À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1989
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2221056523
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
— Nous détruisons beaucoup, mais nous n’apprenons pas grand-chose, dit tristement Hresh à Taniane un jour où s’étaient succédé trois désastres de ce genre.
Mais Vengiboneeza recelait une incroyable richesse d’objets fabriqués de la Grande Planète. Les Chercheurs rapportaient de nouveaux trésors tous les jours ou presque. Hresh était attristé d’en voir certains disparaître, mais la destruction partielle était peut-être une étape nécessaire sur la voie de la connaissance. Il lui fallait coûte que coûte poursuivre les expériences. Tel était son devoir, car le destin de la tribu était en jeu. Et peut-être aussi son destin personnel ; car il n’était pas là pour découvrir de simples jouets mais pour percer les secrets qui devaient permettre au Peuple d’asseoir sa domination sur la planète.
La saison chaude et humide revint : c’était l’hiver. Quand les vents d’est porteurs de fraîcheur cessèrent de souffler et qu’arrivèrent les premières grosses pluies, Torlyri alla accomplir l’offrande de l’hiver. La raison pour laquelle Hresh avait appelé cette saison hiver était que le soleil demeurait bas dans le ciel, mais le temps était si doux que cela paraissait un peu étrange à Torlyri. L’hiver n’était-il pas censé être une époque froide et n’avaient-ils pas appelé hiver l’interminable période aux rigueurs mortelles, ce Long Hiver de la planète où tout avait péri par le froid et où tous les êtres vivants avaient été obligés de trouver un abri ?
Mais Torlyri percevait la différence qui existait entre le Long Hiver et un hiver ordinaire. Il y avait de grands cycles et des cycles courts. Le Long Hiver, le pire cataclysme qui eût jamais frappé la planète, était une phase de ces grands cycles qui s’étendaient sur des périodes incommensurables et apportaient la ruine à des intervalles infiniment éloignés. Il avait été envoyé du plus loin des cieux pour anéantir la planète et il s’écoulerait des millions d’années avant qu’une telle catastrophe se reproduise. Les époques se succéderaient dans l’ignorance du dernier Long Hiver du grand cycle aussi bien que du prochain et inéluctable cataclysme.
L’hiver ordinaire n’était, lui, qu’une des saisons du cycle court. Il pouvait être extrêmement différent d’une région de la planète à l’autre. Hresh lui avait expliqué comment venaient les saisons, mais c’était toujours un peu flou dans son esprit. Cela avait un rapport avec le mouvement du Soleil autour de la Terre, ou de la Terre autour du Soleil… Elle ne savait plus très bien. L’hiver était l’époque de l’année où le Soleil s’élevait à peine au-dessus de l’horizon. En général, c’était une saison froide — et Torlyri se souvenait de leur pénible traversée du continent après le Départ du cocon — mais dans certaines contrées favorisées, l’hiver pouvait être doux et agréable. Vengiboneeza se trouvait dans une de ces régions favorisées et c’est pour cela que les yeux de saphir, qui ne supportaient pas le froid, avaient choisi d’y bâtir leur capitale.
La ronde des saisons ne s’arrêtait donc jamais. L’hiver est revenu, songea Torlyri. Notre chaud et humide hiver de Vengiboneeza. Le temps s’écoule et nous avançons tous en âge.
La tribu se développait rapidement. Presque tous ceux qui avaient quitté le cocon étaient encore en vie et leur petite colonie avait vu l’arrivée de nombreux enfants. Ceux qui étaient encore des enfants au sortir du cocon approchaient maintenant de l’âge adulte. Taniane, Hresh, Orbin, Haniman… Ils étaient maintenant presque assez grands pour être initiés aux mystères du couplage. Après quoi, ils trouveraient quelqu’un avec qui former un couple. Et ils auraient des enfants à leur tour.
Torlyri se demandait ce que cela faisait d’avoir un enfant. De sentir la vie se développer jour après jour dans son ventre. De la sentir palpiter et chercher à sortir. Puis de s’aliter, entourée de femmes, et d’ouvrir les jambes pour expulser le petit être.
