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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Ah! Paul, on ne vous attend même pas!

Il y avait là-dedans toute la plainte passionnée d’un grand amour méconnu, toute la protestation d’un noble et doux orgueil, toute la douleur d’une immense défaite. Blondette était une femme à cette heure.

En conscience, Paul ne pouvait traduire à la fois tout cela. Il pensa, et c’était déjà beaucoup:

– Comme elle m’aimerait!

Puis il répéta tout haut, pour garder une contenance:

– Jalouse! petite jalouse!

Les yeux de la fillette s’éteignirent, et elle baissa la tête comme pour dire:

– C’est vrai, je suis jalouse; cela me fait souffrir. Il ne faut pas m’en vouloir.

Ce fut elle-même qui mit la main sur le verrou formant la fermeture de la porte.

Paul voulut l’arrêter, elle ouvrit malgré lui. Son joli doigt tendu lui montra la campagne, tandis qu’elle se rangeait elle-même prudemment à l’abri du mur, comme si elle eût voulu lui dire à la fois:

– Vous ne voulez pas qu’on me voie, je me cache.

Et, en outre:

– Allez, je ne vous retiens plus. Je vous promets d’être bien sage et de ne pas trop pleurer.

Paul hésita, mais il sortit en disant:

– Tu vas pousser le verrou, chérie.

Il crut entendre Blondette qui remettait le verrou derrière lui.

– À bientôt! cria-t-il.

Et il se mit à marcher à grands pas.

Blondette n’avait garde de pousser le verrou; elle voulait le voir le plus longtemps possible. Elle entrouvrit la porte pour glisser un regard par la fente. Elle le suivit tant que les pleurs n’aveuglèrent pas ses paupières.

Puis elle revint sur ses pas, parcourant avec lenteur cette longue route qu’ils avaient faite à deux.

Quand elle eut retrouvé l’ombre des tilleuls, elle s’agenouilla. Ses pauvres grands yeux bleus ne pouvaient plus parler qu’à Dieu.

Elle pria longtemps, puis elle s’assit; les larmes endorment les enfants.

Comme Blondette venait de s’endormir, deux mains écartèrent les branches d’un buisson; la tête pâlie et maigre de Thérèse Soûlas se montra entre les feuilles.

Elle s’agenouilla, elle aussi, près de l’enfant, et souleva avec précaution une de ses mains pour y mettre ses lèvres.

– Nous t’avons tout pris, pauvre ange, dit-elle avec une amertume pleine de remords, tout, jusqu’au cœur de celui qui t’aurait si bien aimée!

VIII À l’ombre des tilleuls

Thérèse Soûlas était bien changée. Ces trois années avaient pesé sur elle comme dix ans de fatigue et de souffrance.

Et pourtant, elle avait passé la majeure partie de ces trois ans auprès de sa fille: le grand, l’unique amour de son cœur.

En réalité, c’était une torture de tous les instants.

En quittant le général comte de Champmas à Saint-Germain, et pour se payer du service qu’elle venait de rendre, Mme Soûlas n’avait demandé qu’une seule chose, embrasser les deux enfants.

C’était là, en apparence, du moins, une immense joie.

C’était trop. Il y a des sacrifices qui doivent être absolus.

Nous savons qu’au retour elle avait trouvé déserte la maison du général. Ysole était enlevée, et nul n’avait su dire le sort probable de Suavita.

Mme Soûlas croyait partager l’ignorance commune, ou plutôt elle s’efforçait de le croire, car, dès la première minute, ses pressentiments avaient donné un nom à la fillette inconnue sauvée par Paul Labre.

En vain avait-elle voulu se tromper elle-même; en vain avait-elle cherché et trouvé abondamment la preuve de ce fait que Suavita de Champmas possédait toute sa raison et n’était point muette.

Cette enfant privée de raison et muette était Suavita de Champmas.

Il y avait un crime.

L’intervention seule de Paul Labre avait empêché un meurtre.

La pensée d’Ysole était venue comme une angoisse navrante à l’esprit de Thérèse Soûlas. Elle vivait dans un monde qui discute le crime pertinemment et qui le connaît à fond, tel qu’il est.

Ysole, ou mieux, l’homme qui avait perdu Ysole, avait un intérêt manifeste à faire disparaître Suavita.

Toutes ces choses se classèrent dans les réflexions de Thérèse, pendant le voyage que Paul Labre fit au Havre pour acquérir la preuve de la mort de Jean, son frère.

Thérèse fut quatre jours toute seule avec Suavita dans la mansarde de Paul Labre.

Il y avait en elle pour l’enfant une sorte d’adoration.

Mais ses cheveux blanchissaient d’heure en heure et les rides de son front se creusaient.

Thérèse se sentait parfois devenir folle et l’enfant, alors, n’était pas en sûreté auprès d’elle.

D’autres fois, elle raisonnait froidement.

Elle acceptait la chute d’Ysole comme une fatalité. Cela ne l’étonnait point, cela devait être ainsi. Dans ces classes déshéritées, une étrange croyance existe à la prédestination du malheur.

La misère et la faute se transmettent, quoi qu’on fasse, selon une mystérieuse loi d’héritage.

Mais la pauvre femme, misérable et tombée, n’eût pardonné que la chute et la misère.

Elle avait horreur du crime.

Certes, ses espoirs, autrefois, avaient été éblouissants; elle avait rêvé sa fille pure en même temps que noble et riche. La richesse et la noblesse sont des sauvegardes. Ses espoirs évanouis la laissaient résignée.

Mais le crime la révoltait.

Elle voulut à tout prix savoir.

Ysole revint après quelques jours et entra au couvent comme pensionnaire.

Le changement que trois années de doutes et de chagrins devaient produire chez Thérèse Soûlas s’était opéré pour Ysole en quelques jours.

Ce n’était plus la même jeune fille, ou plutôt ce n’était plus une jeune fille.

Mme Soûlas se présenta au couvent avec la lettre du général. Elle fut reçue froidement, mais bien. Ysole lui demanda d’elle-même à la garder près d’elle.

Les mères sont des devineresses. Au point de départ de son dévouement maternel, Thérèse Soûlas avait éclairé d’un seul regard un des plus subtils mystères de nos sociétés civilisées: elle avait compris que l’enfant d’une morte avait chance de trouver appui chez un père généreux et puissant, qui eût repoussé la fille d’une vivante.

La mère gêne dans ce monde auquel rien ne la rattache.

Le père a honte et s’abstient.

La mort de la mère relève la fille.

Thérèse s’était faite morte.

Un jour, elle crut possible de pactiser avec son dévouement, d’en reprendre une part et d’en conserver pourtant tout le bénéfice à sa fille.

Le général lui-même ne lui avait-il pas ouvert la voie?

Elle se dit: Je serai près de ma fille, et ma fille ne me connaîtra pas.

Et je saurai!

Elle sut, plus vite et mieux qu’elle ne pensait.

Cette Ysole était une étrange fille.

Aussitôt qu’elle connut l’adresse de son père en Angleterre, elle lui écrivit une longue lettre qui était le récit rigoureusement exact des événements racontés par nous: son séjour à la maison du quai des Orfèvres, son amour pour «le prince» et l’heure de folie où elle avait déserté le chevet de sa sœur malade pour suivre son amant.

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