La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
La chère Anne fut si contente, qu’elle improvisa un cantique, inséré tout au long dans le chapitre 2; le lecteur me dispensera de le reproduire, c’est du rabâchage archi-fastidieux.
Par contre, on ne saurait passer sous silence les versets rutilants d’indignation, par lesquels l’Esprit-Saint, inspirateur de l’écrivain biblique, flétrit la conduite des sieurs Ophni et Phinées, qui, tout à fait mauvais garnements, faisaient ripaille au préjudice de maître Jéhovah.
«Les fils d’Héli, est-il dit en toutes lettres, étaient des scélérats, et ils méprisaient l’Éternel; car, lorsque quelqu’un du peuple avait fourni la victime dont le sacrifice était dû à Jéhovah, ces sacrificateurs impies, au moyen d’une longue fourchette à trois dents, piquaient dans la marmite sacrée et prélevaient ainsi à leur profit les meilleurs morceaux. Ils en agissaient de la sorte constamment, tandis que les Israélites venaient pour les holocaustes à Scilo. Même avant qu’on fît fumer la graisse, leur valet, envoyé par eux, disait à tout homme qui s’apprêtait à sacrifier: Donne-moi de la bonne viande à rôtir pour les sacrificateurs. Et si l’homme répondait: Qu’on fasse fumer d’abord la graisse; après quoi, tu prendras de la viande autant que tu voudras; alors le valet d’Ophni et de Phinées disait: Donne tout de suite ce que je te demande; sinon, je te le prendrai de force. Ainsi le péché des fils d’Héli était énorme, et le courroux de l’Eternel s’amassait plus grand chaque jour» (2: 12-17)
Ce n’était pas tout: «les fils d’Héli couchaient avec toutes les femmes qui venaient prier à la porte du tabernacle» (v. 22). Le grand-prêtre n’ignorait pas ces épouvantables impiétés; mais il les tolérait par faiblesse.
Et, tout en manifestant cette belle indignation, la Bible nous raconte, dans le même chapitre, que la mère de Samuel venait voir régulièrement son fils à Scilo.
«Le jeune Samuel, ceint d’un éphod de lin, accomplissait innocemment le service de l’Eternel; et chaque année sa mère lui faisait une petite tunique blanche, qu’elle lui apportait en se rendant au temple. Et Jéhovah visita Anne de nouveau, plusieurs fois; c’est pourquoi elle conçut et enfanta encore trois fils et deux filles» (2:19-21)
Les sceptiques conclueront peut-être qu’Ophni et Phinées contribuaient à augmenter la famille de l’excellent Elcana; mais les fidèles d’ardente foi répliqueront qu’il ne faut pas confondre, c’est-à-dire que papa Bon Dieu seul s’occupait de féconder l’aimable Anne et que cela était parfait, tandis que les fils d’Héli, en couchant avec les autres dévotes, étaient d’odieux gredins. C’est commettre un sacrilège que de s’adjuger les jolies dévotes, réservées à Jéhovah, aussi bien que de piquer dans la marmite sacrée pour se régaler des victuailles de l’holocauste.
«Or, le jeune Samuel servait le Seigneur en la présence d’Héli; et la parole de l’Eternel était rare en ces jours-là, et les apparitions de Dieu n’étaient pas communes. Il arriva un certain jour qu’Héli, dont les yeux commençaient à se ternir par l’effet de la vieillesse, s’était couché dans sa chambre avant que les lampes du sanctuaire fussent éteintes; de son côté, Samuel dormait dans le tabernacle, auprès de l’arche de Dieu. Et l’Eternel appela Samuel.
Et l’adolescent répondit: Me voici! et il courut vers Héli et lui dit: Me voici, puisque lu m’as appelé. Mais Héli lui dit: Non, je ne t’ai pas appelé, retourne à ton lit, et couche-toi.
