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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Arrivé à ce stade de sa carrière et de son immense notoriété, on pourrait légitimement se demander pour quelle raison Louis ne se sent pas de taille à interpréter un rôle dramatique. Cette question revient, aujourd’hui, régulièrement. Combien de fois lui fut-elle posée ? Il apporte lui-même la réponse au journaliste Guy Tessère[312] en précisant : «  Pour moi, le vaudeville est une tragédie. C’est ainsi que je joue. Dans Oscar, les gens rient parce qu’il ne m’arrive que des catastrophes… Je n’ai pas besoin d’être clownesque, parce que les gens s’amusent des ennuis des autres… Si je me permettais le moindre clin d’œil, ce serait fini, le public s’envolerait…  » En effet, son public n’aurait pas compris, et il le respectait trop pour ne pas tomber dans ce piège et le dérouter. À l’avenir, Louis de Funès ne fera donc jamais pleurer, mais il saura émouvoir et se montrer tragique, voire tremblant de peur, dans certaines situations, comme nous le verrons dans La Grande Vadrouille. Mais pour l’heure, Louis de Funès gagne par K.-O. sa propre bataille du rire auprès du public et même auprès des « professionnels de la profession » en récoltant sa première grande récompense, le 6 novembre 1965, lors de la 20e Nuit du cinéma au Théâtre Marigny en recevant des mains de Gina Lollobrigida la Victoire du cinéma pour Le Gendarme de Saint-Tropez, en présence du prince et de la princesse de Monaco, d’Audrey Hepburn ou encore de Mel Ferrer.

Quelques jours plus tard, Gérard Oury l’invite avec Bourvil dans son « quartier général » situé à l’angle de la rue de Sèze et de la rue Godot-de-Mauroy, à deux pas de la Madeleine, pour leur remettre la première version dactylographiée de The Great Vadrouille. Avec ce document de presque deux cents pages, Louis aura tout le loisir de découvrir ce qui l’attend dans sept mois, même s’il n’ignore pas qu’il y aura certainement des modifications. Gérard Oury l’informe que Georges Vallon est en train de parcourir la Bourgogne afin de repérer les éventuels lieux de tournage, que ce soit à Chalon-sur-Saône, Vézelay, Noyers-sur-Serein ou encore Nevers qui serait idéal pour y installer la Kommandantur. Vallon devra ensuite visiter les Hospices de Beaune avant de se rendre en Suisse où doit s’achever le long périple de Bourvil et de De Funès poursuivis par les Allemands. Le scénario prévoit, en effet, que les héros échapperont à leurs poursuivants à ski et en luge en passant par les Pyrénées à destination de l’Espagne. Oury envisage de réaliser leur fuite dans les Alpes, dont les couches de neige sont plus stables que celles des Pyrénées. Il prévient Louis que, pour ces scènes, il songe très sérieusement au comédien et alpiniste Maurice Baquet pour le doubler[313]. Quant au choix de leurs partenaires anglais et allemands, il leur fait part de son intention de retenir Terry-Thomas, Claudio Brook, Benno Sterzenbach et Mike Marshall en justifiant sa sélection en fonction d’une part des impératifs financiers — cette grosse production pour être rentable doit compter une distribution internationale donc exportable — et d’autre part des critères artistiques ou affectifs ! Gérard Oury ne fait pas mystère de son admiration pour le très britannique Terry-Thomas, qui l’a fait rire aux éclats aussi bien dans Un monde fou, fou, fou de Stanley Kramer que dans Comment tuer votre femme de Richard Quine, et qu’importe s’il est l’acteur le mieux payé de son pays. Le Mexicain Claudio Brook vient de s’installer en France, où il a tourné sous la direction de Louis Malle dans Viva Maria et de Denys de La Patellière dans Du rififi à Paname avec Jean Gabin. Le Germain Benno Sterzenbach, très populaire en Allemagne, souhaite donner à sa carrière une dimension internationale. Quant à Mike Marshall, le fils de Michèle Morgan et du réalisateur américain Bill Marshall, il veut à vingt-deux ans quitter les États-Unis et ses études de droit pour se rapprocher de sa mère dont il a été séparé très jeune. Il n’a pas beaucoup d’expérience, mais il suit des cours de comédie et comment Gérard Oury pourrait-il refuser de faire ce cadeau à sa compagne ? Pour ce qui est des principaux rôles féminins, rien n’est encore arrêté, même s’il semble évident qu’Andréa Parisy sera de la partie. Ne vit-elle pas depuis quelques mois aux côtés de leur producteur Robert Dorfmann, qu’il serait malvenu de contrarier, d’autant qu’il se démène comme un beau diable pour trouver des investissements en prévendant The Great Vadrouille aux exploitants de salles de cinéma français qui ont déjà engrangé pas mal d’argent avec Le Corniaud. Une idée aussi originale que nouvelle qui fera rapidement école à l’avenir.

