Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Donc quand vient celui-l� qui ne conna�t que les cuisines, desquelles en effet sont charri�s des r�alit�s pour balances et des os pour chiens, je lui interdis de parler de l'homme car il n�gligera l'essentiel, � la fa�on de l'adjudant qui ne consid�re rien de l'homme que son aptitude au maniement d'armes.
Et pourquoi danserait-on dans ton palais alors que les danseuses exp�di�es aux cuisines t'enrichiraient d'un suppl�ment de nourriture? Et pourquoi y cis�lerait-on des aigui�res d'or quand en exp�diant les ciseleurs au chantier des aigui�res d'�tain on disposerait de plus d'aigui�res? Et pourquoi taillerait-on des diamants, et pourquoi �crirait-on des po�mes, et pourquoi observerait-on les �toiles, quand tu n'as qu'� les exp�dier ceux-l� battre le bl� pour disposer d'un suppl�ment de pain?
Mais comme dans ta cit� il te manquera quelque chose qui est pour l'esprit et non pour les yeux et non pour le sens, tu seras bien contraint de leur inventer de fausses nourritures, lesquelles ne vaudront plus rien. Et tu leur chercheras des fabricants qui leur fabriqueront leurs po�mes, des automates qui leur fabriqueront des danses, des escamoteurs qui de verre taill� tireront pour eux des diamants. Et voici qu'ils auront l'illusion de vivre. Bien qu'il ne soit plus rien en eux que caricature de la vie. Puisque celui-l� aura confondu le sens v�ritable de la danse, du diamant et du po�me � lesquels ne t'alimentent de leur part invisible qu'� condition d'avoir �t� gravis � avec un fourrage pour r�teliers. La danse est guerre, s�duction, assassinat et repentir. Le po�me est ascension de montagne. Le diamant est ann�e de travail chang�e en �toile. Mais l'essentiel leur manquera.
Ainsi du jeu de quilles: puisque ta joie est de faire tomber les quilles ennemies, tu tirerais bien du plaisir en t'en alignant des centaines et en te b�tissant une machine � les faire tomber�
CXIV
Mais ne crois pas que je m�prise en rien tes besoins. Ni m�me ne m'imagine qu'ils sont oppos�s � ta signification. Car je veux bien me traduire, pour te d�montrer ma v�rit�, en mots qui se tirent la langue comme n�cessaire et superflu, cause et effet, cuisine et salle de danse. Mais je ne crois point en ces divisions qui sont d'un langage malheureux et du choix d'une mauvaise montagne d'o� lire les mouvements des hommes.
Car de m�me que le sens de la ville, ma sentinelle n'y acc�de que quand Dieu l'enrichit de la clart� d'�il et d'oreille des sentinelles et qu'alors le cri du nouveau-n� ne s'oppose plus aux plaintes autour du mort, ni la foire au temple, ni le quartier r�serv� � la fid�lit� autre part dans l'amour, mais que de cette diversit� na�t la ville qui absorbe, �pouse et unifie, de m�me que l'arbre surgit un, des �l�ments divers de l'arbre, et de m�me que le temple domine de la qualit� de son silence ce disparate de statues, de piliers, d'autels et de vo�tes, de m�me je ne rencontre l'homme qu'� l'�tage o� il ne m'appara�t plus comme celui qui chante contre celui qui bat le bl�, ou danse contre celui qui verse le grain dans les sillons, ou observe les �toiles contre celui qui forge les clous, car si je te divise, je ne t'ai point compris et je te perds.
C'est pourquoi m'enfermant dans le silence de mon amour je m'en fus observer les hommes dans ma ville. Ayant d�sir de la comprendre.
