La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Telle est, dans toute sa saveur, l’édifiante histoire de Ruth, modèle des brus bibliques, et de Noémi, la crème des belles-mères. On aura admiré, en passant, la générosité de Booz, ce vieux propriétaire très puissant et fort riche, qui, aussitôt que Ruth lui eut tapé dans l’œil, lui accorda le pain de la table de ses moissonneurs, en l’autorisant à le tremper dans du vinaigre, afin qu’il fût moins sec. Les critiques trouvent bizarre que Booz, au lieu d’aller coucher dans sa chambre, se soit étendu, pour dormir, la nuit, contre un las de gerbes, dans l’aire, comme font les manœuvres après la moisson; mais ils trouvent plus bizarre encore, et d’un goût extrêmement douteux, que Ruth se soit glissée dans la couche de Booz, ainsi que le raconte l’auteur sacré comme une chose toute naturelle et sans la moindre vergogne. Si ce Booz, disent-ils, devait, en qualité de parent, épouser cette Ruth, le devoir de Noémi, qui lui tenait lieu de mère, était de faire honnêtement la proposition de mariage; elle ne devait pas persuader à sa bru de faire un métier de gourgandine. De plus, Noémi devait savoir qu’il y avait un parent plus proche que Booz: c’était donc à ce parent plus proche que l’on devait s’adresser.
Enfin, on sait que les chrétiens font descendre Jésus de David, et, par conséquent, de Booz et de Ruth; la prostitution et l’inceste se trouvent ainsi à profusion dans le sang que Dieu choisit pour s’incarner. Booz descend en droite ligne de Pharès, né de l’inceste de Thamar se livrant à son beau-père Juda, en faisant la prostituée; en outre, Booz est fils de Salmon et de Raab, la prostituée de Jéricho. Quant à Ruth, elle descend de Moab, né de l’inceste de Loth avec sa fille aînée. Voilà donc des ancêtres d’élite pour un Messie! voilà un sang fort honorable pour un Dieu se faisant homme!
Mais le plus amusant pour l’observateur, c’est de constater qu’en dictant le livre de Ruth le divin pigeon n’a pas pris garde qu’il laissait percer la mystification de toutes ses dictées. En effet, entre Salmon, époux de Raab, et Isaï, père de David, il n’y a, dans l’ordre généalogique, que Booz et Obed. Or, Raab et Salmon sont contemporains de Josué; Raab n’a été épousée par Salmon qu’après la prise de Jéricho, c’est-à-dire après le passage du Jourdain. D’autre part, en suivant la chronologie de la Bible, nous allons voir qu’Obed vécut du temps du grand-prétre Héli, et que le successeur d’Héli, Samuel, vécut en même temps qu’ Isaï; le gouvernement des Juges va finir avec Samuel, qui instituera le premier roi, Saül, prononcera ensuite sa déchéance et sacrera David. Au point de vue du temps vécu par les héros bibliques, le livre de Ruth détruit donc complètement le livre de Josué et le livre des Juges; car il est matériellement impossible qu’il y ait eu, d’un côté, cette longue série de vicissitudes si diverses du peuple hébreu, ces gouvernements victorieux, ces servitudes d’une durée énorme et si multipliées, ces délivrances suivies de périodes de paix se chiffrant par un nombre considérable d’années, l’ensemble donnant un total de quatre cent quatre-vingts ans depuis le passage du Jourdain jusqu’à la mort de Samson, et qu’il n’y ait eu, d’un autre côté, parallèlement, que Salmon, vivant lors de la prise de Jéricho, et son fils Booz, contemporain de Samson.
11. Histoire de Samuel, avant la royauté
En ce temps-là, il y avait à Ramathajim-Tsophim (ou Rama tout court) un homme, nommé Elcana, qui était à la tête de deux femmes, aussi légitimes l’une que l’autre, Anne et Péninna. Or, la première ne pouvait avoir d’enfants, et tous les jours c’étaient des scènes à tout casser entre les épouses de l’honorable bigame; car Péninna, qui était aigre comme du vinaigre, piquait Anne au vif, en se moquant de sa stérilité.
Anne, pour en finir, se résolut à faire un pèlerinage, sans doute après avoir consulté quelque pieux ermite; car Rama était dans le proche voisinage de la montagne d’Ephraïm, à qui ses lévites ont acquis un impérissable renom. Mais où aller pèleriner? Evidemment, l’ermite consulté ne s’était pas jugé assez saint pour pouvoir attirer sur Anne les bénédictions de Jéhovah.
