Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]
- Автор: дю Гар Роже Мартен
- Серия: Les Thibault #2
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Éditions Gallimard
- ISBN: 978-2070304332
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Les Thibault — Tome II [La Mort du père — L'Eté 1914]». Краткое содержание книги:
Après l'interminable agonie de leur père, Jacques, bouleversé, découvre que l'homme qu'il croyait dur et sans tendresse aimait ses fils. Dans cette famille en deuil, l'Histoire fait soudain irruption lorsque se profile le spectre de la guerre après l'attentat de Sarajevo. Devenu socialiste aux côtés de Jaurès, Jacques tente en vain de convaincre son frère de l'imminence du conflit et de ses répercussions dramatiques…
Les stores étaient baissés ; les fenêtres, closes. Cela sentait le tapis neuf, le vernis frais, avec un ancien et persistant arôme de peinture. Elle s’approcha vivement du bureau, mit ses mains sur le dossier du fauteuil et, debout, l’œil dur, les narines flaireuses, enlaidie soudain, elle parcourut la pièce d’un regard avide et soupçonneux, prête à cueillir tout indice qui pût la renseigner un peu sur cette existence mal connue qu’Antoine menait loin d’elle.
Mais rien n’était plus impersonnel que cette salle, fastueuse et nue. Antoine n’y travaillait jamais : il ne s’en servait qu’aux jours de visite. Les murs étaient cachés à mi-hauteur par des bibliothèques, dont on devinait les rayons vides derrière les vitres voilées de soie chinoise. Au centre, trônait un bureau d’apparat, où, sur la surface inhospitalière d’une glace sans tain, s’alignait une garniture en maroquin — classeur, sous-main, tampon-buvard, chiffrés d’un monogramme. Pas un dossier, pas une lettre, pas d’autre livre qu’un Annuaire des Téléphones. Dressé comme un bibelot près de l’encrier de cristal vierge d’encre, un stéthoscope d’ébonite évoquait seul la profession du propriétaire ; encore cet accessoire ne semblait-il pas avoir été placé là par Antoine, pour un usage médical, mais par la main anonyme d’un décorateur, soucieux de pittoresque.
Fellow, dès la porte, s’était allongé sur le ventre, les pattes écartées, et ses franges blondes se confondaient avec le tapis. Anne le caressa d’un regard distrait ; puis elle s’assit, en amazone, sur le bras du fauteuil tournant où, trois jours par semaine, Antoine rendait ses oracles. Elle s’imagina un instant qu’elle était lui : elle en éprouvait une jouissance subtile : c’était une revanche de la place trop mesurée qu’il lui avait faite dans sa vie.
Elle sortit du classeur le bloc à en-tête, sur lequel Antoine écrivait ses ordonnances, et prit son stylo dans son sac :
« Mon Tony aimé, cinq jours sans toi, c’est tout ce que j’ai pu. Ce matin, j’ai sauté dans le premier train. Il est quatre heures. Je vais chez nous, attendre que tu aies fini ta journée. Viens me rejoindre, mon Tony, viens vite.