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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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Parti du fait fondamental et vrai, le romancier en tire des conséquences à sa guise, et c’est là que commence le roman.

C’était-à-dire, pour beaucoup de gens, le mensonge; pour d’autres, la déduction logique des événements.

Nous ne craignons pas de dire que l’imagination blessée de toute mère à qui on a ravi son enfant invente en une semaine plus de romans que l’habileté du plus fécond romancier n’en saurait trouver en dix années.

Madame de Chaves reçut le soir même par la poste la lettre de la somnambule. Il y avait en elle, en ce moment, une inquiétude qui se rapportait à un danger tout personnel; madame de Chaves, nous le savons, n’ignorait rien de la sauvage et bizarre nature de son mari.

Elle connaissait vaguement, mais suffisamment, l’histoire de celle qui, avant elle, avait porté ce titre et ce nom: duchesse de Chaves.

Elle lut la lettre au milieu d’une certaine préoccupation, non point qu’elle eût peur, car elle était brave comme toutes celles qui ont terriblement souffert, mais parce qu’elle tenait, comme d’autres s’accrochent au dernier amour, à la faible espérance qui était désormais toute sa vie.

Car telle nous l’avons vue autrefois dans la chambrette de la rue Lacuée, à genoux devant le berceau vide de Petite-Reine, telle Lily était restée après tant de temps écoulé.

Sa fille! il n’y avait en elle que sa fille. En dehors de ses regrets et de ses espoirs qui avaient sa fille pour objet, vous eussiez trouvé dans sa poitrine le cœur d’une morte.

Elle jeta la lettre qu’on lui avait apportée dans sa chambre à coucher, et se reprit à songer à cette rencontre bizarre: monsieur le duc de Chaves, cet homme sombre et froid, montant les degrés qui conduisaient à un théâtre forain.

C’était fort surprenant, mais, en somme, la conduite de monsieur le duc intéressait Lily médiocrement, et ce qui lui restait de cette aventure c’était le singulier regard que monsieur de Chaves avait jeté sur elle.

Monsieur de Chaves était à Paris quoiqu’il eût annoncé hautement son départ, et monsieur de Chaves, avant son absence, lui avait fait comprendre, avec douceur et courtoisie, que les assiduités du jeune Hector de Sabran pouvaient présenter un danger.

S’il était une femme au monde dans l’existence de laquelle le roman débordât, c’était assurément madame de Chaves. Depuis l’heure de sa naissance, en quelque sorte, le roman ne l’avait jamais quittée, quoiqu’il n’y eût pas un atome de tendance romanesque dans son esprit, ni dans son cœur.

Elle avait passé au milieu de tout cela, portée par les événements, et n’avait jamais eu qu’une passion profonde, son amour pour sa fille.

Justin lui-même ne lui laissait qu’un souvenir doux et tranquille.

Mais le roman la pressait de toute part. Et en ce qui regardait sa position vis-à-vis de son mari demi-sauvage, c’était un roman bien connu, une légende, un conte d’enfant: l’histoire de Barbe-Bleue.

Monsieur le duc n’était pas homme à chercher des intrigues subtiles. Il aimait avec une brutalité folle. Lily avait la conviction qu’il s’était débarrassé de sa première femme pour l’épouser, elle, Lily.

Elle pensait, tout en se disant: c’est impossible! qu’il pourrait prendre le même moyen pour épouser une autre femme.

Elle ne l’avait jamais aimé. Elle avait pour lui la répugnance terrifiée des enfants prisonniers de l’ogre. Elle s’était résignée à cette torture de vivre près d’un pareil homme, parce qu’elle avait vu dans ce sacrifice le moyen de retrouver Justine.

Elle eût fait plus encore, si une épreuve plus dure se fût présentée à elle.

Du reste, monsieur le duc de Chaves l’avait aimée passionnément pendant plusieurs années, et jusqu’à ces derniers temps, elle avait gardé sur lui un remarquable empire.

Il était fier de sa beauté. Il éprouvait à chaque instant de ces mouvements de jalousie qui enchaînent, et pour le garder esclave, Lily, soutenue par la pensée qu’elle travaillait pour sa fille, avait parfois surmonté un sentiment qui était plus que de la froideur.

Le duc alors redevenait l’amant agenouillé des premiers jours.

Au bois et dans les fêtes de la haute vie, en voyant passer cette femme si noblement fière, souriante et, en apparence, heureuse d’être partout la reine de beauté, vous n’eussiez jamais deviné la plaie incurable de son âme.

Monsieur le duc de Chaves, de son côté, avait accompli loyalement au moins une partie du pacte conclu. Sa fortune avait toujours été à la disposition de Lily, dès qu’il s’était agi de chercher Petite-Reine.

Il n’avait menti qu’une fois, quand il avait donné à penser à la jeune mère que sa fille était partie pour l’Amérique.

Et s’il avait menti, c’était pour emporter l’objet de sa passion comme une proie.

Lily, seule dans sa chambre, repassait en elle-même ces événements lointains, mais la lettre mystérieuse, à son insu, prenait déjà sa pensée.

Souvenons-nous que, même avant d’avoir reçu cette lettre, elle avait dit à Hector, superstitieuse comme toujours les martyres: «Si cette somnambule retrouvait le bracelet, elle pourrait aussi retrouver l’enfant…»

La lettre était sur la table de nuit. Madame la duchesse de Chaves se prit à la regarder. Matériellement, cette lettre sentait l’endroit d’où elle venait: c’était un papier grossièrement parfumé, dans une enveloppe timbrée avec prétention.

Madame de Chaves la prit et la relut. Elle fut frappée, ou plutôt blessée par la niaise emphase de son contenu. Ces phrases, coupées avec une majesté sibylline, lui sautèrent aux yeux comme une ridicule mystification.

Et pourtant elle la relut non pas une fois, mais dix fois.

Le roman! le roman, stupide ou non, la menace qu’on ne comprend pas, la promesse mystérieuse!

Je ne sais pas d’homme au monde qui puisse recevoir, sans émotion, la prière de passer chez un notaire inconnu.

C’est là le roman, c’est là son prestige, c’est là ce qui mène les trois quarts de la vie des trois quarts d’entre nous!

Et si je voulais aller au fond des choses, je dirais que, quand le roman entre une fois dans la vie, plus il est absurde plus il devient entraînant.

D’ailleurs, il y avait quelque chose dans cette lettre. On avait découvert le nom de madame de Chaves et son adresse qu’elle avait cru tenir cachés; on avait retrouvé le bracelet; on avait fait bien plus: on avait deviné, et c’était magie, la secrète préoccupation de son cœur.

Car cet objet, plus cher et plus cruellement regretté, auquel on faisait allusion, que pouvait-il être, sinon sa fille elle-même?

Elle se mit au lit en songeant à la lettre.

Elle voulut s’endormir; la lettre la poursuivit comme une tyrannie.

Et, chose singulière, parmi les énigmes que la lettre proposait, les plus obsédantes pour sa pensée n’étaient pas celles dont l’exposé du moins se comprenait.

Son adresse devinée, le bracelet retrouvé, l’allusion faite au sort de sa fille, tout cela s’évanouit peu à peu pour céder la place à ce problème, idiot dans ses termes: monsieur le marquis de Rosenthal se présentant à l’hôtel, sous le nom de Renaud, ancien employé de la police.

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