier de vous entendre parler avec autant de franchise, Will Dearborn — si fait. Mais quel gars de bonne trempe ne déplace point un peu d’air et ne fait du tapage de temps en temps ?
Il frappa sur l’épaule de Roland et, malgré sa poigne ferme et l’apparente sincérité de son sourire, il était difficile de déchiffrer son regard — on ne pouvait faire tout au plus que de vagues conjectures — tapi derrière plusieurs couches de rides.
— Puis-je être fier de vous à sa place ?
— Oui, fit Roland, lui souriant en retour. Je vous en remercie.
— Moi aussi, dit Cuthbert.
— Moi de même, ajouta Alain tranquillement, prenant la coupe de punch sans alcool que lui tendait Lengyll, devant lequel il s’inclina.
Lengyll remplit d’autres coupes et les passa rapidement à la ronde. Ceux déjà servis furent prestement délestés des leurs qu’on remplaça par de nouvelles, pleines de punch sans alcool. Tous les membres du petit cercle une fois servis, Lengyll se retourna, dans l’intention apparente de porter le toast lui-même. Rimer lui tapa sur l’épaule, faisant un léger non de la tête, et lui désigna le Maire des yeux. Cet honorable personnage les contemplait d’un œil plutôt rond, la mâchoire quelque peu pendante. Il fit penser à Roland à un Enfant du Paradis passionné par le mélodrame qui se joue sous ses yeux : ne lui manquaient que les pelures d’orange sur les genoux. Lengyll surprit le regard du Chancelier et acquiesça.
Rimer lança ensuite un coup d’œil au guitariste qui se trouvait au milieu de l’estrade. Il s’arrêta de jouer, imité par ses camarades. Les regards des invités convergèrent vers les musiciens, avant de revenir vers le centre de la pièce quand Thorin commença à discourir. Sa voix n’avait rien de ridicule quand il l’employait à l’usage qu’il en faisait à présent — elle était plaisante à entendre et portait bien.
— Gentes dames et messires, mes amis, dit-il. J’aimerais que vous vous joigniez à moi pour souhaiter la bienvenue à nos trois nouveaux amis — des jeunes gens issus des Baronnies Intérieures, de vaillants jeunes gens qui ont parcouru de grandes distances et bravé maints périls au nom de l’Affiliation et au service de l’ordre et de la paix.