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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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«La demoiselle se leva, elle prit un vase plein d’eau dans lequel elle plongea la main, et en me jetant de cette eau, elle dit: «Si tu es né chien, demeure chien; mais si tu es né homme, reprends la forme d’homme par la vertu de cette eau.» À l’instant l’enchantement fut rompu: je perdis la figure de chien et je me vis homme comme auparavant.

«Pénétré de la grandeur d’un si grand bienfait, je me jetai aux pieds de la demoiselle, et après lui avoir baisé le bas de sa robe: «Ma chère libératrice, lui dis-je, je sens si vivement l’excès de votre bonté, qui n’a pas d’égale envers un inconnu tel que je suis, que je vous supplie de m’apprendre vous-même ce que je puis faire pour vous en rendre dignement ma reconnaissance; ou plutôt disposez de moi comme d’un esclave qui vous appartient à juste titre; je ne suis plus à moi, je suis à vous, et afin que vous connaissiez celui qui vous est acquis, je vous dirai mon histoire en peu de mots.»

«Alors, après lui avoir dit qui j’étais, je lui fis le récit de mon mariage avec Amine, de ma complaisance et de ma patience à supporter son humeur, et de ses manières tout extraordinaires, et de l’indignité avec laquelle elle m’avait traité, par une méchanceté inconcevable. Et je finis en remerciant la mère du bonheur inexprimable qu’elle venait de me procurer.

«Sidi Nouman, me dit la fille, ne parlons pas de l’obligation que vous dites que vous m’avez. La seule connaissance d’avoir fait plaisir à un honnête homme comme vous me tient lieu de toute reconnaissance. Parlons d’Amine, votre femme. Je l’ai connue avant votre mariage, et comme je savais qu’elle était magicienne, elle n’ignorait pas aussi que j’avais quelque connaissance du même art, puisque nous avions pris des leçons de la même maîtresse. Nous nous rencontrions même souvent au bain, mais comme nos humeurs ne s’accordaient pas, j’avais un grand soin d’éviter toute occasion d’avoir aucune liaison avec elle, en quoi il m’a été d’autant moins difficile de réussir, que par la même raison elle évitait de son côté d’en avoir avec moi: je ne suis donc pas surprise de sa méchanceté. Pour revenir à ce qui vous regarde, ce que je viens de faire pour vous ne suffit pas: je veux achever ce que j’ai commencé. En effet, ce n’est pas assez d’avoir rompu l’enchantement par lequel elle vous avait exclu si méchamment de la société des hommes, il faut que vous l’en punissiez comme elle le mérite, en rentrant chez vous, pour y reprendre l’autorité qui vous appartient, et je veux vous en donner le moyen. Entretenez-vous avec ma mère, je vais revenir.»

«Ma libératrice entra dans un cabinet, et pendant qu’elle y resta, j’eus le temps de témoigner encore une fois à la mère combien je lui étais obligé, aussi bien qu’à sa fille. «Ma fille, me dit-elle, comme vous le voyez, n’est pas moins expérimentée dans l’art magique qu’Amine; mais elle en fait un si bon usage que vous seriez étonné d’apprendre tout le bien qu’elle a fait et qu’elle fait presque chaque jour par le moyen de la connaissance qu’elle en a. C’est pour cela que je l’ai laissée faire et que je la laisse faire encore jusqu’à présent. Je ne le souffrirais pas si je m’apercevais qu’elle en abusât en la moindre chose.»

«La mère avait commencé de me raconter quelques-unes des merveilles dont elle avait été témoin, quand sa fille rentra avec une petite bouteille à la main. «Sidi Nouman, me dit-elle, mes livres, que je viens de consulter, m’apprennent qu’Amine n’est pas chez vous à l’heure qu’il est, mais qu’elle doit y revenir incessamment. Ils m’apprennent aussi que la dissimulée fait semblant, devant vos domestiques, d’être dans une grande inquiétude de votre absence, et elle leur a fait accroire qu’en dînant avec vous, vous vous étiez souvenu d’une affaire qui vous avait obligé de sortir sans différer; qu’en sortant vous aviez laissé la porte ouverte, et qu’un chien était entré et était venu jusque dans la salle où elle achevait de dîner, et qu’elle l’avait chassé à grands coups de bâton.

