Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Il a si chaud. Qui lui parle ?
Je suis toi ?
Non, il est lui. Personne d’autre. Il en est sûr.
Le vent est sec. Il faut entrer plus profondément dans ces cavernes. Cela le sauvera.
Que sont ces lignes ? Où mènent-elles ?
À moi. Suis-les.
Marcher, quelle douleur ! Il est épuisé. Tout ce chemin, depuis si longtemps.
Qu’est-ce qui l’attend ? Qui l’attend ? Qui est-ce ?
Une ombre enveloppée d’une robe à capuche.
Qu’il se tourne !
Suis ma voix.
Il étouffe.
Qu’il se tourne ! Il veut le voir.
Tes questions.
Il est las, incommensurablement las.
Tes doutes.
Qu’il se tourne !
Suis les lignes.
La silhouette se tourne. Il n’en peut plus, il veut que tout s’arrête.
La silhouette ôte sa capuche. Il veut se reposer.
Suis ma voix, suis ma voie.
Sous la capuche, juste du noir. Rien que du noir.
Soudain, Tancrède se réveilla.
Il sut qu’aucun bruit ne l’avait tiré du sommeil. C’était juste que son rêve était terminé. Ce rêve qu’il faisait depuis plusieurs mois maintenant se finissait toujours abruptement, sans transition.
Cela se déroulait à chaque fois de la même manière. Le rêve commençait dans le désert, où il manquait de mourir sous les feux d’un terrible soleil, puis, immanquablement, il arrivait à des cavernes, dans une falaise, où il pouvait enfin se protéger de la chaleur. En général, c’était là qu’il remarquait une présence, une voix. Très douce, apaisante. Cette voix lui donnait parfois des indications, mais il ne les comprenait jamais. Trop confuses.
Il y avait souvent des variations dans le songe, mais cette fois, elles avaient été plus importantes que d’habitude. Celui qui parlait avait failli se montrer, puis à la dernière seconde, Tancrède n’avait vu que du noir. À moins que celui que j’ai vu ne soit pas celui qui parle ? se demanda-t-il. Ah, au diable ces rêves absurdes ! Je vais devenir fou pour de bon si je commence à chercher un sens à ces délires nocturnes !
En revanche, il était sûr que cela avait commencé peu après l’appareillage du vaisseau. Fallait-il y voir un lien ? Au début, il n’y avait pas prêté attention. Il avait même cru que les premiers entraînements de son unité en dôme Désert avaient influencé son subconscient. Aujourd’hui, cette explication ne tenait plus. Même si ses vieux démons n’avaient jamais pris cette forme, il devait bien admettre que c’était probablement eux qui provoquaient ces rêves.
Se dressant sur les coudes, il regarda l’horloge murale : six heures du matin. Dans trente minutes, le clairon synthétique sonnerait, réveillant tous les hommes de la cabine qui, pour le moment, dormaient encore profondément. Tancrède savait qu’il ne retrouverait pas le sommeil, aussi, il essaya de se calmer afin de chasser la tension qui lui nouait l’estomac.
Le doute.
Lorsque, plusieurs années auparavant, il avait éprouvé le doute pour la première fois, il en avait été si perturbé qu’il avait choisi de le nier, de le refouler le plus loin possible dans les profondeurs de sa mauvaise conscience. Bien entendu, cela n’avait servi à rien, l’infâme pensée avait rejailli peu de temps après, plus fort encore. À force, il avait pris l’habitude de considérer cela comme des démons chargés de le détourner du droit chemin. Ses démons. Le problème était que ces démons étaient foutrement efficaces.
C’était le fiasco de Surat qui avait porté le premier coup de boutoir. Le terrible gâchis dû à la mauvaise préparation de l’opération, et l’injustice du traitement qu’on lui avait réservé avaient semé dans son esprit le doute sur l’intégrité de l’armée. Au cours des années suivantes, durant les nombreuses campagnes auxquelles il avait participé, il avait trop souvent constaté la différence entre les enseignements religieux et les actes des armées de l’Empire Chrétien Moderne sur le terrain. Ses démons avaient alors travaillé sans relâche à lui faire perdre confiance en l’armée et même – ignominie suprême ! – en l’Église, jusqu’à un matin du dernier hiver où, devant une exaction de trop commise par les troupes, il avait décidé de mettre un terme à sa carrière militaire.
Cependant, renoncer au métier pour lequel il avait travaillé si dur, renoncer à l’idéal de reconstruction de la civilisation pour lequel il s’était tant battu et surtout, jeter l’opprobre sur sa famille n’était pas une décision simple à prendre. Tancrède avait préféré la reporter à plus tard et de se donner du temps pour réfléchir. Lorsqu’on lui avait transmis ses ordres pour la croisade, il avait eu l’impression de recevoir un signe. Cette campagne hautement symbolique était peut-être la mission qu’il attendait depuis longtemps, celle qui saurait lui redonner confiance en l’Église. En tout cas, ça valait le coup d’essayer.
Mais cela n’avait pas marché. La mort tragique de Viviane et toutes les zones d’ombre qui l’entouraient avaient ravivé ses foutus démons, plus forts que jamais.
D’ordinaire, les navettes du matin étaient tellement bondées que la probabilité d’y trouver une place assise était aussi infime que celle de tomber sur un militaire intelligent. Or ce matin, nous avions eu assez de bol pour en avoir deux, et sur la banquette arrière en plus ! Je savourais ce plaisir rare en regardant le décor défiler par la fenêtre tandis que Pascal, lui, suivait les informations sur l’une des plaques Intra suspendues au plafond du long véhicule. Égrenant les nouvelles d’une planète qui me paraissait bien lointaine, la voix du présentateur parvenait jusqu’à mes oreilles avec ce ton caractéristique des journalistes qui vous incite à écouter, même quand vous n’en avez pas envie :
« … dans le Caucase, les autorités ont décrété l’évacuation de la ville de Krasnodar suite à l’avancée récente des nuages radioactifs vers le nord du pays. Les habitants sont allés grossir les rangs des camps de réfugiés de Crimée qui sont pourtant déjà saturés. En France, lors de la réunion des conseillers du roi Philippe IX, le ministre de l’Économie a annoncé que les pensions de guerre des vétérans ne seraient pas revalorisées cette année, en raison des difficultés économiques que traverse actuellement le royaume, provoquant aussitôt des manifestations de colère dans… »
Déjà quatre mois que nous avions quitté la Terre, et rien ne paraissait avoir changé là-bas. Des puissants toujours plus exigeants, des pauvres toujours plus exploités et entre les deux, des petits bourgeois ni heureux, ni malheureux, tout juste soulagés de ne pas faire partie de la cohorte des miséreux.
Quatre mois à bord, cela en représentait environ six sur Terre. Cette différence créait chez beaucoup de passagers du Saint-Michel des perturbations mentales parfois sévères. Chez moi, c’était plutôt le sentiment de culpabilité qui prédominait. Je ne parvenais pas à me défaire de l’impression d’avoir abandonné les miens à une vie affreusement difficile alors que c’était bien entendu l’inverse. Déserter en fuyant à l’étranger sans aucun espoir de retour, là aurait été le véritable abandon. Une trahison même.
Il m’arrivait parfois de repenser à ce drôle de type qui, en quelques mots, avait su me remettre sur la bonne voie, m’évitant à la dernière minute de commettre l’irréparable. Curieusement, même si je me souvenais parfaitement de chacun de ses mots, il m’était impossible de me rappeler son visage. J’aurai été bien en peine de le décrire si on me l’avait demandé.