Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]
Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]

Электронная книга - «Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]». Краткое содержание книги:

A travers les destins de Jacques Thibault, idéaliste et révolté, et d'Antoine, sérieux, conservateur, deux frères que tout oppose, Roger Martin du Gard nous entraîne dans une vaste fresque sociale et historique.
Après l'interminable agonie de leur père, Jacques, bouleversé, découvre que l'homme qu'il croyait dur et sans tendresse aimait ses fils. Dans cette famille en deuil, l'Histoire fait soudain irruption lorsque se profile le spectre de la guerre après l'attentat de Sarajevo. Devenu socialiste aux côtés de Jaurès, Jacques tente en vain de convaincre son frère de l'imminence du conflit et de ses répercussions dramatiques…
1 ... 69 70 71 72 73 74 75 76 77 ... 146
Перейти на страницу:

— « Ça t’étonne ? » reprit Antoine. « C’est que tu n’as aucune idée de nos entreprises. Nous avons des ambitions… magnifiques ! N’est-ce pas, Studler ?… Je te raconterai ça… Tu dînes avec moi, bien entendu ?… Bois ta citronnade, tranquillement. Après ça, je te ferai faire le tour du propriétaire. Tu verras toute notre nouvelle installation… Et, ensuite, nous monterons là-haut, pour bavarder. »

« Il est bien resté le même », se disait Jacques ; « Il faut toujours qu’il organise, qu’il dirige le mouvement… » Docile, il but sa citronnade et se leva. Antoine était déjà debout.

— « Descendons d’abord aux laboratoires », dit-il.

Jusqu’à la mort de M. Thibault, Antoine avait vécu la vie normale d’un jeune médecin d’avenir. Il avait, un à un, passé ses concours, s’était fait recevoir au Bureau central et, en attendant un poste de titulaire dans le service des Hôpitaux, il avait continué à faire de la clientèle.

Brusquement, l’héritage paternel l’avait investi d’une puissance inattendue : l’argent. Or, il n’était pas homme à négliger cette chance insigne.

Il n’avait aucune charge, aucun vice coûteux. Une seule passion : le travail. Une seule ambition : devenir un maître. L’hôpital, la clientèle, n’étaient, à ses yeux, qu’un exercice. Ce qui comptait, c’étaient ses recherches personnelles de pathologie infantile. Aussi, du jour où il s’était senti riche, sa vitalité, déjà puissante, s’était trouvée soudain décuplée. Il n’eut plus qu’une pensée : consacrer sa fortune à accélérer son ascension professionnelle.

Son plan fut vite au point. S’assurer d’abord les facilités d’ordre matériel, par une organisation perfectionnée : des laboratoires ; une bibliothèque ; un groupe choisi d’assistants. Avec de l’argent, tout devenait possible, facile. Même d’acheter l’intelligence, le dévouement de quelques jeunes médecins sans ressources, auxquels il assurerait l’aisance, et dont il utiliserait les capacités pour avancer ses recherches, et en entreprendre de nouvelles… Tout de suite, il avait pensé à l’ami du docteur Héquet, son ancien camarade Studler, surnommé le Calife, dont il connaissait de longue date l’esprit de méthode, la probité intellectuelle et la force de travail. Puis il avait jeté son dévolu sur deux jeunes : Manuel Roy, un externe qu’il avait eu plusieurs années dans son service ; et René Jousselin, un chimiste, qui s’était déjà fait remarquer par d’importantes études sur les sérums.

En quelques mois, sous la conduite d’un architecte entreprenant, la maison paternelle avait été métamorphosée. L’ancien rez-de-chaussée, relié maintenant au premier étage par un escalier intérieur, avait été aménagé en laboratoires munis de tous les agencements modernes. Rien n’avait été négligé. Dès que surgissait une difficulté d’exécution, Antoine touchait machinalement la poche où il portait son carnet de chèques : « Faites-moi un devis. » La dépense ne lui importait guère. Il tenait fort peu à l’argent, mais beaucoup à la réussite de ses projets. Son notaire, son agent de change s’effrayaient de le voir entamer, avec tant d’appétit, cette fortune, lentement acquise et prudemment gérée par deux générations de grands bourgeois. Mais il n’en avait cure, faisait vendre des paquets de titres, et riait des timides avertissements de ses hommes d’affaires. D’ailleurs, il avait aussi son plan financier. Ce qui resterait de sa fortune, après ces larges brèches, il avait l’intention de le placer en fonds étrangers et notamment en mines russes, sur les conseils de son ami Rumelles, le diplomate. Il pensait ainsi, même avec un capital très écorné, se procurer des revenus qui, d’après ses calculs, ne devaient pas être sensiblement inférieurs à ceux que M. Thibault, fidèle aux valeurs « sûres » mais de très petit rapport, tirait naguère de la fortune intacte.

