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Dominium Mundi. Livre I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Dominium Mundi. Livre I

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:

2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant et restaurateur du Dominium Mundi, y gouverne d’une main de fer ses peuples revenus à un mode de vie médiéval.Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers une planète d’Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers l’abordent, ils ont la surprise d’y découvrir un peuple, les Atamides. Le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent.Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?
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Guillemette et papa me manquaient. Pour maintenir le contact, j’écrivais aussi souvent que possible, mais rien ne remplaçait les séances tachy, malgré les restrictions d’accès imposées aux inermes. En effet, comme il fallait s’y attendre, les classe zéro étaient les moins bien servis, accédant aux cabines quand tous les autres avaient terminé. De plus, ceux qui étaient mariés et qui avaient plusieurs enfants passaient naturellement en priorité, laissant à un célibataire comme moi, issu d’une famille de trois personnes, la portion congrue. Tant et si bien que depuis le début du voyage, je n’avais pu avoir qu’une seule séance.

J’avais tout de suite remarqué que papa allait mal. Guillemette avait monopolisé la conversation afin de détourner mon attention – probablement pour éviter que je ne me fasse du souci – mais cela ne m’avait pas échappé. Il avait les traits tirés et semblait vieilli de plusieurs années. Je n’avais pas osé demander de quoi il retournait, par peur qu’ils ne s’inquiètent de me savoir inquiet.

Ce genre de précaution les uns envers les autres finissait par devenir absurde. Je me fis la promesse d’être plus direct la fois suivante. La fois suivante… Quand aurait-elle lieu ? En tout cas, pas avant la phase sommeil froid qui devait débuter demain.

« Mais bon Dieu, que se passe-t-il ? » éructa un gros type assis devant moi.

Émergeant de mes pensées, je me rendis compte que la navette n’avançait plus. Pascal s’était levé pour aller voir devant ce qui bloquait.

« On en a pour un bout de temps, il y a des techs qui font une réparation en plein milieu de la voie », dit-il en revenant, se frayant à grand-peine un chemin à travers la masse des passagers mécontents.

« Finissons à pied, dans ce cas », lui proposai-je, peu disposé à passer toute la matinée dans cette navette pleine à craquer. Étant donné que j’étais la tête de Turc d’Harbert, il n’était pas question pour moi d’avoir la moindre minute de retard au Diamant, même avec une excuse en béton armé.

Nous descendîmes donc de la navette pour nous engager dans les coursives adjacentes, espérant ainsi regagner l’une des voies principales. Quelques minutes plus tard, nous traversions une zone sale et mal entretenue qui contrastait avec le reste du navire, impeccablement tenu en toute circonstance. On se serait presque cru dans les ruelles d’un quelconque faubourg terrestre, avec des ordures jonchant le sol et des piles de caisses vides, empilées à la va-vite près des portes des arrière-cuisines. Afin d’éviter de nous perdre dans les multiples embranchements, nous étions attentifs aux nombreuses indications fléchées inscrites à chaque angle. Ce fut probablement la raison pour laquelle nous ne vîmes pas venir les quatre types.

« Et alors, où vont-ils ces deux-là ? » lança une voix rocailleuse.

Les gaillards qui se tenaient devant nous avaient la dégaine de ceux qui ont passé la nuit dehors, mal rasés, cheveux en bataille et une forte odeur d’alcool.

« Tiens, tiens, dit l’un d’eux en découvrant les deux lignes jaunes brodées sur nos manches, mais ce sont deux petits classe zéro en vadrouille. »

Impossible de se tromper, je sus tout de suite que nous avions affaire à des membres de la Legio Sancta, cette ignoble milice supposée assister la police dans son devoir de maintien de l’ordre.

Les spécimens sur lesquels nous venions de tomber étaient tristement représentatifs de leurs collègues : la mise négligée, avinés, à l’affût d’un abus d’autorité à commettre, l’air stupide et surtout dangereux. Ils nous encerclèrent aussitôt. Celui qui avait parlé le premier affichait un mauvais sourire. Mon cœur battait à tout rompre et je passai désespérément en revue toutes les options possibles pour nous tirer de cette nasse lorsque Pascal s’adressa à eux.

