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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Il continua de boire en fixant le feu et finit par s’endormir.

Plus tard, dans la nuit, sa blessure commença à battre douloureusement. Et le lendemain encore plus. Il tremblait de froid et sentait de nouveau la peur de la mort lui tenailler la gorge. On convoqua le frère médecin.

« C’est normal, dit-il. Le cataplasme fait monter le pus qui vous libérera des humeurs mauvaises. »

Deux jours plus tard, la fièvre était élevée.

« Faites venir le barbier, Votre Seigneurie », conseilla Agomar.

Le barbier du village avait fait la guerre et soigné les blessures sur le champ de bataille. C’était un homme fort, au ventre proéminent. Il défit le bandage et hocha la tête avec consternation. « Crotte de chèvre », marmonna-t-il, accablé.

« C’est la prescription du médecin, dit Ojsternig.

— Le médecin ? Vous voulez dire le frère, répliqua le barbier. Votre Seigneurie, avec tout votre respect, si ça faisait du bien, on prendrait chaque soir des bains de merde et on se réveillerait tout rajeuni.

— Parle clairement, sans faire de longs discours.

— Il faut laisser la blessure guérir seule, expliqua le barbier. Pour arrêter les saignements, on peut mettre un emplâtre d’une herbe qu’on appelle “bourse du pasteur”. Mais il est tard maintenant.

— Fais ce que tu dois », ordonna Ojsternig.

Le barbier enleva le cataplasme du frère avec un linge de lin. Il se fit apporter une cruche de vin chaud, avec lequel il rinça en surface les blessures laissées par le passage de la flèche. Puis il remplit une petite fiasque presque transparente faite d’une vessie de porc, avec un petit bec d’étain mince et allongé. « Je vais vous faire mal, Votre Seigneurie », dit-il en introduisant le bec dans la blessure et en comprimant la vessie. Un flux de vin chaud, mêlé de sang et de pus, s’écoula par le trou opposé.

Ojsternig gémit, serrant les dents.

« Voilà, la plaie est lavée », dit le barbier. Il banda de nouveau le bras en concluant : « Vous n’avez besoin de rien d’autre.

— Si je perds mon bras, dit Ojsternig, tu perdras le tien. »

Le barbier pâlit. « Vous ne perdrez pas votre bras, Votre Seigneurie.

— Ça vaut mieux pour toi », fit Ojsternig.

À l’aube du jour suivant, le pus ne battait plus dans la blessure et la fièvre avait baissé.

Trois jours plus tard, le dimanche, Ojsternig, bien que pâle et affaibli, fut en mesure de présider aux exécutions. Il regardait avec nervosité autour de lui, craignant quelque flèche. Sous sa somptueuse tunique, il avait passé une cotte de mailles.

L’esplanade de la mine grouillait de gens.

Ojsternig chercha Mikael du regard, et lui fit signe d’approcher. Un de ses soldats reçut l’ordre de descendre de cheval, et Ojsternig dit à Mikael : « Monte ».

Mikael se mit en selle.

Ojsternig lui posa la main sur l’épaule, comme pour démontrer publiquement qu’il lui appartenait. « Bien. Je te veux à côté de moi », dit-il.

La charrette transportant les trois condamnés à la pendaison s’avança. La foule retenait son souffle. Bientôt, ils se balanceraient tous les trois dans le vide, s’agiteraient en tous sens, les yeux exorbités, la bouche ouverte sur un cri muet. Et plus leurs jambes s’agiteraient, plus le nœud coulant se serrerait. Le premier à mourir fut un vieux serviteur du palais. Son cou se rompit dans un craquement qui donna la chair de poule à ceux qui étaient tout près. Le deuxième fut un mineur de cinquante ans. Il devint écarlate et sa langue, livide, se gonfla dans sa bouche. Dans le silence effaré de la foule, on entendit sa femme lancer un cri de désespoir. Près d’elle, un petit enfant aux joues trempées de larmes s’écria : « Père ! » Il s’élança vers le cadavre qui pendait, comme pour le descendre du gibet, sans même arriver à toucher les pieds raidis de son père. Un soldat frappa l’enfant au visage, et la gifle le projeta à terre. Le dernier à mourir fut Cvetko Radu, un serf de la glèbe de la Raühnvahl fort comme un ours, qui n’avait jamais fait de mal à une mouche. Mikael vit les braies du paysan se mouiller d’urine. Elle coula le long de ses jambes et goutta de ses pieds nus, secoués par un tremblement. La fille de Cvetko s’évanouit avant que le corps de son père ne devienne raide au bout de la corde.

