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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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La troisième fois, ce fut avec Moarn, le père du Moarn qui était devenu un des guerriers de la tribu. Moarn avait déjà une compagne et Torlyri fut très étonnée quand il lui fît des avances à la fin d’un repas de fête. Moarn avait bu trop de vin de velours et elle aussi. Ils s’étreignirent farouchement, mais Torlyri ne fut pas certaine de s’être véritablement accouplée avec lui ; elle se souvint qu’il y avait eu certaines difficultés. De toute façon, l’expérience n’avait pas été mémorable. Elle ne s’était accouplée qu’avec ces trois hommes : Samnibolon, Binigav et Moarn. Et ils étaient tous les trois morts depuis longtemps. Quant à elle, après avoir été choisie dans sa dix-huitième année pour devenir la prochaine femme-offrande, jamais plus elle n’avait cherché à renouveler cette expérience.

Mais maintenant, c’était différent.

Depuis plusieurs semaines, Lakkamai la regardait bizarrement. A quoi pouvait bien penser cet homme distant et renfermé ? Jamais personne ne l’avait regardée de cette manière. Ses yeux gris étaient mouchetés de vert, ce qui leur conférait une mystérieuse profondeur. Lakkamai semblait essayer de lire au plus profond de son âme.

Chaque fois qu’elle se tournait brusquement pour regarder autour d’elle, elle surprenait les yeux de Lakkamai fixés sur elle. Il détournait précipitamment la tête et faisant semblant d’être occupé à faire quelque chose, à faire n’importe quoi. Parfois elle lui souriait ; parfois elle se détournait elle aussi. Mais quand, cinq ou dix minutes plus tard, elle relevait les yeux, son regard était encore braqué sur elle.

Torlyri commença à comprendre.

Elle se surprit de plus en plus souvent à regarder Lakkamai pour voir s’il la regardait. Puis elle se surprit à regarder Lakkamai pour le plaisir de le regarder, même quand il avait le dos tourné. Il avait un corps à la fois gracieux et robuste. Ce n’était pas la force physique brute d’Harruel, mais il émanait de lui une grande énergie, une profonde vitalité qui n’était pas sans rappeler à Torlyri celle de l’Homme au Casque qui avait rendu l’âme pendant son interrogatoire. Lakkamai était un des hommes les plus âgés de la tribu, un guerrier accompli, dont la fourrure d’un beau rouge-brun ne présentait pourtant pas la plus petite trace de gris. Il avait le visage allongé, le menton pointu et les yeux très enfoncés. Il avait toujours été taciturne et, malgré la modeste importance de la tribu et l’inévitable promiscuité du cocon, Torlyri avait le sentiment de très mal le connaître.

Une nuit, elle rêva qu’elle s’accouplait avec lui.

Le rêve la prit par surprise. Elle partageait la couche de Koshmar et, ce soir-là, pour la première fois depuis plusieurs semaines, le couplage les avait unies. Torlyri aurait dû penser à Koshmar en dormant. Mais c’est Lakkamai qu’elle avait vu, se tenant en silence au-dessus d’elle et la regardant intensément. Elle l’avait attiré à elle, il l’avait rejointe en flottant et Koshmar avait disparu, les laissant seuls sur la couche. Elle avait senti Lakkamai entrer en elle, puis une chaleur vive dans son ventre et elle avait compris qu’il avait engendré un enfant.

Elle s’était réveillée en poussant un cri et, tremblante, s’était dressée sur son séant.

— Que se passe-t-il ? demanda aussitôt Koshmar. Tu as fait un rêve ?

— J’ai eu froid, dit-elle en secouant la tête. J’ai senti l’air de l’hiver sur mon visage.

Jamais encore elle n’avait menti à Koshmar.

Mais jamais encore elle n’avait désiré un homme.

Le lendemain, quand Torlyri vit Lakkamai devant le temple, elle fut incapable de le regarder dans les yeux, tellement elle avait le sentiment de s’être véritablement accouplée avec lui pendant la nuit. Si le souvenir qu’elle avait gardé de son rêve était si vif, il avait dû le percevoir lui aussi. Elle avait l’impression qu’il devait déjà tout savoir d’elle, le poids de ses seins dans ses mains, le goût de sa bouche, le parfum de son haleine. Et Torlyri eut soudain l’impression d’être redevenue une jeune fille. Une jeune fille très niaise.