«Retournez donc à votre maison sans perdre de temps, avec la petite bouteille que voici, et que je vous mets entre les mains. Quand on vous aura ouvert, attendez dans votre chambre qu’Amine rentre; elle ne vous fera pas attendre longtemps. Dès qu’elle sera rentrée, descendez dans la cour et présentez-vous à elle face à face. Dans la surprise où elle sera de vous revoir, contre son attente, elle tournera le dos pour prendre la fuite. Alors jetez-lui de l’eau de cette bouteille, que vous tiendrez prête, et en la jetant prononcez hardiment ces paroles: «Reçois le châtiment de ta méchanceté.» Je ne vous en dis pas davantage, vous en verrez l’effet.»

«Après ces paroles de ma bienfaitrice, que je n’oubliai pas, comme rien ne m’arrêtait plus, je pris congé d’elle et de sa mère avec tous les témoignages de la plus parfaite reconnaissance et une protestation sincère que je me souviendrais éternellement de l’obligation que je leur avais, et je retournai chez moi.

«Les choses se passèrent comme la jeune magicienne me l’avait prédit. Amine ne fut pas longtemps à rentrer. Comme elle s’avançait, je me présentai à elle, l’eau dans la main, prêt à la lui jeter. Elle fit un grand cri, et comme elle se fut retournée pour regagner la porte, je lui jetai l’eau en prononçant les paroles que la jeune magicienne m’avait enseignées, et aussitôt elle fut changée en une cavale, et c’est celle que Votre Majesté vit hier.

«À l’instant, et dans la surprise où elle était, je la saisis au crin, et malgré sa résistance je la tirai dans mon écurie. Je lui passai un licou, et après l’avoir attachée en lui reprochant son crime et sa méchanceté, je la châtiai à grands coups de fouet, si longtemps que la lassitude enfin m’obligea de cesser; mais je me réservai de lui faire chaque jour un pareil châtiment.

«Commandeur des croyants, ajouta Sidi Nouman, en achevant son histoire, j’ose espérer que Votre Majesté ne désapprouvera pas ma conduite, et qu’elle trouvera qu’une femme si méchante et si pernicieuse est traitée avec plus d’indulgence qu’elle ne mérite.»

Quand le calife vit que Sidi Nouman n’avait plus rien à dire: «Ton histoire est singulière, lui dit le sultan, et la méchanceté de ta femme n’est pas excusable. Aussi je ne condamne pas absolument le châtiment que tu lui en as fait sentir jusqu’à présent; mais je veux que tu considères combien son supplice est grand d’être réduite au rang des bêtes, et je souhaite que tu te contentes de la laisser faire pénitence en cet état. Je t’ordonnerais même d’aller t’adresser à la jeune magicienne qui l’a fait métamorphoser de la sorte, pour faire cesser l’enchantement, si l’opiniâtreté et la dureté incorrigible des magiciens et des magiciennes qui abusent de leur art ne m’étaient connues, et que je ne craignisse de sa part contre toi un effet de sa vengeance plus cruel que le premier.»

Le calife, naturellement doux et plein de compassion envers ceux qui souffrent, même selon leurs mérites, après avoir déclaré sa volonté à Sidi Nouman, s’adressa au troisième que le grand vizir Giafar avait fait venir. «Cogia Hassan, lui dit-il, en passant hier devant ton hôtel, il me parut si magnifique que j’eus la curiosité de savoir à qui il appartenait. J’appris que tu l’avais fait bâtir après avoir fait profession d’un métier qui te produisait à peine de quoi vivre. On me dit aussi que tu ne te méconnaissais pas, que tu faisais un bon usage des richesses que Dieu t’a données, et que tes voisins disaient mille bien de toi.

«Tout cela m’a fait plaisir, ajouta le calife, et je suis bien persuadé que les voies dont il a plu à la Providence de te gratifier de ses dons sont extraordinaires. Je suis curieux de les apprendre par toi-même, et c’est pour me donner cette satisfaction que je t’ai fait venir. Parle-moi donc avec sincérité, afin que je me réjouisse en prenant part à ton bonheur avec plus de connaissance. Et afin que ma curiosité ne te soit pas suspecte, et que tu ne croies pas que j’y prenne autre intérêt que celui que je viens de te dire, je te déclare que, loin d’y avoir aucune prétention, je te donne ma protection pour en jouir en toute sûreté.»

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