Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Et la grande lutte contre les objets: l'heure est venue de te parler de ta grande erreur. Car j'ai jug� fervents et j'ai reconnu comme heureux, brassant et rebrassant la gangue dans le d�nuement des terres craquantes, meurtris de soleil comme un fruit blet, �corch�s aux pierres, taraudant dans la profondeur de l'argile pour remonter dormir nus sous la tente, ceux-l� qui vivaient d'extraire une fois l'an un diamant pur. Et j'ai vu malheureux, aigres de c�ur et divis�s ceux qui, de recevoir dans leur luxe des diamants, ne disposaient cependant plus que de verroterie inutile. Car tu n'as pas besoin d'un objet mais d'un dieu.
Car la possession de l'objet certes est permanente, mais non point l'aliment que tu en re�ois. Car l'objet n'a de sens que de t'augmenter, et tu t'augmentes de sa conqu�te mais non de sa possession. C'est pourquoi je v�n�re celui-l� qui provoque, �tant conqu�te difficile, cette ascension de montagne, cette �ducation en vue d'un po�me, cette s�duction de l'�me inaccessible, et t'oblige ainsi de devenir. Mais je m�prise tel autre qui est provision faite car tu n'as plus rien � en recevoir. Et, une fois d�gag� le diamant, qu'en feras-tu?
Car j'apporte le sens de la f�te, lequel �tait oubli�. La f�te est couronnement des pr�paratifs de la f�te, la f�te est sommet de montagne apr�s l'ascension, la f�te est capture du diamant quand il t'est permis de le d�gager de la terre, la f�te est victoire couronnant la guerre, la f�te est premier repas du malade dans le premier jour de sa gu�rison, la f�te est promesse de l'amour quand elle baisse les yeux si tu lui parles�
Et c'est pourquoi j'inventai pour t'instruire cette image:
Si je le d�sirais je te pourrais cr�er une civilisation fervente, pleine de joie dans les �quipes et de rires clairs des ouvriers qui reviennent de leur travail, et d'un go�t puissant de la vie, et d'attente chaude des miracles du lendemain et du po�me o� l'on fera retentir sur toi les �toiles et o�, cependant, tu ne ferais rien d'autre que de piocher le sol pour en extraire ces diamants qui deviendront enfin lumi�re apr�s cette mue silencieuse dans les entrailles du globe. (Car venus du soleil, puis devenus foug�res, puis nuit opaque, les voil� redevenus lumi�re.) Donc, t'ai-je dit, je t'assure une vie path�tique si je te condamne � cette extraction et te convie pour un jour de l'ann�e � la f�te capitale, laquelle consistera en offrande des diamants, qui devant le peuple en sueur seront br�l�s et rendus en lumi�re. Car tes mouvements int�rieurs ne sont point gouvern�s par l'usage des objets conquis et ton �me s'alimente du sens des choses et non des choses.
Et certes, ce diamant, j'en pourrais tout aussi bien pour ton luxe fleurir une princesse plut�t que le br�ler. Ou, l'enfermant dans un coffret au secret d'un temple, le faire rayonner plus fort non pour les yeux mais pour l'esprit (qui � travers les murs s'en alimente). Mais, certes, je n'en ferai rien d'essentiel pour toi si je te le donne.
Car il se trouve que j'ai compris le sens profond du sacrifice qui n'est point de t'amputer de rien mais de t'enrichir. Car tu te trompes de mamelle quand tu tends les bras vers l'objet alors que tu cherchais son sens. Car si je t'invente un empire o� chaque soir on te distribue des diamants r�colt�s ailleurs, autant t'enrichir de cailloux, car tu n'y trouveras plus rien de ce que tu souhaitais d'obtenir. Plus riche celui-l� qui peine l'ann�e durant contre le roc et br�le une fois l'an le fruit de son travail pour en tirer l'�clat de lumi�re, que celui-l� qui tous les jours re�oit, venus d'ailleurs, des fruits qui n'ont rien exig� de lui.
(Ainsi d'une quille: ta joie est de la renverser. Et c'est la f�te. Mais tu n'as rien � attendre d'une quille tomb�e.)
