Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Elle n’avait rien gardé de ce que sa mère avait acheté pour elle à sa sœur infortunée, rien ne lui avait profité.
Rien!
Et voilà que le dernier bien, laissé par la Providence à la pauvre Suavita, son ami, son protecteur, son Dieu, Ysole allait encore le lui prendre.
Thérèse, révoltée, demanda:
– L’aimez-vous?
– Je ne sais, répondit Ysole avec distraction. Pourquoi l’aimerais-je?
Puis elle ajouta:
– Je puis haïr encore. Je hais de toutes les forces de mon âme. Je crois que je ne saurais plus aimer.
Thérèse joignit les mains. Une parole s’élança de son cœur endolori à ses lèvres qui pâlissaient et tremblaient. Elle voulut dire:
– Alors, ayez pitié! Alors laissez ce jeune homme inconnu à celle dont il est l’espoir de la vie!…
Mais elle se tut.
Une autre pensée venait de naître en elle; une de ces pensées qui semblent tout concilier et qui faussent les consciences.
Elle s’était dit:
– Si mon Ysole épousait Paul Labre – et c’était mon rêve autrefois -, elle abandonnerait le général, et cette position qui n’est pas à nous, et cette fortune dont nous ne voulons plus. Alors rien ne m’empêcherait de prendre par la main Suavita, ce pauvre ange, et de la reconduire à son père. On lui rendrait tout ce qu’on lui a pris; elle serait Mlle de Champmas, la seule! Et la sainte qui doit me voir d’en haut me pardonnerait, me bénirait…
Comme si tout en elle, et toujours, devait combattre contre cette douce victime qu’elle aimait! tout, jusqu’à son honnêteté, tout, jusqu’à son affection!
Elle n’eut pas même besoin d’agir. L’amour de Paul pour Ysole était né dès longtemps. C’était le premier éveil de sa jeunesse, et il avait failli en mourir.
Les devoirs nouveaux, imposés par l’adoption de Blondette, et surtout le serment de vengeance qu’il avait juré en lui-même contre les meurtriers de son frère, avaient couvert ce feu et ne l’avaient point éteint.
Quand Paul rencontra loin de Paris celle qui, la première, avait fait battre son cœur, bien changée, mais plus belle à ses yeux, sa passion se réveilla, timide comme lui-même, ardente et violente.
Ysole n’était jamais seule, dans ses longues courses en forêt. Sous le couvert, il y avait un œil avide qui incessamment la suivait.
Thérèse savait cela, et chaque fois que Paul abandonnait la pauvre Blondette pour courir après son rêve, Thérèse venait, secourable et impitoyable à la fois, consoler l’enfant qui souffrait.
Aujourd’hui, elle resta longtemps agenouillée auprès de Suavita endormie.
Toutes les choses que nous avons dites, elle les pensait, rappelant tour à tour à sa mémoire les tristesses de ces trois dernières années, ressassant ses tourments, ses craintes, peut-être ses remords.
Elle parlait à Suavita, qui ne pouvait l’entendre; elle lui demandait pardon.
D’autres fois, elle se confessait à elle, lui disant ses espoirs et plaidant la cause de cette fatalité qui, malgré elle, l’avait faite bourreau.
Elle s’absorbait si profondément en sa pensée que les choses extérieures ne la frappaient point.
L’ombre s’épaississait dans le bosquet parce que de grandes nuées orageuses voyageaient au ciel.
Suavita dormait toujours, la tête appuyée sur son bras que baignaient ses doux cheveux.
Thérèse tressaillit enfin à un bruit de pas rapides qui semblaient s’éloigner.
Elle regarda dans la direction du bruit et aperçut deux hommes qui fuyaient à travers les arbres.
Ce fait lui sembla si étrange, dans la propriété toujours sévèrement close de Paul Labre, qu’elle se releva en sursaut pour courir ou appeler.
Mais en ce moment une voix de femme enrouée tomba du haut de l’arbre même qui abritait le sommeil de Suavita.