« Écoutez, les gars, on ne veut pas d’histoires. On va juste au boulot et on ne doit pas être en retard au bioStruct. C’est important pour le navire. »

Seigneur ! Pourquoi donc Pascal ne savait jamais quand il devait la fermer ! Ces demeurés se regardèrent d’un air ravi, ils avaient dégoté le client parfait.

« Ah ! On a deux cracks en plus ! Quel honneur ! »

Il frappa alors Pascal du plat de la main entre les omoplates, le faisant trébucher vers l’avant, et tous se mirent à rire férocement. Je compris qu’on n’y couperait pas.

Rouge de colère, Pascal démarra au quart de tour : « Bande de fumiers de merde ! Vous n’avez donc rien de mieux à foutre que de faire chier les gens à quatre contre deux ! »

S’il nous restait la moindre chance de nous en sortir sans trop de bobo, elle venait de s’envoler. Les quatre suppléants de la milice de sécurité cessèrent aussitôt de rire et resserrèrent leur cercle sur nous.

La curée put alors commencer. Pascal écopa d’un direct à la mâchoire et moi, j’eus droit au même modèle, dans l’estomac. L’un d’eux me frappait pendant qu’un autre me tenait fermement. La douleur me fit venir les larmes aux yeux. Les deux restants, après avoir jeté Pascal au sol, lui distribuaient de violents coups de pied en l’insultant. « Sale vermine, si tu ne connais pas les bonnes manières, compte sur nous pour te les inculquer ! » Puis, alors que les coups pleuvaient, celui qui avait tout déclenché s’arrêta, comme si une idée venait de lui traverser le peu d’esprit qu’il avait. Il posa le pied sur le visage de Pascal, toujours à terre, et pesa dessus. Pendant une seconde, j’eus peur qu’il ne monte carrément sur la tête de mon ami pour lui faire éclater le crâne, mais la relative proximité d’une artère fréquentée le freinait probablement dans ses velléités de torture. Il valait mieux ne pas pousser ces inermes à hurler, sans quoi la vraie police se sentirait peut-être obligée d’intervenir.

« Lèche ! dit-il, le souffle court, au comble de son excitation sadique. Lèche ma semelle, et peut-être qu’on vous laissera partir, toi et ton pote. »

Je ne pouvais déchiffrer le visage tuméfié de Pascal, écrasé par la botte de cette ordure. Allait-il exécuter cet ordre abject ou choisirait-il de ne rien céder à son tortionnaire, quitte à souffrir davantage ? La tête dans les immondices de la ruelle, il avait toutes les peines du monde à respirer et bavait copieusement. Moi-même, j’étais incapable de déterminer ce que j’aurais fait dans une situation pareille. Mais bien sûr, lorsque l’on est quelqu’un d’intelligent comme Pascal, on choisit toujours la vie plutôt que l’orgueil. Il toussa et cracha du sang, puis, sans pouvoir retenir un haut-le-cœur, s’exécuta. Espérant préserver une parcelle de l’amour propre de mon ami, je tentai de détourner les yeux mais les deux nervis qui s’occupaient de moi me tinrent fermement la tête afin de m’obliger à regarder.

Exultant, le milicien le releva sans ménagement et lui dit : « Maintenant, répète après moi : Monsieur l’agent, je vous prie de m’excuser de vous avoir manqué de respect. » Pascal se redressa autant qu’il put pour regarder l’homme bien en face, j’entendis son dos craquer. Du sang lui avait coulé dans l’œil gauche, l’obligeant à le fermer, mais le droit renvoyait comme une lueur de défi. Je craignis alors qu’il perde le peu de lucidité qu’il lui restait, mais il répéta, articulant péniblement : « Monsieur l’agent… je vous prie de… m’excuser de vous avoir manqué de respect.

— Très bien, petite merde. Maintenant tu peux te barrer. » Et le milicien lui asséna une dernière claque, qui n’était pas le plus violent des coups que Pascal venait de recevoir, mais certainement le plus humiliant. Satisfait d’avoir pu exercer sa cruauté sur nous, il nous regarda partir, un grand sourire aux lèvres, jouissant de l’illusion d’être puissant que lui donnait son indigne statut de milicien.

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