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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Salut », dit Laura. Ils se serrèrent la main et elle le sentit presser la phalange dans sa paume, un geste de société secrète.

« Il est “paresseux” et “stupide” », commenta à mots couverts le jeune associé de Rizome. Comme le reste du personnel local de Suvendra, le garçon n’était pas singapourien : c’était un Maphilindonésien, de Djakarta. Il se nommait Ali.

— Hein ? fit Laura.

— Je suis “inadapté à un emploi classique”, expliqua le messager d’un air entendu.

— Oh ! d’accord », fit Laura, comprenant enfin. Le gosse appartenait à l’opposition locale. Le Parti antitravailliste.

Suvendra était parvenue à s’attirer plus ou moins la solidarité du chef des antitravaillistes. Son nom était Razak. Comme Suvendra, Razak était malais et, en tant que tel, appartenait à un groupe minoritaire dans une ville à quatre-vingts pour cent chinoise. Il avait réussi à se constituer une fragile base électorale : en partie d’origine ethnique, en partie fondée sur une division de classe, mais pour l’essentiel composée d’une frange totalement déclavetée.

La philosophie politique de Razak était bizarre mais il avait obstinément tenu bon contre les assauts du parti dirigeant de Kim. En conséquence, il était aujourd’hui en position pour soulever des questions gênantes à la Chambre. Ses intérêts coïncidaient en partie avec ceux de Rizome, d’où leur alliance.

Et les antitravaillistes exploitaient à fond cette alliance, eux aussi. Leurs bandes dépenaillées traînaient autour du comptoir de Rizome, quémandant une aumône, utilisant téléphone et salle de bains, et tirant de sacrées notes de télécopie sur le compte de la compagnie. Le matin, ils se regroupaient dans les parcs de la ville, pour manger de la pâte de protéines et pratiquer les arts martiaux dans leur pantalon de papier déchiré. Les gens faisaient cercle pour se moquer d’eux.

Laura servit au gamin son plus bel air de conspirateur. « Merci de venir à cette heure tardive. J’apprécie votre… euh… dévouement. »

Le garçon haussa les épaules. « Pas de problème, madame. Je suis observateur pour vos droits civiques. »

Coup d’œil de Laura à Ali. « Hein ?

— Il reste ici toute la nuit, expliqua Ali. Il observe, pour garantir nos droits civiques.

— Oh ! merci », dit vaguement Laura. Ça paraissait une excuse comme une autre pour flemmarder. « On pourrait vous faire descendre à manger, peut-être…

— Je mange que de la prom », dit le garçon. Il sortit une enveloppe froissée d’une ouverture dissimulée sous le siège du vélo-pousse. À l’en-tête du Parlement : l’HONORABLE DR ROBERT RAZAK, député (Anson).

« Ça vient de Bob », leur dit Laura, espérant recouvrer en partie son prestige perdu. Elle l’ouvrit.

Griffonnage hâtif à l’encre rouge au-dessus d’un texte imprimé.

Malgré notre opposition idéologique parfaitement fondée, nous autres membres du Parti antitravailliste conservons bien entendu des fichiers ouverts à la Banque islamique Yung Soo Chim, et ce message est arrivé à 21 h 50, heure locale, adressé à vous. Si une réponse s’avère nécessaire, n’utilisez pas le réseau téléphonique local. Avec nos meilleurs vœux de réussite en ces temps difficiles.

Ci-joint message :

YDOOL EQKOF UHFNH HEBSG HNDGH QNOQP LUDOO. JKEIL KIFUL FKEIP POLKS DOLFU JENHF HFGSE ! IHFUE KYFEN KUBES KUVNE KNESE NHWQQ KVNEI ? JEUNF HFENA OBGHE BHSIF WHIBE. QHIRS QIFES BEHSE IPHES HBESA HFIEW HBEIA !

DAVID

« Ça vient de David, laissa-t-elle échapper. Mon mari.

— Mari », répéta, songeur, le gamin du parti. Il semblait désolé d’apprendre qu’elle en avait un.