Quoi qu’il en soit, la Bible nous apprend que l’arche divine se trouvait alors à Scilo, sous la garde du grand-prêtre Héli et de ses deux fils, Ophni et Phinées (ne pas confondre avec le Phinées, fils d’Eléazar). Donc, Elcana et sa famille partirent pour Scilo.
On suppose à bon droit qu’Anne la stérile se mit joyeusement en route, mais que Péninna la féconde ne dut pas quitter Rama sans quelque regret, attendu que les mauvaises langues lui prêtent un cousin germain avec qui elle était dans les meilleurs termes. Toutefois, la gaîté d’Anne ne paraît pas avoir été de longue durée. En effet, une fois à Scilo, s’il faut en croire l’auteur sacré,
«quand Anne se rendait au temple de l’Éternel, Péninna l’offensait toujours de la même manière, et Anne recommença de pleurer, et elle ne mangeait point. Elcana son mari lui disait: Anne, pourquoi pleures-tu, et pourquoi t’abstiens-tu de manger? ne te vaux-je pas mieux que dix fils?» (Premier livre de Samuel 1:7-8)
«Après qu’elle eût mangé et bu à Scilo, elle se leva. Or, le grand-prêtre Héli était assis sur un siège, auprès d’une des colonnes du tabernacle de l’Éternel. Anne donc, ayant le cœur plein d’amertume, pria Jéhovah, en répandant des torrents de larmes. Elle fit ce vœu: O Sabaoth, dieu des armées, si tu daignes regarder l’affliction de ta servante, si tu me donnes un enfant mâle, je te le donnerai pour tous les jours de sa vie, et jamais aucun rasoir ne passera sur sa tête. Mais, en disant cela, Anne se bornait à parler dans son cœur; le grand-prêtre, qui l’observait, voyait seulement remuer ses lèvres, et il se dit: Cette femme est ivre. Alors, il l’interpella en ces termes: Quand auras-tu fini d’être saoûle? Allons, va cuver ailleurs ton vint» (v. 9-14)
Cependant, sous cette dure apostrophe, Anne ne perdit pas la carte; elle expliqua qu’elle n’était pas ivre du tout, «n’ayant bu ni vin ni cervoise», et Héli, voyant sa méprise, s’intéressa aussitôt à l’infortunée. On sait comment s’opèrent les miracles du genre de celui sollicité par Anne; le procédé s’est perpétué jusqu’à nos jours: aussi, il est aisé de se rendre compte de ce qui se passa. Avec l’autorisation d’Elcana, mari dévot, Héli ne manqua pas d’engager la stérile épouse à venir un moment dans le sanctuaire réservé. Anne éprouvait bien quelques hésitations; son mari lui-même la rassura. Va, lui dit-il, va avec le monsieur, il te fera toucher quelque talisman sacré, et je te réponds que tu t’en trouveras bien. Anne fut donc admise à voir de près le Saint des saints.
Puis, comme le séjour de son épouse dans le sanctuaire tirait un peu en longueur, Elcana s’en fut s’asseoir sous la colonnade extérieure du temple. Enfin, l’épouse chérie reparut, amenée par Ophni et Phinées, fils du grand-prêtre, lesquels étaient rayonnants; ils assurèrent au bon Elcana que bien certainement cette fois l’Éternel avait inondé Anne de sa grâce toute-puissante.
Neuf mois après, le ménage d’Elcana s’augmentait d’un gros bébé rose, auquel on donna le nom de Samuel. Anne, qui était dans la jubilation, renouvela son vœu de ne jamais couper même une petite mèche à la chevelure de cet enfant tant désiré. Point n’est besoin d’être sorcier pour deviner que, de temps en temps, le grand-prêtre Héli venait rendre visite au moutard, pour lequel il avait une affection toute particulière; car il était, disait-il, le témoignage vivant de la puissance de l’Éternel.
Quand Samuel fut en âge d’entrer au service du Seigneur, Anne le conduisit à Héli, et il fut décidé que le gamin serait consacré à Dieu. On l’investit des fonctions d’enfant de chœur, spécialement préposé à la garde du tabernacle. Le grand-prêtre donna à la mère sa parole de curé-prophète que l’adolescent était destiné à d’extraordinaires choses.