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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Dans cette lettre, dont Mme Soûlas trouva le brouillon, Ysole s’accusait froidement et sans réserve.

Elle n’essayait pas même de mettre en avant l’excuse tirée des mesures à prendre pour l’évasion de son père, excuse vraie, pourtant.

La mère fut heureuse et presque fière de cette vaillance.

Ysole était coupable, mais non point comme elle l’avait un instant redouté.

Ysole aimait sa sœur.

Et Ysole donnait une telle preuve d’audacieuse franchise qu’il n’était point permis de mettre en doute sa parole.

Madame Soûlas ne parvint point à surprendre la réponse du général. Elle put constater seulement chez Ysole un redoublement de morne tristesse.

Et une fois Ysole, qui s’était prise pour elle de confiance et d’affection, lui dit:

– J’ai perdu le cœur de mon père. Vous qui le connaissez, vous savez s’il est bon: ce n’est que justice, et je n’ai pas le droit de me plaindre.

Comme Thérèse essayait de la consoler en appuyant précisément sur la noble bonté du général, Ysole ajouta:

– Il m’aimait plus que ma pauvre petite sœur. J’étais sa joie et son orgueil. J’ai tué sa joie et j’ai humilié son orgueil. Si ma pauvre petite Suavita, – et que Dieu le veuille! – était retrouvée, mon père me chasserait, je le sais… j’en suis sûre!

Ces paroles ne tombèrent point à terre, et le vrai supplice de Thérèse Soûlas commença.

Un supplice sourd, une torture de toutes les minutes, car, désormais, c’était sa propre conscience qui était entamée.

Et sa conscience, jusqu’alors, était restée droite, si profondes qu’eussent été les misères de sa vie.

Au moment où Ysole prononça ces mots qui devaient influer si gravement sur la conduite de sa mère, Thérèse Soûlas, à bout de combats et de sophismes, se rendait à l’évidence, au sujet de Blondette, que Paul Labre gardait toujours chez lui.

Après avoir fait tout au monde pour égarer les suppositions de Paul et l’éloigner de la vérité qu’elle fuyait elle-même, elle était sur le point d’avouer son erreur, non point à Paul, mais à Ysole.

Il lui semblait qu’Ysole, en se faisant la messagère de cette grande joie, en disant au généraclass="underline" Suavita est retrouvée! allait racheter tout d’un coup la tendresse de son père. Quant à la question de savoir comment Ysole accueillerait la nouvelle de l’existence de sa sœur, Thérèse n’avait aucun doute. Elle la voyait d’avance s’élancer vers le logis de Paul Labre et rapporter Suavita dans ses bras.

Mais Ysole avait dit: «Mon père me chasserait, j’en suis sûre.»

Pour la seconde fois, à son insu, comme la première, elle venait de prononcer l’arrêt de la pauvre Suavita.

Thérèse, placée entre sa conscience et sa fille, allait devenir coupable, et, cette fois, de parti pris.

Elle ne voulait pas que sa fille fût chassée.

Elle se rendit chez Paul Labre, occupé déjà de la grande guerre qu’il déclarait aux assassins de son frère, et reprit avec vivacité un thème que, naguère encore, elle soutenait de bonne foi: le crime manqué pouvait être tenté de nouveau. La seule protection efficace dont on pût couvrir cette pauvre chère enfant, c’était un absolu secret, une sévère retraite.

Paul venait d’entrer en possession de l’héritage de la tante. Blondette, qui ne se levait pas encore, n’avait besoin que de repos. Un logement fut loué très loin du quartier de la Préfecture, et Paul continua d’organiser sa vengeance.

Blondette resta cachée même aux agents que Paul choisissait pour composer sa petite armée.

Nous avons vu que M. Badoît ne la connaissait pas.

La punition de Thérèse était de voir Suavita qu’elle venait visiter chaque jour. L’enfant reprenait rapidement sa force, et aussi une sorte d’intelligence gracieuse et vive qui semblait ne s’appliquer qu’aux choses du présent. Elle avait la gentillesse d’un ange. À chaque instant, Mme Soûlas, effrayée, croyait deviner sur ses lèvres le nom de sa famille qu’elle allait prononcer au premier réveil de sa pensée.

Elle l’aimait de tout le mal qu’elle avait conscience de lui faire, mais elle la craignait jusqu’à souhaiter sa mort.

Parfois, quand elle contemplait le sommeil de l’enfant, elle avait une vision: elle voyait l’image de la comtesse décédée, celle qu’elle nommait «la sainte», se dresser devant elle dans une attitude de protection.

La sainte semblait lui dire:

– Ne tuez pas ma fille!

Le général comte de Champmas rentra en France par suite d’une de ces demi-mesures qu’on prenait volontiers du temps de Louis-Philippe. Il n’était pas gracié; on lui avait garanti tolérance.

Sa première entrevue avec Ysole fut clémente et douce, mais froide.

Il repoussa toute explication et défendit qu’il fût parlé du passé.

Thérèse Soûlas n’osait pas se montrer. Il la fit venir et lui témoigna une sorte de déférence respectueuse.

– Vous n’avez pas le secret de Mlle Ysole de Champmas, lui dit-il avec une tristesse résignée, elle n’a point le vôtre: c’est bien ainsi. N’allez pas au-delà, et vivez en paix près de nous, je le veux.

Ce fut, pour Ysole, un intérieur bien autrement morne et glacé que la vie même du couvent…

Le général semblait frappé au cœur.

Il ne parlait jamais de Suavita; mais quand la famille se fut installée au château de Champmas, le général ne laissa que deux portraits dans sa chambre à coucher, celui de Suavita et celui de la mère de Suavita.

Ysole sortait tous les jours à cheval, et faisait de longues promenades solitaires. Nul ne contrôlait ses actions.

Elle ne voyait personne. Elle avait fait seulement, depuis son arrivée, deux ou trois visites à la comtesse de Clare.

Un jour elle dit à Thérèse Soûlas:

– Il y a un jeune homme qui me suit. Je me trouve mal dans la maison de mon père. Si un ouvrier ou un paysan voulait de moi pour femme, j’essaierais d’être une bonne ménagère…

Elle acheva en baissant la tête et en parlant pour elle seule:

– Mais cela ne se peut pas être.

Le jeune homme était Paul Labre.

Thérèse Soûlas, depuis bien des semaines, voyait avec admiration l’effet produit sur la pauvre petite Blondette par la présence de Paul. C’était la vie même qui rentrait dans les pores de la chère enfant. Elle tressaillait au son de la voix de Paul; elle le suivait comme un chien suit son maître; quand Paul la regardait en souriant, ses grands yeux bleus se voilaient, alanguis par l’extase.

Hélas! Ysole en était à souhaiter la rude misère de ceux qui souffrent!

Tout ce qu’avait fait Thérèse, tout ce silencieux et amer dévouement, toute cette longue torture avaient abouti à ceci: Ysole ambitionnait le sort même qui eût été son partage sans le dur travail de sa mère.

Ysole était plus cruellement vaincue et plus découragée que les pauvres filles des champs – même celles qui ont été trompées.

Ysole était plus malheureuse que n’avait été sa mère!

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