Peu après, l’Eternel appela encore Samuel, et Samuel, réveillé brusquement, se leva et s’en vint de nouveau en toute hâte vers Héli, et lui dit: Tu m’as appelé, me voici. Héli lui répondit: Mon fils, je ne t’ai nullement appelé, va te recoucher! Or, Samuel ne savait point distinguer la voix de l’Eternel, car Jéhovah ne lui avait jamais parlé auparavant. Il se remit donc à dormir, et pour la troisième fois l’Eternel le réveilla en l’appelant. Et Samuel, ayant couru toujours vers Héli, lui dit: Certainement, tu m’as appelé, et me voici. Alors, le grand-prêtre comprit que c’était l’Eternel qui appelait l’adolescent. Et il dit à Samueclass="underline" Retourne-t’en à ton lit, couche-toi; mais, si l’on t’appelle encore, tu répondras: Eternel, parle; ton serviteur t’écoute. Samuel s’en alla donc et se remit au lit. Et l’Eternel se manifesta; il appela, ainsi que les autres fois: Samuel! Samuel! Le jeune garçon répondit alors: Parle, Seigneur, ton serviteur t’écoute. Et l’Eternel parla à Samuel, lui disant: Voici, je vais pousser dans Israël un tel cri, que nul ne pourra l’entendre sans que ses deux oreilles lui tintent; eu ce jour-là, je mettrai contre Héli tout ce que j’ai juré contre sa maison: je commencerai et j’achèverai. Sa maison sera punie pour jamais, à cause de l’iniquité de ses fils, qu’il a connue et n’a point réprimée. Oui, j’ai juré que l’infamie de la maison d’Héli ne sera jamais expiée, ni par des victimes, ni par des présents.» (3:1-13)
Le lendemain malin, dès la première heure, le grand-prêtre voulut connaître la fin de cet incident nocturne; on juge de l’embarras de l’apprenti-lévite. Héli insista, exigea toute la vérité, et le jeune Samuel rapporta la terrible confidence qu’il avait reçue,
«Il ne cacha rien au grand-prêtre; et Héli répondit: Oui, c’est l’Eternel qui a parlé; qu’il fasse ce qui lui semblera bon!» (v. 18)
«Et voici que Samuel grandissait; or, l’Eternel étant avec lui, aucune de ses paroles ne tombait par terre (sic). Et tout Israël, depuis Dan jusqu’à Béer-Scébah, sut que Samuel était en vérité prophète de Dieu.» (v. 19-20)
Cette première partie de l’histoire du fameux prophète qui fut le dernier juge n’a pas manqué de soulever quelques critiques. D’abord, sur ce livre lui-même, qui est attribué à Samuel, le savant Fréret a présenté une observation générale; il signale un défaut dans lequel aucun historien sérieux ne tomberait: c’est de laisser le lecteur dans une ignorance entière de l’état où était alors la nation dont on parle. En effet, d’après le texte sacré, il est difficile de savoir quelle étendue de pays possédaient les juifs au temps de la grande-prêtrise d’Héli, en quels lieux exactement ils résidaient, s’ils étaient encore esclaves ou simplement tributaires des Phéniciens, que les ignares écrivains hébreux s’obstinent à appeler Philistins. L’auteur paraît être un prêtre qui n’est occupé que de sa profession, et qui compte tout le reste pour peu de chose.
L’auteur assigne Scilo comme résidence au grand-prêtre Héli. Sur ce point, Voltaire remarque que le village appelé Scilo appartenait encore aux Phéniciens, et qu’il est, par conséquent, bien étonnant que ceux-ci y eussent toléré le grand-prêtre d’une religion ennemie; si l’arche était dans ce village, ce ne pouvait être qu’en secret, évidemment, puisque les Philistins ne s’en empareront que plus tard et à l’occasion d’une bataille, comme on verra; mais alors comment expliquer que les Juifs vinssent en pèlerinage à Scilo?… En outre, dans tout le cours du récit, le narrateur fait entendre que les Juifs étaient devenus si misérables que Dieu ne leur parlait plus fréquemment comme autrefois; or, c’était l’idée de toutes ces nations grossières que, quand un peuple était vaincu, son lieu était vaincu aussi, et que, lorsqu’il se relevait, son dieu se relevait avec lui.