Jamais Torlyri ne s’était beaucoup préoccupée de trouver un compagnon ou de mettre un enfant au monde, mais depuis au moins un an, elle caressait maintenant cette idée. C’est une idée qui était dans l’air depuis la venue du Printemps Nouveau. Un certain nombre de couples s’étaient formés au sein de la tribu et tous ceux, ou presque, qui n’avaient pas trouvé de compagnon avaient au moins songé à le faire. Koshmar s’était moquée à plusieurs reprises de l’humeur badine de Torlyri lorsqu’elle était en compagnie de tel ou tel homme. Mais Koshmar ne semblait pas vraiment inquiète. La coutume interdisait à la femme-offrande de prendre un compagnon et Koshmar savait que l’accouplement ne l’avait jamais beaucoup intéressée.
Torlyri était encore une jeune fille quand elle avait été choisie pour devenir la prochaine femme-offrande. A l’époque, Thekmur était le chef de la tribu et Gonnari la femme-offrande. Elles avaient à peu près le même âge et devaient donc franchir le sas à quelques semaines d’intervalle. Thekmur avait choisi Koshmar pour lui succéder et Gonnari avait fait de même avec Torlyri. Pendant les cinq années qui avaient suivi, les deux jeunes filles, déjà devenues compagnes de couplage, avaient été formées pour assumer les lourdes responsabilités qui seraient les leurs. Puis le jour de mort était arrivé pour Thekmur et pour Gonnari et l’existence de Koshmar et de Torlyri avait été bouleversée.
Cela s’était passé douze ans auparavant. Torlyri avait maintenant trente-deux ans, bientôt trente-trois. Si la tribu avait encore vécu dans le cocon, son propre jour de mort ne serait plus distant que de deux années et elle serait déjà en train de former celle qui était appelée à lui succéder. Mais il n’était plus question de limite d’âge ni de jour de mort. Torlyri demeurerait la femme-offrande jusqu’à son dernier souffle. Et au lieu de penser à la mort, elle pensait à trouver un compagnon.
Comme tout cela était étrange.
Elle s’était déjà accouplée avec un homme — tout le monde le faisait, même ceux qui n’avaient pas la fonction d’un géniteur — mais pas très souvent et pas depuis très longtemps. L’accouplement était censé procurer énormément de plaisir, mais ce plaisir était toujours demeuré étranger à Torlyri. Elle ne trouvait pas l’union charnelle déplaisante, mais elle y demeurait insensible. C’était pour elle une série de mouvements que l’on exécutait avec son corps et qui n’étaient pas plus satisfaisants que n’importe quel exercice physique.
Elle avait eu sa première expérience à quatorze ans, peu après son jour de couplage, l’âge normal pour une initiation de ce genre. C’était avec Samnibolon, celui qui allait devenir le compagnon de Minbain. Il s’était approché d’elle dans un endroit écarté du cocon et l’avait prise par les épaules. Puis il avait commencé à caresser sa fourrure sombre et elle avait enfin compris où il voulait en venir. Il ne semblait pas y avoir de mal à cela. Elle s’ouvrit comme elle avait vu les femmes plus âgées le faire et il introduisit en elle son organe rigide. Il commença à se déplacer rapidement d’avant en arrière et ils roulèrent l’un sur l’autre. Au bout d’un certain temps, il poussa un grognement et relâcha son étreinte. Ils demeurèrent encore quelque temps enlacé et Samnibolon lui dit qu’elle était belle et qu’elle deviendrait une femme passionnée. Ce fut tout. Plus jamais il ne revint la voir et peu de temps après il prit Minbain pour compagne.
Un ou deux ans plus tard, le vieux guerrier Binigav l’entraîna à l’écart et lui demanda de s’accoupler avec lui. Comme il était gentil et qu’il approchait de la limite d’âge, elle accepta. Il fut très tendre avec elle et il demeura très longtemps en elle, mais tout ce qu’elle ressentit fut une chaleur diffuse et agréable dans son ventre, mais dépourvue d’intensité.