(Note pour plus tard: Ne croyant point qu'il soit d'une id�e pr�con�ue de choisir le rapport des activit�s. La raison n'a rien � y voir. Car tu ne construis point un corps � partir d'une somme. Mais tu plantes une graine et c'est telle somme qui se montre. Et c'est la qualit� de l'amour dont na�tra seule raisonnablement la proportion, laquelle te sera invisible par avance, sauf dans le langage stupide des logiciens, des historiens et des critiques qui te montreront tes morceaux et combien tu eusses pu en grossir l'un aux d�pens des autres, d�montrant ais�ment que celui-l� est � grossir plut�t que l'autre, alors qu'ils eussent tout aussi bien �tabli le contraire, car si tu inventes l'image des cuisines et celle de la salle de danse, il n'est point de balance pour te d�partager l'importance de l'une ou de l'autre. C'est que ton langage devient vide de sens d�s que tu pr�juges de l'avenir. Construire l'avenir c'est construire le pr�sent. C'est cr�er un d�sir qui est pour aujourd'hui. Qui est d'aujourd'hui vers demain. Et non r�alit� des actes qui n'ont de sens que pour demain. Car si ton organisme s'arrache au pr�sent il meurt. La vie qui est adaptation au pr�sent et permanence dans le pr�sent repose sur des liens innombrables que le langage ne peut saisir. L'�quilibre est fait de mille �quilibres. Et il en est, si tu en tranches un seul � la suite d'une d�monstration abstraite, comme de l'�l�phant qui est construction �norme et qui cependant, si tu tranches un seul de ses vaisseaux, va mourir. Il ne s'agit point l� de souhaiter que tu ne changes rien. Car tu peux tout changer. Et d'une plaine �pre tu peux faire une plantation de c�dres. Mais il importe non pas que tu construises des c�dres mais s�mes des graines. Et � chaque instant la graine elle-m�me ou ce qui na�tra de la graine sera en �quilibre dans le pr�sent.)
Mais il est plusieurs angles sous lesquels voir les choses. Et si je choisis la montagne qui me d�partage les hommes selon leur droit aux provisions, il est probable que je m'irriterai selon ma justice. Mais probable il est aussi que ma justice serait autre d'une autre montagne qui autrement d�partagerait les hommes. Et je voudrais que toute justice soit rendue. C'est pourquoi je fis observer les hommes.
(Car il n'est point une justice mais un nombre infini. Et je puis bien d�partager par l'�ge pour r�compenser mes g�n�raux en les faisant cro�tre en honneurs et en charges. Mais je puis aussi bien leur permettre un repos qui augmente avec les ann�es et, en les d�chargeant de leurs charges et en couvrant des �paules jeunes. Et je puis juger selon l'empire. Et je puis juger selon les droits de l'individu ou, � travers lui, contre lui, selon l'homme.)
Et si consid�rant la hi�rarchie de mon arm�e je tiens � juger de son �quit� me voil� pris dans un r�seau de contradictions irr�ductibles. Car il est les services rendus, les capacit�s, le bien de l'empire. Et je trouverai toujours une �chelle de qualit� indiscutable qui me d�montrera mon erreur selon une autre. Donc peu me trouble que l'on me montre qu'il est un code �vident selon lequel mes d�cisions sont monstrueuses, connaissant d'avance que quoi que je fasse il en sera ainsi et qu'il importe de peser un peu, de m�rir un peu la v�rit� pour l'obtenir non dans les mots mais dans son poids. (Ici peut �tre parl� des lignes de force.)
CXV
Donc je consid�rais comme vain de lire ma cit� du point de vue des b�n�ficiaires. Car tous sont critiquables. Et ce n'�tait point l� mon probl�me. Ou plus exactement il ne se posait qu'en second. Car ensuite je d�sire certes que mes b�n�ficiaires soient ennoblis et non ab�tardis par l'usage du b�n�fice. Mais m'importe d'abord le visage de ma cit�.
Donc je m'en fus me promener, flanqu� d'un lieutenant qui interrogeait les passants.
�Que fais-tu dans la vie? demandait-il, au hasard des rencontres, � l'un ou � l'autre.
��Je suis charpentier, disait celui-l�.
��Je suis laboureur, disait cet autre.
��Je suis forgeron, disait le troisi�me.
��Je suis berger�, disait un autre.
Ou je creuse des puits. Ou je soigne des malades. Ou j'�cris pour ceux qui ne savent �crire. Ou je suis boucher pour la viande. Ou je mart�le des plateaux � th�. Ou je tisse des toiles. Ou je couds des v�tements. Ou�
Et il m'apparaissait que ceux-l� travaillaient pour tous. Car tous consomment du b�tail, de l'eau, des rem�des, des planches, du th� et des v�tements. Et nul ne consomme exag�r�ment pour son propre usage car tu manges une fois et te soignes une fois, tu t'habilles une fois, tu bois une fois le th�, tu �cris une fois tes lettres et tu dors dans un lit d'une maison.