Quand tous les trois furent morts, Ojsternig serra l’épaule de Mikael, et le regarda attentivement.

Mikael ne tourna pas la tête. Il avait les yeux pleins de larmes pour Cvetko. Pendant toutes ces années, il avait parfois pioché à côté de lui dans les champs. Mais Cvetko n’avait jamais éveillé son intérêt. Et à présent qu’il se balançait dans le vide comme un épouvantail bourré de paille, il regrettait de ne jamais lui avoir adressé la parole. De n’avoir pas d’autre souvenir, d’autre pensée qui se rattache à cet homme, un brave homme, tué par caprice.

Ojsternig fit signe à l’orphelin usurpateur de monter sur le gibet à côté du bourreau.

Marcus, pomponné comme pour un bal à la cour, portait une casaque dorée serrée à la taille qui faisait ressortir ses hanches rondes. Ses cheveux ébouriffés étaient noués d’un ruban jaune et violet descendant avec sensualité sur sa poitrine molle, comme une tresse.

« Quatorze valeureux soldats sont morts dans le lâche attentat perpétré par une bande de brigands », annonça Ojsternig à la foule, sa main serrant toujours l’épaule de Mikael comme s’il était son ordonnance.

Aucun des paysans de la Raühnvahl n’avait été blessé ce jour-là. Quand Ojsternig avait détalé avec les survivants, les rebelles étaient sortis de la forêt pour trancher la gorge des soldats blessés. Ils avaient pillé les charrettes et chargé les chevaux d’Ojsternig de victuailles, d’objets précieux d’or et d’argent, avant de disparaître dans la forêt du Mezesnig.

« Aujourd’hui, par la faute de ce lâche de Volod le Noir, quatorze d’entre vous mourront à sa place, continua Ojsternig. Et il en sera de même chaque fois. » Il regarda la foule. « Le prince Marcus de Saxe commencera symboliquement le dépeçage, pour que vous sachiez que nous ne sommes qu’un seul et même royaume, fort et uni. » Il fit signe à l’orphelin, pâle comme un linge.

Le bourreau tendit le couteau au faux prince. Devant eux se tenait le premier des condamnés, un vieil homme qui tremblait, les bras tenus par des soldats. À l’aide d’un morceau de charbon de bois, le bourreau traça une ligne de la nuque du condamné jusqu’au début de ses fesses. Puis deux autres lignes, une de chaque côté, de la nuque aux omoplates.

Marcus tenait le couteau, aussi tremblant que le vieillard.

Les treize autres condamnés étaient rangés en file derrière lui, nus, les mains et les pieds étroitement attachés. Neuf hommes et quatre femmes. Parmi les hommes, trois n’étaient guère plus que des enfants. Beaucoup des condamnés pleuraient. Une des femmes s’affaissa sur les planches.

Voyant que Marcus ne bougeait pas, le bourreau, sur un signe d’Ojsternig, posa ses deux mains sur la sienne. Il plaça la lame sur la nuque du vieillard et appuya sur la main de Marcus pour faire pénétrer le couteau et le faire descendre le long du dos, pratiquant ainsi une incision profonde dans la peau du condamné, qui hurlait et se débattait. Les deux soldats avaient du mal à le maintenir.

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