Les mailles du réseau
- Автор: Стерлинг Брюс
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042558-4
- Переводчик: Jean Bonnefoy
- Жанр: Киберпанк
Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:
— Salut », dit Laura. Ils se serrèrent la main et elle le sentit presser la phalange dans sa paume, un geste de société secrète.
« Il est “paresseux” et “stupide” », commenta à mots couverts le jeune associé de Rizome. Comme le reste du personnel local de Suvendra, le garçon n’était pas singapourien : c’était un Maphilindonésien, de Djakarta. Il se nommait Ali.
— Hein ? fit Laura.
— Je suis “inadapté à un emploi classique”, expliqua le messager d’un air entendu.
— Oh ! d’accord », fit Laura, comprenant enfin. Le gosse appartenait à l’opposition locale. Le Parti antitravailliste.
Suvendra était parvenue à s’attirer plus ou moins la solidarité du chef des antitravaillistes. Son nom était Razak. Comme Suvendra, Razak était malais et, en tant que tel, appartenait à un groupe minoritaire dans une ville à quatre-vingts pour cent chinoise. Il avait réussi à se constituer une fragile base électorale : en partie d’origine ethnique, en partie fondée sur une division de classe, mais pour l’essentiel composée d’une frange totalement déclavetée.
La philosophie politique de Razak était bizarre mais il avait obstinément tenu bon contre les assauts du parti dirigeant de Kim. En conséquence, il était aujourd’hui en position pour soulever des questions gênantes à la Chambre. Ses intérêts coïncidaient en partie avec ceux de Rizome, d’où leur alliance.
Et les antitravaillistes exploitaient à fond cette alliance, eux aussi. Leurs bandes dépenaillées traînaient autour du comptoir de Rizome, quémandant une aumône, utilisant téléphone et salle de bains, et tirant de sacrées notes de télécopie sur le compte de la compagnie. Le matin, ils se regroupaient dans les parcs de la ville, pour manger de la pâte de protéines et pratiquer les arts martiaux dans leur pantalon de papier déchiré. Les gens faisaient cercle pour se moquer d’eux.
Laura servit au gamin son plus bel air de conspirateur. « Merci de venir à cette heure tardive. J’apprécie votre… euh… dévouement. »
Le garçon haussa les épaules. « Pas de problème, madame. Je suis observateur pour vos droits civiques. »
Coup d’œil de Laura à Ali. « Hein ?
— Il reste ici toute la nuit, expliqua Ali. Il observe, pour garantir nos droits civiques.
— Oh ! merci », dit vaguement Laura. Ça paraissait une excuse comme une autre pour flemmarder. « On pourrait vous faire descendre à manger, peut-être…
— Je mange que de la prom », dit le garçon. Il sortit une enveloppe froissée d’une ouverture dissimulée sous le siège du vélo-pousse. À l’en-tête du Parlement : l’HONORABLE DR ROBERT RAZAK, député (Anson).
« Ça vient de Bob », leur dit Laura, espérant recouvrer en partie son prestige perdu. Elle l’ouvrit.
Griffonnage hâtif à l’encre rouge au-dessus d’un texte imprimé.
Malgré notre opposition idéologique parfaitement fondée, nous autres membres du Parti antitravailliste conservons bien entendu des fichiers ouverts à la Banque islamique Yung Soo Chim, et ce message est arrivé à 21 h 50, heure locale, adressé à vous. Si une réponse s’avère nécessaire, n’utilisez pas le réseau téléphonique local. Avec nos meilleurs vœux de réussite en ces temps difficiles.
Ci-joint message :
YDOOL EQKOF UHFNH HEBSG HNDGH QNOQP LUDOO. JKEIL KIFUL FKEIP POLKS DOLFU JENHF HFGSE ! IHFUE KYFEN KUBES KUVNE KNESE NHWQQ KVNEI ? JEUNF HFENA OBGHE BHSIF WHIBE. QHIRS QIFES BEHSE IPHES HBESA HFIEW HBEIA !