L’inspection détaillée du rez-de-chaussée dura près d’une demi-heure. Antoine ne faisait grâce de rien au visiteur… Il le traîna même dans les anciennes caves, qui formaient maintenant un vaste sous-sol, blanchi à la chaux : Jousselin venait, ces jours derniers, d’y installer un odorant élevage, où les rats, les souris et les cobayes, voisinaient avec un aquarium de grenouilles. Antoine était ravi. Il riait de ce rire de gorge, jeune et houleux, qu’il avait refoulé si longtemps, et que Rachel avait pour toujours libéré. « Un gosse de riche, qui montre ses joujoux », pensa Jacques.

Au premier étage, se trouvaient une petite salle d’opération, les bureaux des trois collaborateurs, la salle réservée aux archives et la bibliothèque.

— « Avec ça, on peut commencer à travailler », expliqua Antoine, sur un ton grave et satisfait, tandis qu’ils montaient au second étage. « Trente-trois ans… Il est temps que je m’y mette sérieusement, si je veux laisser quelque chose de durable derrière moi !… Tu sais », reprit-il, en s’arrêtant, et en se tournant vers Jacques, avec cette brusquerie un peu forcée qu’il aimait à montrer, particulièrement à son frère : « on peut toujours beaucoup plus qu’on ne croit ! Quand on veut quelque chose — une chose réalisable, s’entend… — d’ailleurs, moi, je ne veux jamais que des choses réalisables… — eh bien, quand on veut pour de bon !… » Il n’acheva pas sa phrase, sourit avec complaisance et se remit en marche.

— « Où en es-tu, de tes concours ? » demanda Jacques, pour dire quelque chose.

— « J’ai passé celui des Hôpitaux, cet hiver. Reste l’agrégation — parce qu’il faut bien aussi pouvoir être professeur, un jour !… Seulement, vois-tu », reprit-il, « être un bon médecin d’enfants, comme Philip, c’est bien, mais ça ne me suffirait plus : ce n’est pas ça qui me permettrait de donner ma mesure… La médecine de notre époque, c’est dans le domaine psychique qu’elle fera son pas décisif… Eh bien, je veux en être, tu comprends ? Je ne veux pas que ce pas-là se fasse sans moi ! Ce n’est pas par hasard que, pendant ma préparation au concours, je me suis tant occupé des arriérés du langage… La psycho de l’enfance, à mon avis, n’en est qu’à ses débuts. C’est le bon moment… Ainsi, je voudrais, l’an prochain, compléter mes documents sur les rapports entre la discipline respiratoire des gosses et leur vie cérébrale… » Il se tourna. Sur son visage affleura soudain le masque du grand homme, que le savoir sépare de l’ignorance des simples. Avant de mettre sa clef dans la serrure, il fixa sur son frère un regard profond : « Que de choses à faire, de ce côté-là… » fit-il lentement. « Que de choses à débrouiller… »

Jacques se taisait. Rarement, cet air qu’avait Antoine de toujours bien mordre à la vie, l’avait exaspéré si fort. Devant cette trentaine trop bien gréée, qui semblait si assurée de gagner le large, il sentait, avec une sorte d’angoisse, l’instabilité de son équilibre à lui — et, plus encore, la menace d’orage qui pesait sur le monde.

Dans ces dispositions hostiles, la visite de l’appartement lui fut particulièrement pénible. Antoine se promenait à travers cette installation luxueuse, le jarret tendu, comme un coq dans sa basse-cour. Il avait fait abattre la plupart des cloisons, et entièrement modifier la distribution. L’aménagement, bien que dénué de simplicité, était assez réussi. De hauts paravents de laque divisaient les deux salons d’attente en petits espaces où l’on isolait les clients ; et cette innovation de l’architecte, dont Antoine se montrait fier, donnait à l’ensemble un aspect d’Exposition décorative. Antoine affirmait d’ailleurs que, personnellement, il n’attachait guère, de prix à ce faste extérieur. « Mais », expliqua-t-il, « ça permet de trier la clientèle, tu comprends ? de la réduire, et de gagner du temps pour le travail. »

1 ... 69 70 71 72 73 74 75 76 77 ... 146
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)