C'est pourquoi sacrifices et f�tes se confondent. Car tu montres par l� le sens de ton acte. Mais comment pr�tendrais-tu que la f�te est autre chose qu'une fois ramass� le bois, le feu de joie quand tu le br�les, une fois gravie la montagne, tes muscles heureux dans l'�tendue, une fois extrait le diamant, son apparition � la lumi�re, une fois m�res les vignes, la vendange? O� vois-tu qu'il serait possible d'user d'une f�te comme d'une provision? Une f�te c'est apr�s la marche ton arriv�e et couronnement ainsi de ta marche, mais tu n'as rien � esp�rer de ton changement en s�dentaire. Et c'est pourquoi tu ne t'installes ni dans la musique, ni dans le po�me, ni dans la femme conquise, ni dans le paysage entrevu du haut des montagnes. Et je te perds si je te distribue dans l'�galit� de mes jours. Si je ne les ordonne selon un navire qui va quelque part. Car le po�me lui-m�me est une f�te � condition de le gravir. Car le temple est une f�te de t'y d�livrer des soucis m�diocres. Tu as tous les jours souffert de la ville qui t'a bris� de son charroi. Tu as tous les jours subi cette fi�vre n�e de l'urgence et du pain � gagner et des-maladies � gu�rir et des probl�mes � d�nouer, te rendant ici, te rendant l�, riant ici et pleurant l�. Puis vient l'heure accord�e au silence et � la b�atitude. Et tu montes les marches et pousses la porte et il n'est plus rien pour toi que pleine mer et contemplation de la Voie Lact�e et provision de silence et victoire contre l'usuel, et tu en avais besoin comme de nourriture car tu avais souffert des objets et des choses lesquels ne sont point pour toi. Et il te fallait ici devenir pour qu'un visage te naisse des choses et qu'une structure s'�tablisse qui leur donn�t un sens � travers les spectacles disparates du jour. Mais que viendras-tu faire dans mon temple si tu n'as point v�cu dans la ville, et lutt� et gravi et souffert, si tu n'apportes point la provision de pierres qu'il s'agit en toi de b�tir. Je te l'a dit de mes guerriers et de l'amour. Si tu n'es qu'amant il n'est personne qui aime et la femme b�ille aupr�s de toi. Le guerrier seul peut faire l'amour. Si tu n'es que guerrier il n'est personne qui meure sinon insecte v�tu d'�caill�s de m�tal. L'homme seul et qui a aim� peut mourir en homme. Et il n'est point ici contradiction sinon dans le langage. Ainsi fruits et racines ont m�me commune mesure qui est l'arbre.
CXIII
Car nous ne nous entendons pas sur la r�alit�. Et moi je d�nomme r�alit� non ce qui est mesurable dans une balance (de laquelle je me moque car je ne suis point une balance et peu m'importent les r�alit�s pour balance), mais ce qui p�se sur moi. Et p�se sur moi ce visage triste ou cette cantate ou cette ferveur dans l'empire ou cette piti� pour les hommes ou cette qualit� de la d�marche ou ce go�t de vivre ou cette injure ou ce regret ou cette s�paration ou cette communion dans la vendange (bien plus que les grappes vendang�es, car si m�me on les porte ailleurs pour les vendre, j'en ai d�j� re�u l'essentiel. Ainsi de celui-l� qui devait �tre, d�cor� par le roi et qui participa � la f�te, jouit de son rayonnement, re�ut les f�licitations de ses amis, et connut ainsi l'orgueil du triomphe � mais le roi mourut d'une chute de cheval avant d'avoir accroch� contre sa poitrine l'objet de m�tal. Me diras-tu que l'homme n'a rien re�u?).
La r�alit� pour ton chien c'est un os. La r�alit� pour ta balance c'est un poids de fonte. Mais la r�alit� pour toi est d'une autre nature.
Et c'est pourquoi je dis futiles les financiers et raisonnables les danseuses. Non que je m�prise l'�uvre des premiers mais parce que je m�prise leur morgue, leur assurance et leur satisfaction de soi car ils se croient le but et la fin et l'essence quand ils ne sont que des valets, et qu'ils servent d'abord les danseuses.
Car ne te trompe point sur le sens du travail. Il est des travaux qui sont urgents. Comme des cuisines de mon palais. Car s'il n'est point de nourriture il n'est point d'hommes. Et il convient que les hommes d'abord soient nourris, v�tus et abrit�s. Il convient qu'ils soient, tout simplement. Et de tels services sont d'abord urgents. Mais l'important ne se loge point ici: il se loge dans leur seule qualit�. Et les danses et les po�mes et les ciseleurs des �tages d'en haut, et le g�om�tre et l'observateur des �toiles, que permet d'abord le travail des cuisines, sont seuls qui honorent l'homme et qui lui donnent un sens.