« Pourquoi ceci ? Pourquoi ne m’a-t-il pas simplement téléphoné ? demanda Laura.

— Le téléphone est en dérangement, dit le garçon. Plein de spectres.

— De spectres ? s’étonna Laura. Vous voulez dire : d’espions ? »

Le garçon marmonna quelque chose en malais. « Il veut dire des démons, traduisit Ali. De mauvais esprits.

— C’est une blague ? dit Laura.

— Lui me dire qu’il y a de mauvais esprits, dit calmement le garçon. “Proférant des menaces terroristes destinées à semer la panique et la dissension.” Un crime aux termes de l’article 15, paragraphe 3. » Il fronça les sourcils. « Mais seulement en anglais, madame ! Il n’utilise pas le malais, bien que l’usage du malais soit officiellement stipulé dans la Constitution de Singapour.

— Qu’a dit le démon ? pressa Laura.

— “Que les ennemis des vertueux brûlent des feux de l’enfer”, cita le garçon. “Que le cyclone de Jah balaie l’oppresseur.” Et bien d’autres choses dans le même style sanglant. Lui m’avoir appelé par mon nom. » Il haussa les épaules. « Ma mère a pleuré.

— Sa mère estime qu’il devrait se trouver un travail, confia Ali.

— L’avenir appartient aux idiots et aux paresseux », déclara le garçon. Il plia les jambes et se percha adroitement sur les montants de bambou de son vélo-pousse.

Ali se frotta le menton. « Le chinois et le tamoul – ces langues ont-elles elles aussi été négligées ? »

Une rafale de vent souffla du large. Laura se frotta les bras. Elle se demanda si elle devait donner au garçon un pourboire. Non, se souvint-elle. Le PAT professait une étrange phobie du contact avec l’argent. « Je retourne à l’intérieur. »

Le garçon examina le ciel. « Une mousson vient de Sumatra, madame. » Il ouvrit un panneau et déplia la capote en accordéon de son vélo-pousse. La toile de nylon était blanche, peinte d’un motif rouge, noir et jaune : un Bouddha hilare couronné d’épines.

À l’intérieur du comptoir, M. Suvendra était accroupi sur un tapis gris à carreaux, sous la lumière aquatique des dômes hémisphériques. Il avait devant lui un téléviseur et un pot de café. Laura s’assit en tailleur en face de lui. « Votre message, qu’est-ce qu’il dit ?

— Comment expliquez-vous ça ? Il vient de mon mari. »

M. Suvendra examina le papier. « Pas de l’anglais… du langage codé par ordinateur. »

Un robot docker roula devant eux, un conteneur chargé sur le dos. Il empila la caisse avec un puissant chuintement de vérins hydrauliques. M. Suvendra l’ignora. « Vous et votre mari, vous avez un chiffre, oui ? Un code. Pour dissimuler le sens et prouver que le message vient bien de lui.

— Nous n’avons jamais recouru à de tels procédés ! C’est un truc pour la Triade.

— Triade, tong. » Suvendra sourit. « Comme nous, bon Gemeinschaft.

— À présent, je suis inquiète ! Il faut que j’appelle David tout de suite ! »

Suvendra hocha la tête. « La télé dit que le téléphone est coupé. La subversion. »

Laura réfléchit. « Écoutez, je peux traverser la digue en taxi et appeler depuis une cabine à Johore. C’est en territoire malais. Maphilindonésien, je veux dire.

— Demain matin, dit Suvendra.

— Non ! David pourrait être blessé ! Par balle ! En train de mourir ! Ou peut-être que notre bébé… » Brusque accès de terreur et de culpabilité. « J’appelle immédiatement un taxi. » Elle accéda aux renseignements touristiques sur son multiphone.

« Taxis, annonça l’appareil d’une voix flûtée. Singapour possède plus de douze mille taxis automatiques, dont plus des deux tiers climatisés. Le tarif de base est de deux écus pour les premiers quinze cents mètres ou fraction de…

— C’est bon, c’est bon…, grinça Laura.

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