Louis est ravi d’apprendre tout cela, sentant, une fois encore, qu’il ne s’est pas trompé en faisant confiance à son ami. Il peut donc continuer en toute quiétude à peaufiner son ouvrage sur son Grand Restaurant, même s’il n’en a pas tout à fait fini avec Le Gendarme de Saint-Tropez. Il est sollicité par la station de radio Europe no 1 afin de prêter sa voix à un conte de Noël baptisé Le Gendarme de Bethléem, écrit par Claude Dufresne. Une fantaisie sur la Nativité infiniment respectueuse, vue par les yeux d’un gendarme chargé de veiller sur les cadeaux offerts par les Rois mages au nouveau-né. Une histoire gentillette, qui a bénéficié de l’agrément des autorités religieuses et qu’il enregistre avec pour partenaires Michel Galabru, Élisabeth Wiener et Pierre Tornade dans une mise en ondes signée Francis Morane quelques jours avant la sortie en salles de Fantômas se déchaîne, le 8 décembre.

Ce second opus est diversement accueilli par la presse. Certains n’hésitent pas à écrire que Fantômas « n’est plus qu’un faire-valoir pour Le Gendarme de Saint-Tropez », mais il obtient aisément les suffrages des spectateurs qui n’ont de regard que pour Louis de Funès et la plastique de Mylène Demongeot. Un succès qui incite déjà Alain Poiré à envisager un troisième épisode, même si Jean Marais ne partage pas son enthousiasme. Il ne lui échappe pas que, désormais, son rôle est réduit à peau de chagrin. « Pour ma part, dira-t-il[314], je ne voyais pas vraiment l’intérêt de poursuivre cette aventure. La vraie vedette était de Funès. Je sentais bien que ma carrière cinématographique marquait le pas et que je devais davantage me consacrer au théâtre, où on me proposait des rôles plus consistants. J’ai fini par céder à la sollicitation d’Alain Poiré sans me faire trop d’illusions sur l’épaisseur de mon personnage, et puis je ne voulais pas laisser tomber mon ami André Hunebelle. De Funès jouissait d’une immense popularité et j’en étais très heureux pour lui.  » Il n’y a pas que Marais qui traîne les pieds. Louis aussi se montre retors. « À la veille de concrétiser nos accords pour le troisième volet de Fantômas, je le vois débarquer à Gaumont, déclarant tout de go qu’il n’était pas question pour lui de signer quoi que ce soit, raconte Alain Poiré[315]. “Pour quelle raison ? ai-je dit très calmement. — Je ne signerai pas, me répondit-il, parce que je sais que vous allez faire une affaire formidable sur mon dos. Je sais que vous allez découper les trois Fantômas pour en faire une série de télévision que vous allez vendre très cher aux Américains. Vous allez gagner des milliards sur mon dos, voilà ! — Écoutez, Louis, voilà ce que nous allons faire, ai-je expliqué. Vous allez signer pour ce troisième Fantômas, mais vous le signez pour rien… En échange, je vous donne la série entière des Fantômas pour la télévision américaine, et c’est vous qui gagnez tous ces milliards.” Il a aussitôt signé le contrat qui était préparé sur mon bureau. Les Fantômas ne sont jamais passés à la télévision américaine.  » Un contrat d’un montant de 500 000 francs[316] assorti de 2,75 % des recettes nettes, avec une clause précisant que le tournage ne pourra commencer avant la troisième semaine du mois d’octobre 1966, ainsi qu’un droit de regard sur la distribution.

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312

Le Figaro daté du 29 avril 1965.

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313

Contacté, Maurice Baquet refusera « poliment » de servir de doublure à Louis de Funès.

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314

Témoignage de Jean Marais à l’auteur.

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315

Alain Poiré, op. cit., pp. 309–310.

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316

Pour sa part, Jean Marais percevra un cachet de 400 000 francs.

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