– Ne vous donnez pas la peine, maman Soûlas, disait cette voix. La porte est restée ouverte, là-bas, et ils ont déjà la clef des champs, ces deux braves!
Elle regarda en l’air et vit notre ami Clampin, dit Pistolet, tout de neuf habillé, qui dégringolait le long du tronc lestement.
– Bonsoir, maman Soûlas, dit-il en touchant le sol. Est-ce que vous causez souvent comme ça, toute seule? c’est dangereux. Tiens! voilà la petite de M. Paul! Elle est mignonnette. Vous ne me remettez pas, on dirait! C’est moi qui ai fait la fin de votre minet; pauvre bête… mou, mou, mou… c’était l’effet des passions, mais je me range. Voilà l’histoire: je guettais ces deux-là qui sont entrés par la porte du bout, que la petiote a laissée ouverte. Avez-vous des ennemis, maman? Ils vous ont regardée, mais là… dans l’œil! Ils vous ont écoutée. J’en connais un des deux, M. Cocotte, qui ne vous assassinera pas; c’est pas son état… mais l’autre, dame! je crois qu’il est engagé pour ça, et il a une polissonne de mine!
IX Menaces
Clampin, dit Pistolet, prononça ce discours avec élégance, et d’un air bienveillant.
Comme apparence générale, il ne gagnait pas à avoir quitté son costume de gamin de Paris.
Son habit bourgeois, acheté par M. Badoît, à la Belle-Jardinière, le gênait aux entournures et portait déjà la marque des gymnastiques violentes auxquelles Pistolet se livrait par état et par tempérament.
La redingote était décousue au deux coudes, le pantalon éraillé aux deux genoux et le chapeau contusionné avait déjà besoin d’une médication énergique.
Mais nous verrons que ces diverses défaillances de toilette n’étaient pas un mal pour le rôle que Pistolet avait choisi.
Mme Soûlas restait tout étonnée à le regarder.
– Pourquoi vous êtes-vous introduit ici? demanda-t-elle.
– C’est drôle, répliqua le gamin, vous ne me remettez pas du tout, et moi-même j’ai eu pas mal de peine à vous reconnaître. Vous avez joliment descendu la garde depuis trois ans, savez-vous? Au temps où vous me donniez des restes de soupe, et elle était bonne, la soupe de MM. les inspecteurs, vous aviez encore des débris d’agrément, au physique. M. Badoît en tenait pour vous, à l’œuf, dites donc, et le Chopand aussi, et même M. Mégaigne, la laide bête! Pour vous raviver la mémoire, je demeurais sur le même carré de M. Paul; dans le trou au bois, et c’est là que je fis la fin de minet, un soir… Mou, mou, mou… Parbleu! tenez, le fameux soir où vous eûtes l’idée de découcher. Pas d’affront! ça ne me regarde pas. Et, ce soir-là, d’ailleurs, il y en eut tant et tant d’histoires et d’aventures à péripéties, qu’une de plus, une de moins… Où en était-on? ah! que vous me demandiez le pourquoi de mon grimpement au haut de l’arbre? Réponse: Pour mon plaisir et mes affaires. Est-ce que vous êtes assez bien dans l’établissement pour m’avoir un coup à boire? J’étrangle avec tout ce que j’ai fait d’utile et d’important depuis ce matin.
Thérèse, qui s’était remise, lui dit:
– Vous étiez avec M. Badoît, dans le temps?
– Juste! Et à cette époque-là, on se serait confessé à vous sans répugnance, c’est sûr. Mais il paraît que vous avez été à gauche un petit peu. Pas d’affront! Ça ne me concerne pas. C’est boire que je voudrais.
«La minette est jolie comme un cœur, dites donc! s’interrompit-il en jetant à Blondette un regard d’amateur. Est-ce que c’était elle, le petit paquet blanc que j’ai couru après, dans la rivière, jusqu’au pont de la Concorde, le soir… Parbleu! toujours le même soir que vous avez pris la peine de découcher!