La nuit suivante, elle rêva de nouveau de Lakkamai. Elle haletait, elle gémissait, elle frémissait dans ses bras et, quand elle se réveilla, Koshmar la regardait, les yeux brillant dans l’obscurité, comme si elle s’imaginait que sa compagne de couplage était en train de perdre la raison.

La troisième nuit, le rêve revint, de plus en plus tangible. Elle faisait pendant son accouplement avec Lakkamai des choses qu’elle n’avait jamais vu personne faire, qu’elle n’aurait jamais imaginé que l’on pût avoir envie de faire. Et cela lui procurait un plaisir intense et profond.

C’était plus qu’elle n’en pouvait supporter.

Le lendemain matin, les pluies qui inondaient la ville depuis plusieurs semaines s’étaient enfin arrêtées et, dans les trouées des nuages, le bleu lumineux du ciel d’hiver avait l’intensité d’une sonnerie de trompette. Torlyri accomplit l’offrande du lever du soleil puis, d’une démarche très calme, elle se dirigea vers la maison où logeaient les guerriers célibataires. A l’angle du bâtiment était accrochée une cage où étaient enfermés trois petits animaux noirs au regard mauvais qui tournaient en rond en poussant de petits cris furieux et perçants. Torlyri leur lança en passant un regard compatissant.

Lakkamai attendait sur le pas de la porte, comme s’il avait su qu’elle allait venir. Très détendu en apparence, il était adossé au mur et la regardait approcher en silence. Ses yeux froids et graves n’avaient plus le regard scrutateur qu’il dirigeait si souvent sur elle ces derniers temps. Mais les commissures de ses lèvres étaient agitées par un mouvement convulsif qui trahissait sa tension intérieure, mais dont il ne semblait pas se rendre compte.

— Viens, dit doucement Torlyri. Marchons un peu. La pluie a cessé.

Lakkamai acquiesça de la tête et il s’éloignèrent en conservant entre eux une telle distance qu’Harruel, avec sa forte carrure, aurait eu largement la place de passer. Ils longèrent les différentes maisons abritant la tribu, puis la tour hexagonale de pierre pourpre transformée en temple, le jardin d’agrément que Boldirinthe, Galihine et quelques autres entretenaient avec le plus grand soin et enfin le bassin miroitant, baigné d’une lumière rose, dont les yeux de saphir raffolaient. Ni l’un ni l’autre n’avait ouvert la bouche et ils regardaient droit devant eux. Torlyri crut apercevoir Hresh, Konya et Taniane du coin de l’œil et peut-être même Koshmar. Mais personne ne l’appela et elle elle préféra ne pas tourner la tête.

Derrière le jardin des femmes et le bassin de lumière des yeux de saphir se trouvait un autre jardin à la végétation exubérante, où des arbres aux branches tordues et des arbustes au tronc curieusement ventru et aux feuilles noires poussaient au milieu d’un enchevêtrement de plantes rampantes sur un épais tapis de mousse bleuâtre. Torlyri pénétra dans le jardin. Lakkamai marchait toujours à côté d’elle, mais il s’était rapproché. Ils n’avaient toujours pas échangé un mot. Ils firent une vingtaine de pas dans le jardin et découvrirent une trouée entre les arbres, presque une charmille. Torlyri se tourna vers Lakkamai et lui sourit. Le guerrier posa les mains sur ses épaules, comme s’il voulait l’obliger à s’allonger avec lui sur la mousse. Mais il n’eut pas besoin d’appuyer. Ils se laissèrent tomber à terre d’un même mouvement.

Elle n’aurait su dire si c’était lui qui était entré en elle ou bien elle qui l’avait attiré entre ses jambes, mais ils se retrouvèrent serrés l’un contre l’autre et leurs corps ne faisaient plus qu’un. L’épaisse couche de mousse sur laquelle ils étaient allongés produisait un léger clapotis. La mousse était gorgée de toute l’eau tombée pendant des semaines et Torlyri s’imagina qu’ils l’écrasaient au fond de la petite cuvette dont elle tapissait le fond et qu’une mare allait se former autour d’eux. C’est avec plaisir qu’elle eût laissé l’eau tiède recouvrir tout son corps.

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